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Couverture de 'Le mal du retour'

Le mal du retour

Dygest Original

Quand la Terre redevient hostile

Écouter l'extrait du podcast :
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Description

Introduction

Le 2 mars 2016, Scott Kelly atterrit dans les steppes du Kazakhstan après 340 jours en orbite. Les images montrent ce qu'on attend : l'astronaute souriant, le drapeau américain, les poignées de main. Ce que les images ne montrent pas, c'est que Kelly ne peut presque pas marcher. Ses pieds le brûlent comme s'il posait sur des braises. Sa peau, qui n'a pas eu de contact physique avec une surface dure depuis près d'un an, réagit au simple contact du sol comme une peau à vif.

On célèbre le retour des astronautes. On ne parle presque jamais de ce qui vient après.

La question que l'on se pose : pourquoi le corps humain, conçu pour la Terre, traite-t-il le retour sur Terre comme une agression ?Ce que l'on va voir : ce que l'apesanteur fait au corps sans qu'on s'en rende compte, pourquoi la gravité devient douloureuse au retour, ce que ça révèle sur nos mécanismes d'adaptation et ce que la médecine en a tiré pour le quotidien.

Sommaire

01

Un corps qui a oublié le poids des choses

En apesanteur, le corps s'adapte vite. Trop vite, en fait. En l'absence de gravité, il n'a plus besoin de lutter contre quoi que ce soit plus besoin de maintenir la densité osseuse pour supporter un poids, plus besoin de muscles posturaux pour rester debout, plus besoin d'un système cardiovasculaire dimensionné pour pomper le sang vers le haut. En quelques semaines, le corps commence à se délester de tout ce qu'il juge superflu.

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02

La gravité comme agression

Le retour ne dure pas quelques heures. Pour la plupart des astronautes qui ont passé six mois ou plus en orbite, la phase de réadaptation s'étale sur plusieurs semaines, parfois plusieurs mois. Et elle est, selon leurs propres descriptions, franchement inconfortable.

La douleur aux pieds de Kelly n'est pas anecdotique elle est quasi-universelle. La peau de la plante des pieds, qui n'a subi aucune pression pendant des mois, est redevenue aussi fine et sensible que celle d'une paume. Le simple fait de marcher sur un sol dur produit une douleur que les astronautes comparent à de la marche sur du verre.

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03

Ce que le retour révèle sur l'adap­ta­tion

Ce qui est frappant dans le mal du retour, c'est que le corps ne fait rien de mal. Il a fait exactement ce qu'il devait faire : s'adapter à l'environnement dans lequel il se trouvait. L'atrophie musculaire en orbite n'est pas un bug c'est une optimisation. Maintenir des muscles inutiles coûte de l'énergie. Le corps économise. Le problème n'est pas l'adaptation elle-même, c'est la vitesse à laquelle elle se fait, et l'absence de transition au retour.

Les chercheurs qui ont étudié ces mécanismes ont mis en évidence quelque chose de contre-intuitif : le corps humain est beaucoup plus plastique qu'on le croyait. On pensait que certains systèmes la densité osseuse, la masse musculaire, les capacités cardiovasculaires déclinaient lentement et de façon irréversible avec l'âge. L'observation des astronautes a montré que ces systèmes répondent très vite à leur environnement mécanique, dans les deux sens.

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04

La rééducation comme science

Ce n'est pas un hasard si les astronautes passent deux heures par jour à faire du sport en orbite. Ce n'est pas pour le bien-être c'est pour limiter le déconditionnement et rendre le retour moins brutal. Malgré ça, la réadaptation reste longue.

Les programmes de rééducation post-mission sont aujourd'hui très structurés. Ils combinent du travail cardiovasculaire progressif, de la musculation en charge croissante, et des exercices d'équilibre et de proprioception la capacité du corps à se situer dans l'espace. Ce dernier point est souvent sous-estimé : le système vestibulaire recalibré sur l'apesanteur doit réapprendre à gérer la verticalité. Des astronautes expérimentés ont décrit ne pas être capables de marcher en ligne droite les yeux fermés pendant plusieurs jours après leur retour.

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05

Conclusion

Scott Kelly a retrouvé une capacité de marche normale en quelques semaines. Sa densité osseuse a mis plus d'un an à se stabiliser. Certains marqueurs biologiques ne sont jamais revenus exactement à leur niveau d'avant.

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