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Microsoft et la négociation avec IBM

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Description

Été 1980. Une équipe d'IBM débarque à Bellevue, dans la banlieue de Seattle, pour rencontrer une petite boîte de logiciels d'une trentaine de personnes. Le géant prépare en secret un ordinateur personnel, sous une pression inhabituelle : il veut le sortir en un an, quand ses machines mettent d'ordinaire quatre ou cinq ans à naître. Pour aller aussi vite, IBM renonce à tout fabriquer lui-même et va acheter des composants dehors — dont le système d'exploitation. En face, un jeune patron de vingt-quatre ans en costume trop grand, à l'air de sortir du lycée, les reçoit. Il s'appelle Bill Gates.

Dans le livre Hard Drive, les journalistes James Wallace et Jim Erickson racontent comment ce garçon-là, fils d'un avocat de Seattle et d'une mère très investie dans la vie civique, a construit Microsoft avant même d'avoir l'âge de louer une voiture. Un obsédé du code, hypercompétitif, capable de coder trente-six heures d'affilée puis de s'endormir sur son clavier, et de hurler « c'est la chose la plus stupide que j'aie jamais entendue » à qui n'allait pas assez vite. La rencontre avec IBM n'est pas le début de l'histoire. C'est le moment où tout ce qu'il avait appris avant sert d'un coup.

Ce qui se joue à Bellevue tient en quelques réunions et un contrat que peu de gens, à l'époque, jugeaient décisif. IBM cherchait une brique parmi d'autres. Microsoft, elle, n'avait même pas le système qu'on lui demandait. Ce qui s'est passé entre les deux a fixé, pour deux décennies, qui commanderait l'ordinateur de bureau.

La question que l’on se pose : Comment un jeune codeur de vingt-quatre ans, à la tête d'une boîte minuscule, s'est-il retrouvé à négocier avec IBM un contrat qui allait renverser le rapport de force de toute l'informatique ?Ce que l’on va voir : L'enfance et le tempérament de Gates, les premières années de Microsoft, puis la négociation avec IBM et ce qu'elle a réellement mis en jeu.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Un gamin de Seattle obsédé par les machines

William Henry Gates III naît en 1955 à Seattle, dans une famille aisée et solide : un père avocat respecté, une mère active dans les conseils d'administration civiques de la ville. Enfant, il est nerveux, se balance sur sa chaise, dévore des encyclopédies entières et se dispute avec sa mère au point que la famille finit par consulter un thérapeute. Wallace et Erickson décrivent un garçon têtu, incapable de perdre, qui transforme n'importe quelle activité — un jeu de société, une course, une discussion — en compétition à gagner.

Le déclic arrive à Lakeside, l'école privée où ses parents l'inscrivent. En 1968, un club de mères achète du temps de calcul sur un ordinateur à distance via un télétype. Gates, treize ans, y passe tout son temps libre, avec quelques camarades dont un aîné de deux ans, Paul Allen. La bande devient si compétente qu'une société de la région, Computer Center Corporation, leur propose un marché : chercher les bugs de son système en échange de temps machine gratuit. Des adolescents payés en accès plutôt qu'en argent — et pour eux, l'accès valait plus que tout.

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02

Chapitre 2 — Albuquerque, un BASIC et une entreprise à deux

En décembre 1974, Paul Allen achète un magazine où s'affiche en couverture l'Altair 8800, un micro-ordinateur en kit vendu par une petite société du Nouveau-Mexique, MITS. La machine n'a ni écran ni clavier — juste des interrupteurs et des diodes — mais c'est un ordinateur qu'un particulier peut posséder. Gates et Allen appellent aussitôt MITS pour annoncer qu'ils ont un langage BASIC capable de le faire tourner. C'est un bluff : le programme n'existe pas encore.

Suivent des semaines de code frénétique. Gates écrit l'essentiel du BASIC sans même avoir de vraie machine sous la main, en simulant le processeur sur les ordinateurs de Harvard. Allen part faire la démonstration à Albuquerque sans avoir pu tester le programme en conditions réelles ; il marche du premier coup. MITS achète le langage. En 1975, les deux fondateurs créent Micro-Soft — le trait d'union tombera plus tard — et Gates finit par quitter Harvard pour de bon.

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03

Chapitre 3 — Le contrat qu'IBM a signé sans le voir venir

Quand IBM se décide, en 1980, à fabriquer un ordinateur personnel, l'entreprise contacte d'abord Microsoft pour les langages. Elle a besoin aussi d'un système d'exploitation, et Gates les oriente vers Digital Research, la société de Gary Kildall, dont le CP/M est alors le standard des micros. La rencontre tourne court — Kildall, selon le récit, est en vol ce jour-là, et sa société hésite à signer l'accord de confidentialité d'IBM. IBM revient vers Gates : est-ce que Microsoft pourrait, finalement, fournir le système d'exploitation lui-même ?

Microsoft n'en a pas. Mais Gates sait où en trouver un. Une petite société de Seattle, Seattle Computer Products, a développé un système baptisé QDOS, puis 86-DOS, compatible dans l'esprit avec le CP/M. Microsoft en achète les droits — d'abord une licence, puis la propriété complète pour environ 50 000 dollars — sans révéler au vendeur que le client final est IBM. Le système est retravaillé, rebaptisé MS-DOS, et livré à temps pour l'IBM PC lancé en août 1981.

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04

Chapitre 4 — Ce que gagne celui qui garde la clé

L'épisode IBM éclaire un basculement que peu voyaient venir : dans l'informatique naissante, la valeur quittait le matériel pour se loger dans le logiciel. Pendant des décennies, l'ordinateur, c'était la machine — l'objet lourd, cher, fabriqué par des ingénieurs, et le programme n'était qu'un accessoire pour la faire marcher. IBM raisonnait encore ainsi en 1980. Ce que Gates avait compris, et que raconte Hard Drive, c'est que le programme deviendrait le vrai centre de gravité, parce que c'est lui qui décide de ce que la machine peut faire.

La logique tient à une propriété particulière du logiciel : il se copie à coût presque nul. Une fois MS-DOS écrit, chaque licence supplémentaire ne coûtait rien à produire, alors que chaque ordinateur, lui, demandait des usines et des composants. Celui qui possède le système peut le vendre mille fois sans effort ; celui qui fabrique la machine doit la construire une par une. En gardant la propriété de MS-DOS et en le concédant sans exclusivité, Gates s'était placé du bon côté de cette asymétrie — sans jamais toucher à un tournevis.

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05

Conclusion

La scène de Bellevue, en 1980, n'avait rien de spectaculaire : un contrat de fourniture entre un mastodonte et une PME, signé pour livrer une machine à l'heure. IBM y cherchait un composant rapide et bon marché ; il en est ressorti en ayant cédé, sans le mesurer, la position centrale de l'informatique personnelle. Microsoft, elle, est passée en quelques années d'un vendeur de langages installé à Albuquerque au fournisseur du système que faisaient tourner presque tous les ordinateurs de bureau. La différence n'a pas tenu à une technologie supérieure — MS-DOS était un système racheté et retravaillé — mais à une clause : la licence non exclusive que Gates a refusé de lâcher.

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