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Le PEA et les ETF

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La combinaison oubliée du conseil bancaire

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Description

Il y a une conversation qui se tient à peu près chaque mois dans toutes les agences bancaires françaises. Un client passe la porte avec un peu d’argent qu’il aimerait faire travailler. Le conseiller, derrière le bureau, propose une assurance-vie maison, parfois un livret épargne logement, plus rarement un fonds en actions sélectionné par la banque. Le client signe, en se disant qu’il a fait son devoir d’épargnant. Il ressort généralement avec un produit dont les frais annuels rognent 1,5 % à 2,5 % de son capital par an, et un horizon de rendement qui ne dépasse pas l’inflation de beaucoup.

Pendant ce temps, dans le même pays, existe une combinaison de deux outils qui produit des rendements historiquement bien supérieurs, à des frais quasi nuls, et avec une fiscalité parmi les plus douces de tout le système français : le PEA, un compte-titres particulier ouvert depuis 1992, et les ETF, des fonds indiciels inventés en 1976 par un Américain têtu. La plupart des Français n’en entendent pas parler chez leur banquier et pour cause : ces deux instruments rapportent peu à celui qui les vend. Les courtiers en ligne les proposent depuis quinze ans, mais leur diffusion grand public reste très en deçà de ce qu’elle est aux États-Unis ou en Allemagne.

La combinaison PEA + ETF n’est pas une astuce d’initié. C’est l’outil que la majorité des conseillers en gestion de patrimoine indépendants recommandent à leurs clients pour la part actions de leur épargne. Comprendre ce qu’elle est, d’où elle vient, et pourquoi elle reste sous-utilisée en France permet de saisir quelque chose de plus large sur la manière dont l’épargne y est organisée.

La question que l’on se pose : pourquoi cette combinaison réputée si efficace reste-t-elle si peu connue en France, et que faut-il vraiment savoir pour l’utiliser ?

Ce que l’on va voir : la naissance du PEA en 1992, l’histoire des ETF inventés par John Bogle dans les années 1970, la rencontre tardive des deux instruments en France, et les arbitrages concrets quand on commence à utiliser le combo.

Sommaire

01

Le PEA, l’enveloppe française née en 1992

Le Plan d’Épargne en Actions naît le 14 septembre 1992, sous le gouvernement de Pierre Bérégovoy. La France traverse alors un débat ancien : pourquoi les Français épargnent autant, mais investissent si peu dans leurs propres entreprises ? Le taux d’épargne français est l’un des plus élevés du monde autour de 14 % du revenu disponible, mais cette épargne se déverse massivement dans l’immobilier, le Livret A et l’assurance-vie en fonds euros, et finance peu les sociétés cotées. Pour les pouvoirs publics, c’est un problème : les entreprises françaises se financent à crédit plutôt qu’en capital, et le tissu boursier reste fragile.

Le PEA est conçu comme une carotte fiscale pour réorienter une partie de cette épargne vers les actions. Le principe est simple. On ouvre un PEA chez une banque ou un courtier, on y verse jusqu’à un certain plafond initialement 600 000 francs, aujourd’hui 150 000 euros, on y achète des actions européennes ou des fonds éligibles. À l’intérieur de l’enveloppe, on peut acheter, vendre, percevoir des dividendes, sans payer le moindre impôt sur les plus-values. Le compteur fiscal ne se déclenche que si l’on retire l’argent du plan. Et il devient quasi nul si l’on attend cinq ans : après ce délai, on ne paie plus que les prélèvements sociaux (17,2 %) sur les gains, contre 30 % de fiscalité standard. Au bout de huit ans, le PEA est presque entièrement détaxé.

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02

Les ETF, la révolution Bogle de 1976

À 6 000 kilomètres de là, en 1976, un homme têtu fonde une société d’investissement qui s’appelle Vanguard. John Bogle a fait carrière dans la gestion de fonds depuis les années 1950 et est arrivé à une conviction simple et provocante pour son industrie : la grande majorité des gestionnaires de fonds, payés cher pour battre l’indice de référence, n’y arrivent pas durablement. Sur dix ans, à peu près 80 % des fonds gérés activement font moins bien que l’indice du marché qu’ils sont censés battre. Sur vingt ans, ce chiffre monte à 90 %.

