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David Hockney

Dygest Original

Le peintre qui n'a jamais arrêté de recommencer

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Description

David Hockney est mort le 11 juin 2026, à 88 ans, dans sa maison de Normandie. Le communiqué a fait le tour du monde en quelques heures. Le peintre le plus connu de Grande-Bretagne après Lucian Freud, l’un des rares artistes vivants à avoir vu sa cote dépasser les 90 millions de dollars de son vivant, l’homme qui avait peint avec une obstination presque enfantine pendant soixante-dix ans, venait de fermer les yeux. Sur les réseaux sociaux, les hommages ont d’abord montré ce que tout le monde retient de Hockney : les piscines californiennes de la fin des années 1960, A Bigger Splash de 1967,Portrait of an Artist (Pool with Two Figures) de 1972 — ce dernier vendu 90,3 millions de dollars en 2018 et qui détient encore aujourd’hui le record du tableau le plus cher jamais vendu d’un artiste vivant.

Ces piscines bleues sous le soleil de Los Angeles sont devenues une carte de visite si universelle qu’elles ont fini par étouffer le reste du parcours. Or si Hockney a une particularité parmi les peintres majeurs du XXᵉ siècle, c’est précisément qu’il n’a jamais voulu rester celui qu’on attendait. Sept décennies de carrière, six réinventions techniques radicales, et un refus obstiné de la posture qu’on lui prêtait à chaque période — l’enfant prodige britannique des années 1960, le peintre californien des années 1970, le théoricien de la photographie des années 1980, le coloriste du Yorkshire des années 2000, le pionnier de l’iPad des années 2010, le maître normand des dernières années.

Cette obstination à recommencer, à toujours déplacer le foyer de son attention, est probablement ce qui le distingue le plus nettement de ses contemporains. Là où la plupart des grands peintres trouvent leur signature et la travaillent jusqu’à la perfection, Hockney a passé sa vie à fuir la sienne. À chaque succès, il changeait. Chaque fois qu’on croyait l’avoir cerné, il était déjà ailleurs.

La question que l’on se pose : qu’est-ce qui a poussé Hockney à recommencer si souvent, alors que chaque période lui assurait succès commercial et reconnaissance critique, et qu’est-ce que cette obstination raconte d’un siècle de peinture ?

Ce que l’on va voir : l’enfant de Bradford qui voulait sortir, le déclic californien et les piscines, la critique de la photographie qui a occupé deux décennies, et les dernières années — Yorkshire, iPad, Normandie — où le regard ne s’est jamais arrêté de travailler.

Sommaire

01

Bradford, et la sortie d’un jeune homme

David Hockney naît le 9 juillet 1937 à Bradford, dans le Yorkshire, dans une famille ouvrière de cinq enfants. Son père, Kenneth Hockney, est comptable et militant pacifiste — un homme qui peignait des pancartes pour les manifestations et qui, dès l’enfance, fait comprendre à son fils que les images peuvent avoir un usage politique. Sa mère, Laura, est strictement méthodiste et économe au point que l’enfance entière se passe dans une vigilance constante du moindre penny. Bradford, dans les années 1940, est une ville d’usines de laine, grise, pluvieuse, et — c’est ce qui marquera Hockney — chromatique mente pauvre.

L’enfant montre très tôt un talent qui ne fait aucun doute. À 11 ans, il est admis à la grammar school sur examen, ce qui était l’équivalent local d’un sas vers l’université. À 16 ans, il choisit la Bradford School of Art contre l’avis de tous, qui voyaient en lui un futur instituteur. Quatre ans plus tard, il est reçu au Royal College of Art de Londres, l’école d’art la plus prestigieuse du Royaume-Uni. Il y arrive en septembre 1959 avec un fort accent du Yorkshire, des cheveux teints blond peroxyde, et une assurance déjà visible que ses condisciples londoniens prennent un certain temps à digérer.

