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Business Model Nouvelle Génération

Business Model Nouvelle Génération

Alexander Osterwalder, Yves Pigneur

Neuf blocs pour dessiner un modèle économique

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Description

Il y a un moment gênant dans presque toute réunion de lancement de projet : quelqu'un demande « alors, c'est quoi le business model, au juste ? » et la table se met à parler de choses différentes en croyant parler de la même. L'un décrit le produit, l'autre le prix, un troisième la cible, un quatrième les revenus. Chacun tient un bout, personne ne tient l'ensemble. Le mot « business model » est de ceux qu'on emploie tous les jours sans jamais s'être mis d'accord sur ce qu'il recouvre — un peu comme « stratégie » ou « valeur ».

En 2010, deux auteurs — Alexander Osterwalder, chercheur suisse, et Yves Pigneur, professeur à Lausanne — publient un livre qui a réglé cette confusion pour beaucoup de gens. Business Model Generation, traduit en français sous le titre Business Model Nouvelle Génération, propose une idée simple : et si on décomposait n'importe quel modèle économique en neuf éléments de base, toujours les mêmes, qu'on pourrait poser côte à côte sur une seule page ? Le livre lui-même a été écrit de façon inhabituelle, avec des centaines de contributeurs, et s'est vendu à des millions d'exemplaires.

Le résultat s'appelle le Business Model Canvas — un canevas, une grille de neuf cases qu'on remplit avec des Post-it. Startups, grands groupes, ONG, administrations s'en sont emparés au point d'en faire un standard de fait. Reste à comprendre pourquoi une grille aussi élémentaire a pris à ce point, et ce qu'elle change vraiment dans la façon de penser une activité.

La question que l’on se pose : Pourquoi une grille de neuf cases a-t-elle réussi à donner un langage commun à des gens qui parlaient chacun d'un bout d'entreprise sans se comprendre ?Ce que l’on va voir : D'où vient ce canevas, ce que contiennent ses neuf blocs, les formes récurrentes qu'ils dessinent, et à quoi il sert vraiment quand on le pose sur une table.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Le langage qui manquait aux idées d'en­tre­prise

Osterwalder a construit sa thèse de doctorat, au début des années 2000, autour d'une question qui paraît triviale et ne l'est pas : peut-on définir ce qu'est un modèle économique de manière assez précise pour que deux personnes qui l'emploient parlent de la même chose ? À l'époque, le terme était partout — la bulle internet venait d'exploser sur des « business models » que personne n'avait vraiment examinés — mais il restait flou, mou, invérifiable. Chacun logeait ce qu'il voulait derrière le mot.

Sa réponse, affinée ensuite avec Pigneur, tient dans une définition sobre : un modèle économique décrit la logique selon laquelle une organisation crée de la valeur, la délivre à des clients, et en capte une partie au passage. Créer, délivrer, capter. Tout le reste n'est que déclinaison de ces trois verbes. Et cette logique, disent-ils, se laisse ranger dans neuf composants qui reviennent quel que soit le secteur, du constructeur automobile au vendeur de logiciel.

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02

Chapitre 2 — Les neuf cases, une par une

Au cœur du canevas, on trouve la proposition de valeur : la raison pour laquelle un client choisit une entreprise plutôt qu'une autre. Ce n'est pas le produit, c'est le problème qu'il résout ou le désir qu'il comble — la vitesse pour une messagerie express, le prix cassé pour un hard-discount, le statut pour une montre de luxe. À droite de cette case se déploie tout ce qui relie l'entreprise au marché.

D'abord les segments de clientèle : à qui s'adresse-t-on, et faut-il traiter tout le monde pareil ou distinguer plusieurs groupes ? Ensuite les canaux, c'est-à-dire par quels chemins la proposition atteint le client — boutique, site, force de vente, application. Puis les relations clients : rapport self-service et automatisé, ou accompagnement humain et sur-mesure ? Ces trois blocs décrivent ensemble la face visible, celle que le client rencontre.

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03

Chapitre 3 — Les quatre patrons qui reviennent tout le temps

Une fois la grille en main, Osterwalder et Pigneur remarquent que certaines combinaisons de blocs reviennent d'une entreprise à l'autre comme des figures récurrentes. Ils les appellent des patterns, en écho à l'idée de motifs réutilisables empruntée à l'architecture et au logiciel. Reconnaître un patron sous un modèle particulier, c'est comprendre d'un coup sa logique — et parfois deviner par où l'attaquer.

Le premier est le dégroupage. Une entreprise réunit souvent trois métiers de nature différente : la relation client, l'innovation produit, et la gestion d'infrastructure. Chacun a sa propre économie, ses propres exigences, et les garder sous un même toit crée des compromis boiteux. Les banques privées ou les opérateurs télécoms, montrent-ils, gagnent à séparer ces logiques plutôt qu'à les mélanger. Le deuxième patron, la longue traîne, renverse la vieille règle des best-sellers : au lieu de vendre beaucoup de peu de références, on vend peu de beaucoup de références. Amazon des livres rares, plateformes de niche — c'est le modèle des catalogues quasi infinis que le numérique a rendus possibles.

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04

Chapitre 4 — Un objet à manipuler, pas à archiver

Le malentendu le plus courant sur le canevas, c'est de le prendre pour un formulaire. On le remplit une fois, proprement, on l'imprime, on le glisse dans un dossier de présentation — et il ne sert plus jamais. Osterwalder et Pigneur passent pourtant beaucoup de pages à expliquer que là n'est pas son intérêt. Le canevas n'est pas un livrable, c'est un support de conversation. Sa vraie vie se joue autour d'une table, quand plusieurs personnes le remplissent ensemble.

La méthode qu'ils défendent est presque physique. On affiche une grande version au mur, on distribue des Post-it, et chaque idée devient un carré de papier qu'on peut coller, déplacer, arracher. Cette matérialité change la nature de la discussion. Déplacer un Post-it de la case « partenaires » vers la case « ressources », c'est débattre d'une décision stratégique — internaliser ou sous-traiter — en trente secondes et à vue de tous. Les désaccords deviennent visibles au lieu de rester enfouis dans des documents que chacun lit seul.

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05

Conclusion

La réussite du canevas tient à un déplacement discret : Osterwalder et Pigneur n'ont pas inventé une théorie du modèle économique, ils ont inventé un moyen de le dessiner. Là où le business plan produisait des pages que personne ne relisait, la grille de neuf cases produit une image qu'un groupe peut se passer de main en main. La confusion du dîner — chacun tenant son bout — se résout parce que les bouts en question ont désormais une place assignée, et qu'on voit d'un coup lesquels manquent.

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