Télécharger l'app

Scanne. C'est dans ta poche.

QR Code — Dygest

Ouvre l'app Appareil photo, pointe sur le code. C'est gratuit à l'essai.

Sony à la conquête du marché américain

Écouter l'extrait du podcast :
0:00 --:--

Description

En 1955, un petit poste de radio à transistors traverse le Pacifique dans les valises d'un ingénieur japonais de trente-quatre ans. Il s'appelle Akio Morita, il dirige avec un associé une entreprise que personne ne connaît, et il a une conviction que ses aînés trouvent absurde : les Américains vont acheter de l'électronique venue d'un pays qu'ils ont bombardé dix ans plus tôt, et dont l'étiquette « made in Japan » évoque encore la babiole bon marché qui casse au bout d'une semaine. Dans son livre de mémoires, Made in Japan, publié en 1986, Morita raconte cette traversée et celles qui ont suivi.

Le récit n'a rien d'une success story lisse. Morita décrit des refus, des malentendus culturels, un client américain qui veut cent mille radios à condition qu'elles portent son nom à lui, et un jeune patron japonais qui dit non alors qu'il est fauché. Il raconte aussi une décision qui paraît folle à l'époque : ouvrir un bureau à New York, y installer sa famille, apprendre le pays de l'intérieur plutôt que de vendre à distance depuis Tokyo.

Ce qui se joue là dépasse une entreprise. Un fils de brasseur de saké, qui aurait dû reprendre l'affaire familiale vieille de trois siècles, décide de fabriquer des objets électroniques et de les faire entrer dans les foyers d'un pays qui, quelques années plus tôt, était l'ennemi. Made in Japan est le journal de bord de ce pari, écrit par celui qui l'a tenu.

La question que l’on se pose : Comment une marque japonaise inconnue, dans un pays réputé pour sa camelote, a-t-elle imposé son électronique au marché le plus exigeant du monde ?Ce que l’on va voir : Le parcours de Morita, de la brasserie familiale aux rayons américains, et la manière dont il a construit une réputation là où il n'y en avait aucune.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Un fabricant de saké qui rêvait d'élec­tro­nique

Akio Morita naît en 1921 dans une famille de brasseurs de la région de Nagoya. Les Morita fabriquent du saké depuis quatorze générations, et Akio, fils aîné, est élevé pour reprendre la maison. Enfant, il assiste aux conseils d'affaires assis à côté de son père, apprend à goûter, à jauger un marché, à tenir des comptes. Mais ce qui le passionne, c'est l'électricité. Il démonte des phonographes, bricole des postes de radio, s'abîme les nuits sur des schémas. Son père, plutôt que de le contraindre, finit par le laisser suivre sa pente — une tolérance qui, dans le Japon des années trente, n'allait pas de soi.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

02

Chapitre 2 — Le transistor, le poste de radio et un pari sur la miniature

En 1952, Ibuka apprend qu'une entreprise américaine, Western Electric, détient un brevet sur un composant né dans les laboratoires Bell : le transistor. Personne n'y voit encore grand-chose, sinon un usage possible dans les appareils auditifs. Ibuka, lui, y voit autre chose. Il envoie Morita négocier la licence aux États-Unis. Le ministère japonais de l'Industrie traîne des mois avant d'autoriser le paiement des vingt-cinq mille dollars de droits — une somme énorme pour la jeune société. Les Américains eux-mêmes préviennent Morita : ce truc ne servira jamais à faire une radio.

C'est précisément le défi que Morita et Ibuka se donnent. Fabriquer une radio à transistors, assez petite pour tenir dans une poche. Leurs ingénieurs galèrent des mois à faire fonctionner le composant sur les hautes fréquences ; il faut réinventer une partie de la chimie. En 1955 sort le premier poste, puis, en 1957, un modèle que Morita présente comme « de poche » — la légende raconte qu'il faisait tailler des chemises à poches un peu plus grandes pour ses vendeurs, afin que la démonstration tienne. L'objet, minuscule, autonome, portable, n'existe nulle part ailleurs.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

03

Chapitre 3 — New York, un frigo refusé et une leçon de marque

Morita débarque à New York pour vendre ses radios, et il se prend le pays en pleine figure. Le premier acheteur qu'il rencontre lui propose un rêve : une commande de cent mille postes, de quoi changer d'échelle d'un coup. Une seule condition — les radios porteront le nom du distributeur, pas celui de Sony. Morita rentre à l'hôtel, fait ses comptes, mesure ce que représente une telle commande pour une société qui vit au jour le jour. Puis il refuse. Il écrit qu'il ne veut pas construire la réputation d'une marque américaine avec son propre travail ; dans cinquante ans, dit-il en substance, Sony sera aussi connu que ce distributeur l'est aujourd'hui. Le client le prend pour un fou.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

04

Chapitre 4 — Vendre du japonais quand "made in Japan" voulait dire camelote

Le titre du livre n'est pas neutre. Dans les années cinquante, ces trois mots imprimés sous un objet étaient un handicap commercial. « Made in Japan » désignait le jouet mécanique qui grinçait, le parapluie qui lâchait, la copie bon marché de quelque chose fabriqué mieux ailleurs. Morita raconte qu'il a longtemps cherché à faire imprimer la mention le plus petit possible sur ses produits — et qu'un douanier américain l'a même obligé à l'agrandir. L'étiquette qu'il portait était une réputation collective, faite avant lui, et dont il devait s'accommoder faute de pouvoir l'effacer.

Ce que raconte Sony, à travers Morita, c'est la mécanique par laquelle une réputation nationale se renverse. Elle ne se décrète pas depuis un ministère ni depuis une campagne d'image. Elle se construit produit par produit, quand un objet tient ses promesses assez longtemps pour que l'acheteur suivant hésite un peu moins. Chaque radio Sony qui ne tombait pas en panne, chaque téléviseur Trinitron qui affichait une image plus nette, déplaçait d'un cran ce que « japonais » voulait dire dans la tête d'un consommateur américain. La qualité, chez Morita, n'est pas un argument de vente parmi d'autres — c'est le levier qui décolle l'étiquette de son passé.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

05

Conclusion

Made in Japan se lit comme le carnet d'un homme qui a refusé les raccourcis : la grosse commande sous marque étrangère, le nom respectable qu'on garde par prudence, la vente à distance depuis Tokyo. À chaque fois, Morita choisit la voie plus lente et plus risquée, celle qui construit une marque propre plutôt qu'un chiffre d'affaires immédiat. Le poste de radio qui traversait le Pacifique dans ses valises en 1955 est devenu, en une trentaine d'années, l'un des logos les plus reconnus de la planète — exactement ce qu'il avait promis, un peu arrogant, à un distributeur new-yorkais médusé.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !