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Couverture de 'Violences et repression dans la france moderne'

Violences et répression dans la France moderne

Yves-Marie Bercé

Guerres de religion, révolte des Croquants, complots, répressions : aux XVIe et XVIIe siècles

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Description

Guerres de religion, révolte des Croquants, complots, répressions : aux XVIe et XVIIe siècles, des images de violence accompagnent les débuts de la France moderne. Parce qu’ils touchent l’ensemble de la société, ces débordements éclairent les évolutions de l’ordre public, de l’appareil d’État, du champ pénal de la justice.

À travers différents exemples, Yves-Marie Bercé décrypte les mutations de la société et de l’État monarchique entre le temps du roi guerrier du XVIe siècle et celui du souverain autoritaire centralisateur le siècle suivant. Assassinat du duc de Guise en 1589, soumission de villes protestantes dans les années 1620, coups de majesté des rois de France, autant d’épisodes qui permettent d’examiner les réponses du pouvoir et l’organisation de sa répression. Ainsi se dessinent les transformations des institutions dépositaires de la violence d’État au cours de l’époque moderne.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Les grandes monarchies occidentales ressemblaient, depuis le XIVe siècle, à des États de droit, mais il arrivait que des situations inquiétantes entraînent des dérogations brutales. Ces épisodes de violence insolite furent, au cours du XVIe siècle, théorisés par les politologues qui instituèrent la raison d’État.

Des gens d’épée, des hommes de loi, des titulaires d’offices spécifiques recevaient alors la caution d’ordonnance pour recourir à la redoutable force publique. Ces tâches disparates, personnelles, n’ont guère été mentionnées dans les archives judiciaires du temps, de sorte que, faute de sources groupées, elles n’ont pu être étudiées pour elles-mêmes.

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02

L’au­to­ré­gu­la­tion de l’ordre public

Sous l’Ancien Régime, le prestige d’un roi était d'abord guerrier : il résultait de l’appui indiscuté de ses gens d’armes et aussi de ses sujets, nobles ou citadins. Le consentement collectif reconnaissait sa vocation de commandement et son droit unique de guerroyer dans le royaume. En fait, il ne disposait souvent, même au XVIIe siècle, que de quelques milliers de soldats permanents, à pied ou à cheval, et de quelques dizaines de canons.

Ainsi, Louis XIII, dans les années 1620, réunissait moins de trente mille hommes contre les rébellions protestantes. Et en 1643 le prince de Condé, à la victoire de Rocroi qui opposait le royaume de France à la monarchie espagnole, n’avait que douze canons en bataille. Mais ces troupes royales employées à la guerre n’avaient pas pour fonction d’assurer l’ordre public et de faire respecter les lois. L’obéissance aux décisions royales à Paris comme dans les plus lointaines provinces ne dépendait pas du nombre de soldats, mais de la fidélité des sujets, ou, autrement dit, de la confiance du corps social. Si la contrainte paraissait nécessaire, le dernier mot revenait aux nobles, ou aux milices bourgeoises dans les villes.

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03

Les troupes d’ordre public

Le premier emploi de troupes particulières servant à l’ordre public apparaît comme un corollaire de l’institution militaire. Elles n’étaient liées ni à la sûreté des villes ni à des desseins politiques du souverain. Elles n’étaient qu’une dépendance des situations de guerre. Dès les années 1350, les maréchaux (deux en ce temps-là), qui commandaient les armées du roi avaient auprès d’eux des prévôts (fonctionnaires chargés de la justice et de l’ordre public) chargés de punir, selon les règles des ordonnances, les désordres des soldats.

De nombreux offices furent ainsi créés auprès des armées ; ils étaient assimilés au corps de la gendarmerie et leurs gages pris sur les caisses de guerre, constituant ainsi la maréchaussée.

Les montées d’effectifs des armées et la longue durée des guerres d’Italie (1494-1559), aggravèrent les ravages provoqués par les soldats, qui pillaient et brigandaient. Plusieurs grandes ordonnances des rois répondaient à l’urgence de ces besoins ; des édits de François Ier en 1535 et de Henri II en 1554 précisaient les services confiés aux prévôts des maréchaux. Par la suite, au long des XVIe et XVIIe siècles, se succédèrent des mesures législatives renouvelant ou répétant les pouvoirs de ces agents. Le principal danger énoncé par le législateur était la circulation des troupes ; il revenait donc aux prévôts d’être sans cesse à cheval à la suite des armées, sur leurs itinéraires, en logement d’étapes, sur les théâtres des combats ou sur les chemins de retour des soldats renvoyés après une saison de guerre.

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04

Les gardes des rois

De tout temps les rois ont recruté des gardes pour les protéger des dangers encourus sur-le-champ de bataille, dans les crises dynastiques et dans les guerres civiles. Ces gardes du prince, remarquables par leur rang social et leurs qualités guerrières, pouvaient se voir confier des missions politiques. La dignité de leur charge les rattachait aux plus anciens rites de la royauté, et leurs capacités tactiques annonçaient les engagements de la raison d’État.

