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Winning now winning later

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David M. Cote

Refuser d'arbitrer entre court et long terme

Description

Quand David Cote prend la tête de Honeywell en février 2002, il hérite d'un truc qui ressemble à une belle carcasse. Trois entreprises fusionnées à la va-vite, une opération de rachat par General Electric avortée quelques mois plus tôt, une comptabilité qui embellit les chiffres pour tenir les promesses faites à Wall Street. Le cours a chuté, le moral aussi. On lui demande de redresser l'action vite. Sauf que Cote regarde les livres de comptes et comprend que le "vite" des années précédentes est exactement ce qui a creusé le trou.

Son idée tient en quatre mots devenus le titre de son bouquin : gagner maintenant, gagner plus tard. La plupart des dirigeants, quand on les pousse, finissent par choisir. Ils sacrifient l'avenir pour tenir le trimestre, ou ils protègent l'avenir en décevant les marchés. Cote refuse le marché. Il passe seize ans à démontrer qu'on peut faire les deux à la fois — et que ceux qui prétendent le contraire se cachent souvent derrière l'arbitrage pour éviter le vrai travail.

Le livre n'est pas un manuel de management inspirant de plus. C'est le récit assez concret d'un patron qui a repris une machine détraquée et qui explique, décision par décision, comment il a refusé la facilité des deux camps. Ce qu'il raconte dérange autant les partisans du résultat immédiat que ceux qui se drapent dans le long terme pour justifier la mollesse.

La question que l’on se pose : Peut-on vraiment produire des résultats immédiats sans hypothéquer l'avenir de l'entreprise, ou faut-il forcément sacrifier l'un pour l'autre ?Ce que l’on va voir : Comment un dirigeant a transformé un dilemme réputé insoluble en discipline quotidienne, et ce que ça dit des habitudes qui détruisent silencieusement la valeur future.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Le faux choix qui rassure tout le monde

L'arbitrage entre court et long terme est une des croyances les plus confortables du monde de l'entreprise. Elle rassure parce qu'elle offre une excuse toute prête. Le dirigeant qui rate ses objectifs peut invoquer l'avenir qu'il protège. Celui qui coupe dans la recherche pour tenir le trimestre peut jurer qu'il n'avait pas le choix. Dans les deux cas, l'arbitrage sert d'alibi. Cote soutient que cette croyance est fausse la plupart du temps — non pas qu'elle n'existe jamais, mais qu'on l'invoque bien plus souvent qu'elle ne s'impose réellement.

À son arrivée chez Honeywell, il découvre le mécanisme dans toute sa crudité. Les années précédentes, l'entreprise avait battu ses résultats trimestriels en tirant sur des réserves comptables, en repoussant des dépenses nécessaires, en gonflant les carnets de commandes. Chaque trimestre paraissait bon. Chaque trimestre creusait un peu plus la dette envers l'avenir. Le court terme n'avait pas été servi contre le long terme : il avait été acheté à crédit sur le dos du long terme, ce qui n'est pas la même chose. La note finit toujours par arriver.

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02

Chapitre 2 — Deux comptes à faire tourner en même temps

Le paradoxe pratique de Honeywell dans les années 2000 tient dans une phrase : réduire les coûts tout en investissant davantage. Sur le papier, ça sonne comme une contradiction. Cote passe la décennie à montrer que non. La clé, c'est de ne pas confondre dépenser moins et dépenser bêtement. Il attaque les coûts fixes, la bureaucratie, les usines mal gérées, les processus redondants — et il redirige une partie de ce qu'il économise vers la recherche, les nouveaux produits, les marchés émergents. L'argent ne disparaît pas : il change de poste.

Un exemple qu'il détaille : plutôt que de licencier massivement à la moindre baisse d'activité, comme le réflexe l'ordonne, Honeywell met en place lors de la crise de 2008 des congés sans solde tournants. On garde les gens, on réduit temporairement la masse salariale, et quand la reprise arrive, l'entreprise dispose déjà de ses équipes formées pendant que les concurrents rembauchent et forment à toute vitesse. Le court terme est protégé — moins de dépenses immédiates — et le long terme aussi — pas de savoir-faire perdu. La décision coche les deux cases.

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03

Chapitre 3 — Penser in­dé­pen­dam­ment, sur un mode in­tel­lec­tuel­le­ment honnête

Derrière la méthode, Cote pose une posture qu'il appelle l'honnêteté intellectuelle. L'idée est simple à énoncer, difficile à pratiquer : regarder la réalité telle qu'elle est, pas telle qu'on voudrait qu'elle soit, et surtout pas telle que tout le monde autour de vous a décidé qu'elle était. Un dirigeant qui reprend les hypothèses ambiantes sans les tester finit par gérer une fiction. Or les entreprises en difficulté baignent souvent dans des fictions confortables que personne n'ose contredire.

Il raconte comment il passait un temps considérable à se plonger dans les détails, alors qu'un patron est censé rester au niveau de la stratégie. Pour Cote, la stratégie sans la connaissance fine du terrain est du vent. Il posait des questions jusqu'à comprendre vraiment, quitte à agacer, parce que c'est dans les détails que se cachent les fausses économies et les vrais gisements. Un chiffre qu'on ne sait pas expliquer est un chiffre qui ment. Cette exigence est l'exact contraire du dirigeant qui délègue sa compréhension à ses tableaux de bord.

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04

Chapitre 4 — Le trimestre contre l'en­tre­prise

Si l'arbitrage entre court et long terme est un faux choix si répandu, c'est qu'un système entier pousse à le faire. Cote décrit sans détour l'écosystème qui entoure une grande entreprise cotée : des analystes financiers qui notent au trimestre, des investisseurs qui réclament de la performance immédiate, des dirigeants dont la rémunération et parfois la survie dépendent d'objectifs à quelques mois. Tout ce dispositif est réglé pour récompenser l'immédiat et rendre invisible ce qu'on lui sacrifie. La destruction de valeur future ne se voit pas sur un tableau trimestriel — c'est précisément ce qui la rend dangereuse.

Le mécanisme est pernicieux parce qu'il est graduel. Couper un peu la recherche cette année ne fait pas s'effondrer l'entreprise ; ça la rend juste imperceptiblement moins compétitive dans cinq ans. Reporter la maintenance d'une usine ne casse rien ce trimestre ; ça prépare une panne plus tard. Sur-promettre aux marchés ne coûte rien au moment de la promesse ; ça coûte au moment où il faut tricher pour la tenir. Chaque geste isolé paraît raisonnable. Leur accumulation ronge la substance de l'entreprise pendant que les indicateurs restent verts.

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05

Conclusion

En 2017, quand Cote quitte Honeywell, la capitalisation a été multipliée par plusieurs fois par rapport à son arrivée en 2002, sans que l'entreprise ait été vidée de sa substance pour y parvenir. Le résultat immédiat et la santé durable ont progressé ensemble, ce que la sagesse ambiante disait impossible. La démonstration du livre n'est pas qu'un homme était particulièrement doué — c'est que l'arbitrage qu'on prend pour une loi de la nature est souvent une paresse déguisée en fatalité.

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