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Couverture de 'La liberte dexpression'

La liberté d'ex­pres­sion

Dygest Original

Où s'arrête le droit de tout dire

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Description

La liberté d’expression est traditionnellement comprise comme une protection contre la censure de l’État : le droit de crier dans la rue, de publier un journal, de critiquer le gouvernement sans crainte de représailles légales. C’est un droit formellement garanti dans la plupart des démocraties. Mais au cours des deux dernières décennies, un nouvel acteur de la censure a émergé, et il n’est pas gouvernemental : ce sont les plateformes numériques — Google, Meta, TikTok, X — qui décident à chaque instant quels contenus restent visibles et lesquels disparaissent. La liberté d’expression a donc migré d’une question juridique (ce que l’État autorise) à une question technique et commerciale (ce que l’algorithme des plateformes laisse passer). C’est un glissement peu remarqué, mais fondamentalement important : ces entreprises appliquent une forme de modération qui échappe aux garanties légales, aux appels juridiques, et à la transparence que les régimes démocratiques associent à la censure.

Ce qu’on va voir : La compréhension juridique traditionnelle de la liberté d’expression et de la censure d’État, l’émergence des plateformes numériques comme nouveaux acteurs de modération, la modération algorithmique et ses biais systémiques, et enfin la question de la responsabilité des entreprises technologiques face au droit.

Le fil rouge : La tension entre le contrôle des contenus nuisibles et la préservation d’un espace de parole où chacun peut être entendu sans filtre corporatif opaque.

Sommaire

01

La liberté d’expression et la notion tra­di­tion­nelle de censure

Pour comprendre la situation actuelle, il faut d’abord revenir à ce que signifie constitutionnellement la liberté d’expression. En Occident, ce droit émerge formellement à la fin du XVIIIe siècle : la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (1789) énonce que « nul ne peut être inquiété pour ses opinions, même religieuses », et les textes constitutionnels suivants (notamment aux États-Unis avec le Premier Amendement en 1791) inscrivent ce droit comme fondamental. L’idée centrale est que l’État, qui dispose de la force coercitive, ne peut pas interdire la parole de ses citoyens.

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02

L’émergence des plateformes et la Section 230 : qui est responsable du contenu?

Au début des années 1990, internet émerge comme espace public avec une question juridique fondamentale : qui est responsable de ce qu’on y dit ? Un serveur qui héberge du contenu est-il responsable comme un éditeur, ou est-ce juste un tuyau neutre ? La réponse américaine, la Section 230 du Communications Decency Act (1996), énonce que les hébergeurs de contenu tiers ne sont pas responsables légalement pour ce que les utilisateurs postent — une disposition qui donne d’ailleurs aussi le droit de modérer le contenu sans être considérés comme des éditeurs pour cela.

C’était une disposition logique en 1996 : si vous pouviez poursuivre chaque plateforme pour chaque message d’un utilisateur, Internet n’existerait pas ; aucun service de forums ou de commentaires n’aurait survécu aux coûts légaux. Mais cette loi a eu une conséquence non intentionnelle massive : elle a créé un vide légal où les plateformes pouvaient accumuler du pouvoir modérateur gigantesque sans être véritablement responsables de ses conséquences. Facebook, YouTube et autres ont donc pu se positionner comme neutres — ni éditeurs responsables de tout ce qu’ils publient, ni services publics avec des obligations démocratiques.

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03

La modération al­go­rith­mique : censure invisible et biais systémiques

Aujourd’hui, la majorité de la modération de contenu sur les grandes plateformes n’est pas faite par des humains, mais par des algorithmes d’intelligence artificielle. Facebook, par exemple, supprime environ 97% des contenus violant ses standards sans intervention humaine, selon ses rapports internes de transparence. Twitter/X utilise aussi des systèmes automatisés pour filtrer le contenu dès qu’il est posté. Ces systèmes d’IA sont entraînés sur des données historiques étiquetées par des humains : on leur montre des milliers d’exemples de contenu haineux, violent ou frauduleux, et on leur demande de reconnaître des patterns. Le problème commence ici. Si vos données d’entraînement reflètent les biais de la société (par exemple, si vous avez davantage d’étiquettes « contenu offensant » pour les publications en provenance de certaines communautés), l’algorithme apprend et reproduit ces biais à grande échelle.

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04

La régulation en mutation : DSA, Section 230, et la res­pon­sa­bi­li­té redéfinie

Devant cette situation, la régulation commence à bouger. L’Union européenne, avec le Digital Services Act (DSA, entré en vigueur en février 2024), impose aux plateformes des obligations de transparence et de responsabilité. Les entreprises doivent maintenant publier comment leurs systèmes de modération fonctionnent, quels critères d’IA ils utilisent, et documenter les appels contre les suppressions. Elles doivent aussi démontrer que leurs algorithmes de recommandation ne discriminent pas systématiquement certains groupes. Aux États-Unis, le Section 230 reste globalement inchangé, bien que plusieurs projets de réforme circulent au Congrès depuis 2020, notamment le Platform Accountability and Transparency Act (PATA, 2022) et d’autres initiatives législatives visant à réduire l’immunité des plateformes.

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05

Conclusion

La liberté d’expression du XXIe siècle ne peut pas être comprise seulement comme un droit constitutionnel protégeant le citoyen contre la censure d’État, parce que la parole est maintenant médiatisée par des entreprises privées qui appliquent une censure sans procédure, sans transparence, et san

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06

Pour aller plus loin

- Une plateforme numérique peut-elle être vraiment « neutre » dans la recommandation de contenu, ou est-ce qu’un algorithme de recommandation est par définition un acte de censure (par omission)? - Comment réconcilier la protection de la parole avec l’obligation de réduire les contenus nuisibles (incitation à la violence, harcèlement) si la modération est invisible et non contestable?

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