La fonction d’apparat des troupes de la Maison du roi était primordiale : somptueuse selon la dignité du roi de France, magnifique pour preuve de sa puissance sociale, mais également menaçante aux yeux des étrangers et d’éventuels rebelles. Ainsi le dimanche 20 juillet 1608, jour d’accueil de l’ambassadeur d’Espagne au château de Fontainebleau, toutes les unités des gardes avaient été requises. L’introducteur du diplomate devait d’abord lui faire traverser les rangs des archers du Grand prévôt, puis passer devant une compagnie en ordre de bataille dans la cour carrée ; l’escalier montant au logis du roi était contrôlé par cent gardes suisses ; à l’entrée du cabinet du roi se tenaient les huissiers du Conseil porteurs de chaînes d’or et armés de masses.

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05

Une illus­tra­tion : la révolte des Croquants de 1637

Les révoltes des Croquants eurent lieu dans le sud-ouest du royaume aux XVIIe et XVIIIe siècles, principalement pour des raisons fiscales, et notamment l’introduction d’une taxe sur le vin. Le soulèvement de 1637, point d’orgue de la colère paysanne, consistait en l’attaque des collecteurs d’impôts. La rébellion s’étendant, l’armée royale vint mater le soulèvement dans le sang, condamnant les chefs à la peine de mort, mais accordant une large amnistie à la masse des paysans et villageois. Yves-Marie Bercé évalue l’événement de deux manières.

Dans une perspective lointaine, il voit dans ce sursaut des Croquants les craintes d’une collectivité qui redoutait de perdre ses privilèges. La forme de la contestation, une véritable prise d’armes dans les paroisses, traduisait la force de ce que l’historien appelle la « solidarité d’habitat », la puissance du sentiment de patrie locale dans un monde agraire relativement sédentaire et autarcique. Des centaines d’autres émeutes villageoises avaient déjà présenté, ou bien reproduisirent ensuite, à une échelle réduite, les caractères originaux du soulèvement périgourdin. Ainsi, la révolte des Croquants prit-elle la forme dans l’histoire d’un archétype de la révolte paysanne.

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06

Les coups de majesté

Dans certains cas, le souverain était contraint de recourir aux artifices du complot pour se tirer d’une impasse politique et pour sauver son autorité. À la tête de son royaume, dans sa propre cour, à l’insu de ses conseillers, le prince était réduit aux voies de la clandestinité, il devait échapper au regard du public, quitter les voies normales du gouvernement, et mépriser les fonctions ordinaires de ses officiers et magistrats. Il concevait alors la trame d’un coup d’État qui devait éclater à un certain jour dit, provoquant la stupeur des témoins et la déroute de ceux qui avaient entravé son autorité légitime. Dans ces cas, où le roi étonnait par la force et la hardiesse d’une décision inattendue, on parlait d’un « coup de majesté » puisque l’éclat de la décision paraissait véritablement royal, le prince y faisant un plein et légitime usage des prérogatives souveraines qui n’appartenaient qu’à lui. Au moins trois fois dans l’histoire de France, les souverains furent réduits à de tels procédés : lorsque Henri III crut, en décembre 1588, mettre fin à la Ligue en faisant assassiner son chef, le duc de Guise ; lorsque le jeune Louis XIII revendiqua la plénitude de son pouvoir en faisant mettre à mort son principal ministre Concini, maréchal d’Ancre (avril 1617) ; enfin, lorsque le jeune Louis XIV s’assura de la maîtrise de ses finances en faisant arrêter son surintendant Nicolas Fouquet (septembre 1661). De ces événements, Yves-Marie Bercé retient d’abord que le complot nourrit le complot, à toutes les échelles : Henri III méditant la mort du duc de Guise se persuada sans peine que Guise complotait sa mort ; aussitôt après la mort de Concini, se répandit dans les rues de Paris le bruit de la mort de Louis XIII ; Fouquet, quant à lui, fut considéré par le peuple comme l’empoisonneur de Mazarin. L’historien précise également que le complot royal résultait toujours d’un conflit structurel qui surgissait à l’intérieur de l’appareil d’État, autrement dit entre le roi et l’un de ses principaux conseillers.

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07

Conclusion

Le titre de cet ouvrage peut paraître trompeur. Il ne s’agit pas d’une étude globale des violences et de la répression des XVIe et XVIIe siècles, mais bien d’un agrégat de cas particuliers desquels il est possible de tirer des leçons sur l’organisation des institutions depuis Henri II jusqu’à Louis XIV, alors qu’elles se transformaient profondément.

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08

Zone critique

La force de cet ouvrage réside dans la somme des informations qu’il contient. Les travaux menés par Yves-Marie Bercé y sont condensés à la faveur des nombreuses publications scientifiques de l’historien. En outre, les textes originaux n’ont pas été scrupuleusement respectés par l’auteur qui offre à la lecture des conclusions renouvelées et une réflexion qui n’a cessé d’évoluer depuis leur rédaction.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Violences et répression dans la France moderne, Paris, CNRS Éditions, 2018.

Du même auteur – Révoltes et révolutions dans l'Europe moderne (XVIe-XVIIIe siècle), Paris, Cnrs, coll. « Biblis », 2013. – Fête et révolte : Des mentalités populaires du XVIe au XVIIIe siècle, Paris, Fayard, coll. « Pluriel », 2006. – La Naissance dramatique de l'absolutisme (1598-1661), Paris, Seuil, coll. « Points »,1992. – Histoire des Croquants, Paris, Seuil, 1966.

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