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Couverture de 'Le droit international'

Le Droit in­ter­na­tio­nal

Dygest Original

Les règles que personne ne fait respecter

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Description

Imaginez un monde sans police, sans juge, sans gouvernement central. Un monde où chaque quartier est souverain, où personne ne peut arrêter un voisin qui tue, où les contrats n’existent que si tout le monde décide de les respecter. C’est à peu près la situation dans laquelle vivent les États depuis la nuit des temps. Sauf que depuis 1648, ils ont essayé quelque chose : inventer des règles pour se réguler eux-mêmes. C’est le droit international, ce système étrange où les règles existent mais où personne n’a vraiment le pouvoir de les faire respecter.

Le droit international est né d’une évidence à la fois simple et troublante : les États ne disparaîtront pas, mais ils ont besoin de coexister. Alors comment crée-t-on des règles dans un système où il n’y a pas d’autorité suprême ? Comment fonctionne une justice quand tout le monde est juge et partie ? Ce qu’on va découvrir, c’est un système ingénieux mais fragile, plein de contradictions, où l’ambition (créer des règles universelles) se heurte constamment à la réalité (personne n’est obligé d’obéir).

Ce qu’on va voir : - Les fondations du droit international depuis le 17e siècle, les institutions qui le portent, les moments où il fonctionne et où il s’effondre - Les tensions contemporaines : souveraineté contre justice universelle, domination occidentale, zones totalement non régulées Le fil rouge : - Le droit international existe dans une tension permanente entre son ambition (des règles universelles pour tous) et sa faiblesse structurelle (aucune autorité au-dessus des États pour les forcer à obéir)

Sommaire

01

Les fondations

Tout a commencé par une obsession : comment empêcher que les États se battent tout le temps ? En 1648, après la Guerre de Trente Ans, les puissances européennes signent le Traité de Westphalie. C’est l’acte de naissance d’une idée : la souveraineté. Chaque État est égal, indépendant, maître chez lui. Mais si tous les États sont souverains, comment ils se règlent leurs problèmes ? Réponse : par des contrats entre eux. Les traités deviennent les lois du monde.

Le problème ? Il n’y a pas de Cour Suprême mondiale, pas de flic qui peut arrêter un État qui triche. Juste l’espoir que tout le monde joue le jeu parce que c’est dans l’intérêt de tous. Pendant deux siècles, ça marche plus ou moins bien. Mais le 20e siècle change tout. Deux guerres mondiales déploient une barbarie tellement radicale que les gens se demandent : est-ce qu’on ne pourrait pas créer des règles minimales pour éviter ça ?

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02

Les ins­ti­tu­tions

Le droit international s’appuie sur quelques acteurs clés. La Cour internationale de Justice, basée à La Haye, existe depuis 1945. C’est le tribunal suprême pour les litiges entre États. Des pays se battent pour des frontières, du pétrole, de l’eau ? Ils peuvent aller devant la CIJ. Mais il y a un hic : on peut saisir la CIJ seulement si les deux États sont d’accord. C’est comme si, pour aller au tribunal, faudrait que l’accusé donne d’abord son permission.

Ensuite, il y a la Cour pénale internationale, créée en 2002 via le Statut de Rome. Elle est révolutionnaire : c’est la première cour mondiale qui peut juger des individus (pas des États) pour crimes de guerre, génocide, crimes contre l’humanité. Sauf que les trois plus grandes puissances mondialisées (États-Unis, Russie, Chine) ne la reconnaissent pas. C’est comme avoir un tribunal national que le gouvernement fédéral refuse de respecter.

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03

Quand ça marche, quand ça casse

L’OMC illustre un succès du droit international : les États se disputent les tarifs douaniers devant un tribunal au lieu de se faire la guerre. La Cour internationale a réglé des centaines de différends sur les frontières, les droits maritimes. Le Protocole de Montréal (1987) a arrêté le trou dans la couche d’ozone. Les États se sont concertés, ont créé des règles communes, les ont respectées. C’est possible. Mais pour chaque succès, il y a un désastre. En 1994, le Rwanda. La communauté internationale connaît le génocide, elle le regarde, elle ne fait rien. Pourquoi ? Pas de grand pays assez investi pour faire bouger le Conseil de Sécurité. En Syrie (2011-2024), le gouvernement de Bashar al-Assad bombarde sa propre population, utilise des armes chimiques. Plusieurs résolutions condamnant ces crimes échouent au Conseil de Sécurité, paralysé par les vetos russes. En 2022, la Russie envahit l’Ukraine : impossible de saisir le Conseil de Sécurité, puisque c’est un P5 (pays du veto).

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04

Les crises contem­po­raines

Trois tensions explosent aujourd’hui. D’abord, les grandes puissances refusent la justice universelle. Les États-Unis n’ont jamais ratifié la Cour pénale internationale : trop de risque que leurs soldats ou officiels soient jugés. C’est logique du point de vue américain, mais c’est aussi l’aveu que le système ne s’applique pas à tout le monde. La Chine gagne un procès à la CIJ en 2016 sur la Mer de Chine méridionale (South China Sea), puis… refuse le jugement. Elle dit que la Cour n’a pas compétence. Boom : le droit international tombe.

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05

Conclusion

Le droit international est peut-être la plus grande expérience jamais tentée : créer un système de règles sans gouvernement mondial. C’est ingénieux et ça marche… jusqu’à ce que ça ne marche plus. Chaque jour, il existe sous tension : entre l’ambition d’avoir des règles valables pour tous et la réalité qu’aucune force n’existe pour les imposer. Pas de super-État, pas de super-juge, juste des États qui choisissent (plus ou moins) de coopérer.

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06

Pour aller plus loin

Questions à se poser : - Si un pays refusait une décision de la CIJ, que devrait-on faire ? Y a-t-il des limites à ce qu’on peut demander de la justice internationale ? - La Chine a rejeté un jugement qui la désavantageait en Mer de Chine. C’est mal, mais logique ? Qu’est-ce qu’on ferait si on était à sa place ? - Le droit international est-il vraiment égal pour tous, ou protège-t-il surtout les pays riches et puissants ? - L’espace et le cyberespace restent des zones de l’anarchie. Faut-il attendre une grande catastrophe avant de créer des règles ?

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