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02

Los Angeles, les piscines, et la défense de la peinture

En janvier 1964, à 26 ans, Hockney prend l’avion pour Los Angeles. Il n’a aucune raison précise d’y aller — il veut juste voir. Ce qu’il découvre va orienter le reste de sa carrière. Le soleil californien, les piscines turquoise dans les jardins des collines de Hollywood, les jeunes hommes en maillots de bain qui se prélassent au bord, la lumière qui rend les couleurs presque artificielles — tout cela est l’opposé chromatique de Bradford, et Hockney comprend en quelques semaines qu’il a trouvé son sujet. Il s’installe en Californie quasi définitivement, achète une maison dans les collines de Mulholland Drive, et commence la série de peintures qui le rendra célèbre dans le monde entier.

Les piscines californiennes occupent Hockney pendant huit ans, de 1964 à 1972 environ. A Bigger Splash (1967), peint à l’acrylique sur une toile de 2,4 mètres de côté, montre une piscine vide et le jet d’eau qui s’échappe d’un plongeon qu’on ne voit pas. C’est une étude sur l’instant — l’éclaboussure qui durera moins d’une seconde dans la réalité, captée dans une image qui durera des siècles. Portrait of an Artist (Pool with Two Figures), peint en 1972, montre un homme habillé debout au bord d’une piscine qui regarde un nageur sous l’eau. C’est ce tableau qui sera vendu 90,3 millions de dollars en 2018 — record alors du marché pour un artiste vivant.

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03

Le sceptique de la pho­to­gra­phie

À partir de la fin des années 1970, Hockney quitte les piscines et entre dans une obsession qui occupera quinze ans de sa vie : la photographie. Plus précisément, son insatisfaction profonde envers ce que la photographie classique fait au regard. Une photographie, écrit-il dans plusieurs textes, fixe un instant et un point de vue uniques — comme si l’œil humain regardait sans bouger et sans cligner. Or l’œil humain ne fonctionne pas ainsi. Il balaye une scène, accumule des impressions, construit progressivement une représentation. La photographie, pour Hockney, est une vue qui ment sur la nature de la vision.

De cette intuition naissent les joiners, ses collages photographiques des années 1980. Hockney prend des dizaines, parfois des centaines de polaroids d’une même scène, depuis différents angles et à différents moments, et les recompose comme une mosaïque. Le résultat ne ressemble plus à une photographie classique — c’est plus proche d’un cubisme photographique, où plusieurs perspectives se superposent dans la même image. LePearblossom Highway, composé de plus de 800 polaroids en 1986, est l’œuvre la plus aboutie de cette période et figure aujourd’hui dans les collections permanentes du Getty.

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04

Yorkshire, iPad, Normandie : ne jamais arrêter de regarder

Au milieu des années 2000, à près de 70 ans, Hockney retourne dans le Yorkshire de son enfance. La Californie l’avait quitté ; ou plutôt, il avait fini de la peindre. Il s’installe à Bridlington, sur la côte est anglaise, et entreprend une nouvelle phase qui surprend ses suiveurs : des paysages monumentaux du Yorkshire, peints en plein air, avec des couleurs presque hallucinées qui sont à mille lieues du gris dont les Anglais avaient appris à se résigner. Bigger Trees Near Warter (2007), une œuvre composée de 50 panneaux assemblés faisant 12 mètres de large, est l’une des plus grandes peintures jamais réalisées par un artiste vivant. Il y traite la forêt anglaise comme Hockney avait traité les piscines californiennes : avec une attention frontale à la couleur et à la lumière, débarrassée de toute ironie.

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05

Conclusion

Ce que Hockney lègue à 2026 n’est ni un mouvement, ni une école, ni même un style identifiable. Il a refusé d’être chef de file de qui que ce soit, et il a regardé avec une certaine ironie les manifestes que ses contemporains signaient. Il léguait, en revanche, une posture : celle d’un peintre qui n’a jamais accepté qu’un style soit définitivement à lui. Aux moments précis où la critique le déclarait « peintre des piscines », « peintre du Yorkshire »,« peintre des iPads », il était déjà ailleurs, en train de regarder autre chose.

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