Execution
L'exécution est une discipline
Description
En 2001, deux hommes s'assoient pour écrire un livre sur un sujet que personne ne trouvait glamour. Larry Bossidy dirige alors Honeywell, après avoir passé des années à redresser AlliedSignal ; Ram Charan est un conseiller que les patrons du Fortune 500 appellent quand rien ne va. Leur constat commun est brutal : partout, des stratégies impeccables accouchent de résultats décevants. Les slides sont parfaites, les cabinets de conseil ont fait leur travail, le comité de direction applaudit. Et puis rien ne se passe comme prévu.
Leur diagnostic tient en une phrase qui a l'air d'une évidence et qui ne l'est pas : le problème n'est presque jamais la stratégie, c'est l'exécution. On a longtemps traité l'exécution comme la partie ennuyeuse, le travail des étages inférieurs, ce qui vient après que les gens intelligents ont pensé. Bossidy et Charan retournent la table. L'exécution n'est pas ce qui suit la réflexion. C'est une discipline en soi, avec ses méthodes, ses réunions, ses questions dures, et un endroit précis où elle doit vivre : le bureau du dirigeant lui-même.
Le livre, publié en 2002 sous le titre Execution, s'est vendu à des millions d'exemplaires et est devenu un classique du management. Ce qui le distingue, c'est qu'il ne parle pas d'inspiration ni de vision. Il parle de suivi, de franchise dans les évaluations, de gens qu'on met aux bonnes places. Un vocabulaire modeste pour une idée qui dérange encore beaucoup de comités de direction.
La question que l’on se pose : Pourquoi tant de stratégies brillantes échouent-elles au moment de devenir réelles, et où se cache vraiment la responsabilité de ce ratage ?Ce que l’on va voir : Comment deux dirigeants font de l'exécution non pas l'exécutant du plan, mais la discipline centrale d'où tout dépend.
Sommaire
01 Chapitre 1 — L'écart entre le plan brillant et le résultat médiocre
Bossidy raconte une scène qu'il a vue cent fois. Un patron présente une stratégie ambitieuse au conseil, tout le monde hoche la tête, l'objectif est fixé pour l'année. Douze mois plus tard, les chiffres ne suivent pas. On cherche des explications : le marché a changé, un concurrent a bougé, la conjoncture. Ce que personne ne dit, c'est que le plan n'avait jamais eu de chance d'aboutir, parce qu'entre l'idée et sa réalisation, il manquait tout le travail qui fait qu'une idée devient une chose vivante.
Le mot qu'il emploie est écart. L'écart entre ce qu'une entreprise promet et ce qu'elle livre. Cet écart n'est pas une fatalité, et il n'est presque jamais dû à une mauvaise stratégie. Charan, qui a passé des décennies à observer les coulisses, le confirme : quand une entreprise rate ses objectifs, l'autopsie révèle rarement une erreur d'analyse. Elle révèle des décisions jamais prises, des gens mal placés, des engagements pris en réunion que personne n'a suivis, des plans qui ne se parlaient pas entre eux.
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02 Chapitre 2 — L'exécution est le job du patron, pas une affaire de sous-fifres
L'idée la plus contre-intuitive du livre, c'est que l'exécution ne se délègue pas. Beaucoup de dirigeants pensent que leur rôle est de fixer le cap et d'inspirer, puis de laisser les opérationnels s'occuper du détail. Bossidy, qui a passé sa carrière à redresser des entreprises, dit exactement l'inverse. Le patron doit être dans les tripes de l'entreprise. Pas pour tout micro-gérer, mais pour connaître le terrain, poser les bonnes questions et refuser les réponses vagues.
Il décrit sa propre pratique chez AlliedSignal et Honeywell. Il connaissait les managers de plusieurs niveaux sous lui, il savait quels produits marchaient et lesquels traînaient, il suivait les engagements pris et il rappelait aux gens ce qu'ils avaient promis. Un dirigeant qui exécute est présent d'une manière très concrète : il assiste aux revues, il sonde, il ne se contente pas du résumé lisse qu'on lui prépare. Cette présence n'est pas une intrusion, c'est le cœur du métier.
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03 Chapitre 3 — Trois processus qui se tiennent la main
Le cœur pratique du livre tient en trois processus qui, ensemble, font l'exécution : le processus des personnes, le processus de la stratégie, le processus des opérations. Aucun ne fonctionne seul. Le drame des entreprises qui ratent, disent Bossidy et Charan, c'est de les traiter séparément, comme trois rituels administratifs déconnectés, alors qu'ils doivent constamment se répondre.
Le processus des personnes vient en premier, et ce n'est pas un hasard. Il s'agit d'évaluer les gens avec honnêteté, de repérer ceux qui ont le potentiel, de constituer un vivier de talents, de mettre les bonnes personnes aux bons postes. Bossidy soutient que la plupart des organisations font ça mal : les évaluations sont molles, les mauvais éléments restent parce que virer est inconfortable, et personne ne prépare la relève. Un processus des personnes rigoureux se demande, poste par poste, qui pourra livrer la stratégie de demain.
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04 Chapitre 4 — Les gens d'abord, toujours
Si l'on devait retenir une hiérarchie du livre, c'est celle-ci : les gens passent avant la stratégie, et la stratégie avant les opérations. Bossidy y revient sans arrêt, au point que ça finit par ressembler à une obsession. Il affirme que consacrer une part disproportionnée de son temps de dirigeant à choisir et évaluer les gens n'est pas une distraction du vrai travail, c'est le vrai travail. Une entreprise, au fond, n'est qu'un ensemble de personnes qui décident et agissent.
Ce parti pris dit quelque chose de plus large sur la manière dont on valorise le travail dans les organisations. Le prestige va aux stratèges, aux visionnaires, à ceux qui pensent le futur. L'admiration, la couverture des magazines, les gros bonus vont à l'audace conceptuelle. Le suivi, l'évaluation honnête des équipes, la revue trimestrielle un peu fastidieuse, la conversation difficile avec un manager qui ne performe pas : tout ce travail-là est invisible, ingrat, et pourtant c'est lui qui fait la différence entre une entreprise qui livre et une qui promet.
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05 Conclusion
Le pari du livre était osé : écrire deux cents pages sur ce que tout le monde trouvait secondaire, le suivi, l'évaluation des gens, les revues trimestrielles. Bossidy et Charan ont fait de cette matière modeste une discipline à part entière, avec sa logique et ses exigences. L'exécution n'est pas ce qui vient après la stratégie, elle est le lieu où la stratégie devient réelle ou meurt. Et elle vit dans trois processus liés — les personnes, la stratégie, les opérations — qui ne valent rien pris séparément, mais qui, reliés par la franchise et le suivi, font tenir une entreprise debout.
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