Bogle en tire une conclusion radicale : si la gestion active rate sa promesse, autant proposer aux investisseurs un produit qui ne tente pas de battre l’indice, mais qui le suit à des frais quasi nuls. C’est ce qu’on appellera plus tard la gestion passive. Le premier fonds Vanguard, lancé en 1976, est moqué par l’industrie on le surnomme Bogle’s folly, la folie de Bogle. L’idée passe pour cynique : pourquoi un investisseur paierait-il pour obtenir, par construction, exactement la performance moyenne du marché ?

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03

La rencontre française, vingt-cinq ans après

Le PEA et les ETF se sont longtemps ignorés. Dans les années 1990 et 2000, les ETF étaient encore peu connus en Europe, et la liste des fonds éligibles au PEA restait limitée. Il fallait acheter des actions individuelles européennes ou des fonds spécifiques, et la fiscalité avantageuse du PEA se mariait mal avec la pratique du buy-and-hold indiciel américaine, où l’on achète un fonds qui suit le marché mondial et où l’on attend trente ans.

Deux changements ont fait converger les deux mondes. D’abord, une réglementation européenne — la directive UCITS — a permis à des ETF basés en Irlande ou au Luxembourg de répliquer des indices mondiaux (S&P 500, MSCI World, MSCI Emerging Markets) tout en étant éligibles au PEA, grâce à des constructions juridiques de réplication synthétique. Concrètement, un épargnant français peut aujourd’hui acheter, dans son PEA, un ETF qui suit l’indice mondial des actions — exactement comme un Américain le ferait dans son compte. Et tous les gains de cette exposition au marché mondial échappent à l’impôt sur les plus-values, dans la limite du plafond du PEA.

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04

Les arbitrages concrets

Reste à savoir ce que ça change, en pratique, pour celui qui décide d’ouvrir un PEA et d’y mettre des ETF. La combinaison est puissante mais elle s’utilise avec quelques règles, qu’un conseiller indépendant rappellerait sans détour.

D’abord, le PEA n’est pas un placement de court terme. La fiscalité avantageuse ne s’enclenche pleinement qu’après cinq ans de détention du plan pas des titres individuels à l’intérieur, mais du plan lui-même. Retirer de l’argent avant ce délai entraîne la clôture du PEA et un retour à la fiscalité standard. La bonne pratique est donc de placer dans son PEA une somme dont on est sûr de ne pas avoir besoin pendant au moins cinq ans, idéalement dix ou plus.

Ensuite, le choix des ETF doit rester simple. La tentation, sur les courtiers modernes, est de multiplier les fonds un ETF S&P 500, un ETF Nasdaq, un ETF européen, un ETF Asie, un ETF thématique sur l’intelligence artificielle, un autre sur les énergies vertes. Cette multiplication finit par recréer un portefeuille bricolé qui imite mal l’indice mondial. Un seul ETF qui suit le MSCI World ou l’indice FTSE All-World, éligible au PEA, suffit dans la plupart des cas pour obtenir l’exposition diversifiée que les manuels recommandent. La simplicité est, dans cette discipline, presque toujours préférable au raffinement.

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05

Conclusion

Le PEA et les ETF sont l’illustration parfaite de ce que peut produire la rencontre, parfois tardive, entre une politique publique et une innovation financière. L’un, né en 1992 pour réorienter l’épargne française, attendait depuis vingt-cinq ans des instruments à la hauteur de son avantage fiscal. L’autre, né en 1976 du pari obstiné d’un Américain contre toute son industrie, attendait un véhicule réglementaire qui le rende fiscalement intéressant en Europe. Le mariage a fini par avoir lieu dans les années 2020, à un moment où les courtiers en ligne ont rendu l’usage accessible à tout possesseur de smartphone.

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