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Couverture de 'Lintelligence'

L’In­tel­li­gence

Dygest Original

On la mesure, sans savoir ce que c'est

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Description

On croit tous savoir ce qu’est l’intelligence: c’est la capacité à résoudre les problèmes, à apprendre, à raisonner. Et voilà qu’on invente un nombre, le QI, censé la capturer entièrement. Ce nombre, aussi séduisant soit-il, raconte une histoire incroyablement partielle. C’est comme essayer de décrire un concert en donnant juste la fréquence du la fondamental. Techniquement, on a une donnée vraie. Pratiquement, on a raté l’essentiel. Et c’est le grand paradoxe: pour parler d’intelligence, on a besoin de la mesurer, mais la mesurer, c’est déjà la réduire.

Qu’est-ce que les tests de QI mesurent vraiment, et qu’est-ce qu’ils omettent? Nous explorerons comment ce concept s’est construit, comment la science a découvert un univers d’intelligences bien plus complexe, et comment l’intelligence artificielle force à réinventer nos définitions. L’intelligence humaine n’est pas une lumière unique, c’est un spectre qu’aucun test ne peut capturer entièrement.

Ce qu’on va voir : L’histoire du concept du QI et comment un outil pragmatique s’est transformé en mesure supposément universelle, la découverte contemporaine de multiples formes d’intelligence et l’arc-en-ciel cognitif au-delà des test numériques, le débat inévitable entre nature et culture dans la détermination de l’intelligence, et enfin comment l’intelligence artificielle force une redéfinition complète de nos concepts traditionnels d’intelligence humaine.

Le fil rouge : La tension entre la nécessité de mesurer l’intelligence et l’impossibilité d’une mesure qui capture réellement sa nature multiforme et contextuelle, et ce que cela révèle sur nos définitions restrictives.

Sommaire

01

L’histoire d’un nombre qui a mal tourné

Alfred Binet, psychologue français, a inventé le test de QI en 1905. Son objectif était pragmatique: identifier les enfants qui avaient besoin d’un soutien scolaire différencié à Paris. C’est important à savoir. Binet ne pensait pas inventer une mesure universelle de l’intelligence humaine. Il construisait un outil pour un contexte spécifique, l’école française du début du XXe siècle. Mais voilà ce qui arrive aux outils: on les exporte, on les généralise, et on finit par croire qu’ils mesurent quelque chose d’absolu.

Charles Spearman, statisticien britannique, a fait un pas supplémentaire en 1904. Il a analysé les résultats de différents tests cognitifs et a observé une corrélation: les gens qui réussissaient bien dans un type de test tendaient à bien réussir dans d’autres. Il en a déduit qu’il existait un facteur général d’intelligence, le fameux “g”. C’est peut-être l’un des concepts les plus influents et les plus contestés de toute la psychologie. Le “g” suggère une sorte de batterie centrale qui sous-tend tous les actes cognitifs.

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02

La découverte d’un arc-en-ciel cognitif

En 1983, Howard Gardner, psychologue à Harvard, a publié un livre révolutionnaire: “Frames of Mind: The Theory of Multiple Intelligences”. Son argument était simple mais radical: le concept unique d’intelligence n’existe pas. Ce qui existe, c’est un ensemble de capacités relativement indépendantes. Gardner en décrivait sept: la logique et les mathématiques, la langue, l’espace, la musique, le corps, l’interpersonnel, l’intra-personnel. Depuis, il en a ajouté d’autres.

Le point de vue de Gardner change tout. On peut être extraordinaire en musique et médiocre en logique. On peut avoir une intelligence spatiale exceptionnelle, celle qui permet de visualiser des structures complexes dans sa tête, et être complètement perdu socialement. Ces compétences ne sont pas secondaires par rapport à une “vraie” intelligence. Elles sont aussi réelles, aussi importantes, aussi difficiles à acquérir. Elles se développent différemment, s’expriment différemment.

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03

L’éternel débat: nature contre culture

Les études sur les jumeaux donnent des indices importants. Des chercheurs à King’s College à Londres ont suivi des jumeaux monozygotes élevés séparément et ensemble. Si l’intelligence était entièrement génétique, les jumeaux monozygotes séparés devraient avoir le même QI. S’il était entièrement environnemental, des jumeaux identiques élevés ensemble et séparément devraient avoir des écarts selon l’environnement. Ce qu’on observe? Une corrélation élevée, mais imparfaite. Les estimations suggèrent que la génétique explique environ 50 à 60 pour cent de la variation du QI, l’environnement le reste.

Mais l’épigénétique change le jeu. C’est un domaine qui émerge depuis les années 2000 et qui montre comment l’environnement littéralement active ou désactive les gènes. Des chercheurs comme Michael Meaney à l’Université McGill ont démontré que le stress chronique chez la mère peut modifier l’expression des gènes dans le cerveau du fœtus. Cela affecte la capacité à apprendre, à se concentrer, à gérer le stress. Ce n’est pas que l’environnement influence l’intelligence, c’est que l’environnement écrit dans le génome lui-même.

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04

L’IA qui nous force à redéfinir nous-mêmes

Et voilà que les machines arrivent. Les systèmes d’IA modernes, basés sur l’apprentissage profond, font des choses stupéfiantes. Ils traduisent des langues. Ils génèrent du texte cohérent. Ils reconnaissent des visages. Ils battent les meilleurs joueurs d’échecs. Et voilà la question qui devient urgente: sont-ils intelligents ?

La réponse triviale est non. L’IA n’a pas de conscience, pas de compréhension véritable du sens. Elle traite des motifs mathématiques. Mais attendez: on n’est pas si différent. Notre cerveau aussi traite des motifs, juste avec une chimie différente. On croit comprendre le langage, mais on traite juste les motifs statistiques qu’on a vus des millions de fois. Donc la question ne devient-elle pas: qu’est-ce qui fait que la compréhension est réelle ?

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05

Conclusion

L’intelligence, donc, c’est un concept bien plus vaste et plus flou que nos tests ne l’admettent. Elle n’est pas une seule chose, pas un nombre. Elle n’est pas entièrement génétique ni entièrement acquise. Et elle n’est certainement pas ce que les machines font. En face de l’IA, une observation émerge: l’accent que nous avions placé sur la capacité à résoudre des problèmes logiques recouvrait une définition restreinte.

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06

Pour aller plus loin

Questions ouvertes :

-Si une machine peut simuler l’intelligence logique, qu’est-ce que cela révèle sur ce que nous considérions vraiment comme intelligent?

-L’intelligence émotionnelle ou morale peut-elle être mesurée de la même manière que le QI, ou possèdent-elles une nature fondamentalement différente ?

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