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L’ONU

Dygest Original

Le monde entier à table, personne ne s'écoute

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Description

L’ONU a déployé son premier Casque bleu en 1956 au Moyen-Orient. Depuis, près de 150 000 soldats de 120 nationalités opèrent dans les conflits du monde : Haïti, Mali, Soudan du Sud, République démocratique du Congo. Ces opérations incarnent une idée : une force armée neutre empêchant des adversaires de s’entretuer, en attente d’une solution politique.

Mais les données sur leur effectivité sont complexes. Comprendre les opérations de maintien de la paix, c’est comprendre les limites d’une organisation multilatérale face aux conflits enracinés.

Ce qu’on va voir : Comment fonctionnent les opérations de maintien de la paix mandatées par l’ONU et leurs objectifs théoriques, les données mesurables sur leur efficacité réelle avec une réduction modeste mais documentée de la violence, deux cas d’échec complet en Haïti et Mali qui ont gelé les conflits sans les résoudre, et les limites structurelles de l’ONU incluant l’absence d’armée permanente et le droit de veto.

Le fil rouge : Entre la capacité théorique de l’ONU à geler un conflit et son incapacité complète à créer la paix quand les parties n’en veulent pas, ce qui fait des opérations de maintien de la paix des gels perpétuels plutôt que des solutions.

Sommaire

01

Fonc­tion­ne­ment et mandat d’une opération de maintien de la paix

Une opération de maintien de la paix (ou OPMP) est mandatée par le Conseil de sécurité de l’ONU, un organe composé de cinq puissances permanentes avec droit de veto (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni) et de dix membres élus. Le mandat définit précisément ce que les Casques bleus peuvent faire : surveiller un cessez-le-feu, séparer deux armées, protéger les civils, accompagner une élection, désarmer des combattants.

Mais c’est le point crucial les Casques bleus opèrent sous le commandement d’un général nommé par le secrétaire général de l’ONU, et chaque soldat reste officier de son pays d’origine, avec ses propres règles d’engagement, souvent incompatibles d’une nation à l’autre.

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02

Données mesurables : ce qu’on sait vraiment de l’efficacité

La question de l’efficacité des opérations de paix est récente en matière de quantification rigoureuse. Les premiers résultats, publiés notamment par Dorussen et Gleditch (2008) dans le Journal of Peace Research, suggèrent que le déploiement de Casques bleus réduit effectivement le risque de retour à la violence conforme aux données : des zones avec des opérations de l’ONU voient un risque de relance du conflit 25 % à 35 % plus bas que des zones comparables sans intervention. Mais ce résultat masque une complexité majeure : l’ONU se déploie rarement de manière aléatoire. Elle intervient dans les conflits où il existe déjà une volonté minima de paix, où les parties ont signé un accord. Comparer directement un lieu avec Casques bleus à un lieu sans en serait méthodologiquement biaisé c’est un problème de sélection.

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03

Haïti et Mali : deux impasses opé­ra­tion­nelles

Haïti illustre l’impasse. La MINUSTAH a été créée en 2004 et a opéré jusqu’en 2017 treize ans. Son mandat était clair : restaurer l’ordre, protéger les civils. En réalité : les gangs se sont réorganisés et la MINUSTAH elle-même a introduit le choléra en 2010, tuant plus de 10 000 Haïtiens. Une enquête de l’ONU (2011) l’a confirmé.

Les Haïtiens percevaient la mission comme une occupation étrangère, ce qui avait l’effet inverse. Le retrait en 2017 a laissé un vide que les gangs ont rempli, suggérant que l’opération n’avait pas créé une stabilité durable. En 2024, la violence s’est intensifiée : les forces internationales sont revenues en 2023, mais sans les Casques bleus la présence de l’ONU reste toxique politiquement.

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04

Les limites struc­tu­relles de l’ONU et les réformes envisagées

Ces deux cas ne sont pas des aberrations : ils reflètent des limites constitutives de l’architecture de l’ONU. Première limite : l’absence de force permanente. Les Nations unies n’ont pas d’armée à elle, elle dépend des contributions volontaires d’États qui envoient leurs propres soldats. Cela signifie que la qualité, l’entraînement, la discipline et les règles d’engagement varient énormément selon les contributeurs. Une unité d’infanterie bangladaise n’opère pas de la même manière qu’une unité française ou brésilienne. Cette fragmentation rend la cohérence opérationnelle difficile.

Deuxième limite : le droit de veto. Si un permanent du Conseil de sécurité veut bloquer une mission, il peut simplement voter contre. Cela signifie que les cinq puissances déterminent qui reçoit l’aide internationale et qui ne la reçoit pas, indépendamment de la gravité du conflit. La Syrie en 2011 aurait bénéficié d’une mission de paix, mais la Russie a opposé son veto — ce qui reflète les intérêts géopolitiques russes, pas la situation humanitaire réelle.

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05

Conclusion

Les Casques bleus jouent un rôle limité. Ils peuvent geler un conflit, séparer deux armées si la paix existe minimalement. Mais ils ne créent pas la paix : ils l’accompagnent.

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06

Pour aller plus loin

Questions pour aller plus loin :

-Comment pourrait-on évaluer réellement l’efficacité d’une opération de paix sans tomber dans l’erreur méthodologique de comparer une zone avec intervention à une zone sans ?

-La présence des Casques bleus renforce-t-elle ou affaiblit-elle la légitimité des Nations unies dans les sociétés locales ?

-Qu’adviendrait-il si l’ONU créait une véritable force militaire permanente, autonome, plutôt que de dépendre des contributeurs États ?

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