
Le Pop-Art
Quand la soupe est devenue de l'art
Description
Le 6 janvier 1962, Andy Warhol expose trente-deux toiles identiques au Ferus Gallery de Los Angeles. Ce sont des boîtes de soupe Campbell. Elles sont peintes. Certaines sont signées. Elles coûtent mille dollars chacune. Un collectionneur demande : "Mais pourquoi pas acheter les vrais boîtes à la supérette ?" Warhol répond : "Elles m'intéressent." Point. C'est le commencement du Pop art : quand les artistes décidèrent qu'un produit manufacturé était plus honnête que n'importe quel tableau peint à la main.
Le Pop art, c'est l'art qui dit non au sérieux. C'est jovial, coloré, commercial, sexy, criard. C'est aussi la première grande rébellion de l'après-guerre contre l'avant-garde moderniste qui se prenait pour ce qu'elle était : trop maudite, trop intérieure, trop française.
- La question qu'on se pose : À quel moment une boîte de soupe arrête d'être un objet commercial et devient une question philosophique majeure ? - Ce qu'on va voir : L'invasion de l'art par la culture de masse, la réhabilitation du kitsch, la question de l'original dans la production en série, et pourquoi le Pop art a conquis le monde. - L'enjeu de fond : C'est une lutte pour faire entrer l'Amérique populaire dans les galeries—et pour montrer que le populaire n'est pas moins intelligent que le rare.
Sommaire
01La culture commerciale comme matière première
La couleur du supermarché envahit l'art savant établi
Avant le Pop art, les artistes travaillaient contre la culture commerciale ou l'ignoraient royalement. Les Expressionnistes abstraits croyaient à la pureté gestuelle absolue et inviolable. Pollock versait la peinture en geste autonome créatif, pas pour vendre du design de masse ordinaire. Le Pop art arrive et dit clairement : attendez, cette affiche de Coca-Cola, c'est plus intéressant que votre gribouillage pur mélancolique. Elle a des couleurs qui ont été testées scientifiquement pour faire vendre à tous les niveaux socioéconomiques. Elle a une équipe de designers intelligents derrière. C'est une architecture de désir savante et calculée consciemment. C'est plus honnête que la prétention moderniste. C'est une provocation majeure et délibérée. Les artistes abstraits voient le Pop art comme une trahison de principe fondamental. Mais c'est précisément le point : l'art ne doit pas être pure ou inévitablement sérieux ou déprimant. C'est une révolution du ton et de la posture mentale. C'est libérateur radicalement et joyeusement. C'est démocratique et profondément américain. C'est la victoire de la vie ordinaire. C'est la vraie révolution artistique et culturelle authentique.

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02Les concepts-clés qui fondent le mouvement
La répétition comme critique de la consommation capitaliste
Warhol peint Marilyn Monroe cinquante fois, cent fois. Chaque Marilyn est légèrement différente, légèrement abîmée, légèrement décalée. Cela imite la reproduction commerciale mécanique. Les magazines publient la même photo de Marilyn des centaines de fois par an. Après la deux-centième fois, elle devient abstraite et vide. Tu ne la vois plus—tu vois le système qui la produit infiniment. C'est hypnagogique et meurtrier. C'est une critique de la culture visuelle par répétition fétichiste. La mort de Marilyn en 1962 pousse Warhol à créer ces séries mémoriales. C'est politique profondément. C'est triste et beau. C'est comment on fabrique les icônes modernes. Warhol le comprend instinctivement et l'expose. C'est une leçon. C'est accusation et beauté.

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03Les critiques et les guerres internes
L'avant-garde puriste crie au scandale existentiel
Les artistes abstraits qui avaient passé vingt ans à peindre des carrés parfaits se sentent trahis brutalement et amèrement. Greenberg, le critique majeur moderniste, déteste le Pop art viscéralement. C'est du commerce banal. C'est du pop—au sens péjoratif complètement. On vient de démocratiser l'art, et ça sent mauvais. Cela signifie la fin du sérieux absolue. Mais le Pop art ne répond pas à la critique—il continue tranquillement. C'est ça, la force majeure. Il n'essaie pas de convaincre les conservateurs vieillissants. Il s'en fout complètement. Il regarde ailleurs. C'est une indifférence stratégique. C'est comment on gagne les guerres culturelles. C'est l'assurance. C'est la confiance complète.

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04Pourquoi c'est encore pertinent aujourd'hui
Instagram est du Pop art appliqué numériquement Chaque utilisateur d'Instagram fait ce que Warhol faisait : prendre une image (un selfie, un café, une nourriture, une fleur, un livre, un animal), la répéter, l'éditer, la multiplier, la distribuer gratuitement. C'est sérigraphie numérique pure et démocratique. C'est plus du Pop art que les artistes contemporains qui parodient le Pop art ironiquement.
Warhol aurait adoré Instagram complètement et inévitablement. Il aurait peut-être juste posté une photo de son téléphone qui prend une photo d'un téléphone. C'est parfaitement Warhol prophétiquement et précisément.
C'est la fin de la distinction entre art et vie ordinaire. C'est la victoire complète du mouvement réalisée finalement. C'est notre réalité quotidienne actuelle.

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05Conclusion
Le Pop art a gagné parce qu'il a dit : "Il n'y a plus de distinction entre haut et bas." C'était radicalement démocratique dans sa philosophie. Chacun peut être artiste, puisque tout peut être de l'art. C'est libérateur et terrifiant simultanément. Le Pop art a probablement détruit plus de hiérarchies culturelles qu'aucun autre mouvement artistique du XXe siècle entièrement.

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06Pour aller plus loin
Andy Warhol et la Factory comme paradis artistique. Warhol transforme son studio en manufacture de rêves et de produits. Il faut venir à la Factory si tu veux exister réellement. Les gens deviennent des œuvres d'art en étant là simplement. C'est du génie marketing et du génie artistique entrelacés inextricablement. C'est aussi un portrait d'une époque où le personnage public est inséparable de l'œuvre créée finalement.
Roy Lichtenstein et la bande dessinée rendue monumental. Lichtenstein peint les bulles de BD à la taille d'une Crucifixion de Caravaggio monumentale. C'est l'égalité par l'échelle. Une geste mineure devient majeure. C'est un hommage et une destruction simultanés de la hiérarchie artistique établie. C'est drôle et profond à la fois.

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