
Violences conjugales
Du combat féministe à la cause publique
Description
Publié en 2017, ce livre retrace l'histoire de la manière dont les violences conjugales sont devenues un problème public en France et aux États-Unis. Pauline Delage, sociologue, montre comment ce phénomène, longtemps confiné à la sphère privée, a progressivement été porté sur la scène publique par les mouvements féministes. L'auteure explique que dans les années 1970, les militantes féministes ont joué un rôle essentiel pour faire reconnaître les violences conjugales comme un enjeu de société, et non plus seulement comme des affaires privées.
Elles ont notamment créé des associations d'aide aux femmes victimes et milité pour que l'État prenne des mesures de protection. Cependant, Delage souligne que ce processus de "mise en politique publique" des violences conjugales a été plus lent et plus difficile en France qu'aux États-Unis. En France, les obstacles politiques et juridiques ont freiné la judiciarisation de ce problème, contrairement à l'approche plus répressive adoptée outre-Atlantique.
Sommaire
01Introduction
Longtemps, les violences conjugales sont restées dans le domaine de l’intime, du privé. Pas question d’y mêler l’extérieur et encore moins le juridique ou la politique. Grâce à des mouvements sociaux et féministes, ce problème est devenu une cause publique. La violence faite aux femmes concerne également les pouvoirs publics !

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02Au commencement était le viol
C’est dans les années 1970 que « la découverte de la violence conjugale et de sa fonction sociale constitue un événement, dans la mesure où elle vient rompre avec une vision antérieure du monde » (p.19). En France et aux États-Unis, les violences conjugales – qu’il s’agisse des femmes battues ou des femmes violées – sont la preuve de la domination masculine. Ce sont les mouvements féministes qui ont impulsé la révélation de cette problématique. La question du viol est d’ailleurs la matrice de l’analyse féministe. En France, en 1970, le journal Partisans donne la parole à une jeune femme violée.

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03L’apparition des études féministes
Aux États-Unis, la recherche est plus académique, les féministes sont pour beaucoup des universitaires ; des autrices démontrent que le viol est utilisé de façon politique (par exemple lorsqu’il est utilisé en temps de guerre comme un outil contre ses adversaires) ; d’autres tentent d’analyser le traitement fait aux victimes par l’État et par les proches ; certaines se penchent sur la psychologie post-trauma…
En France, ce sont surtout les revues militantes qui abordent le sujet. et, à la suite du témoignage d’une jeune militante révolutionnaire d’origine vietnamienne violée par un immigré, le débat du viol est instrumentalisé par la politique : l’extrême gauche pense que les féministes veulent stigmatiser les immigrés, et une partie de la gauche pense que c’est la misère sexuelle des travailleurs et des immigrés qui est la cause de ces viols. Pour ces militantes, la gauche comme la droite tentent de justifier le viol. Aux États-Unis, il en va de même. Historiquement, le mythe du noir violeur de femmes blanches perdure, la question raciale étant profondément ancrée. Ainsi, des discordes existent entre certaines féministes.

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04Les femmes battues
Parallèlement à la problématique du viol, les féministes s’emparent également, dans les années 1970, du problème des « femmes battues ». C’est cette expression qui est utilisée en France pour évoquer la violence conjugale. Aux États-Unis, on parle de « woman /wife battering ».
Tout comme pour le viol, la responsabilisation de la victime est encore trop souvent mise en avant. « Silence et déni sont des termes récurrents pour désigner les mécanismes d’occultation du problème. Les représentations dominantes de la violence nient sa gravité, sa prévalence et ses causes » (p.36). Il existe aussi un certain nombre de mythes autour de cette violence : cela toucherait plus les classes populaires ; les femmes concernées le méritent ; si elles ne quittent pas leur conjoint, c’est qu’elles apprécient… L’autrice rappelle qu’historiquement l’appropriation du corps de la femme par l’homme est actée par le statut marital.

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05La justice pénale face au viol
Qu’en est-il de la justice pénale ? C’est une question ardue, mais il faut noter qu’« à partir de 1975 en France, la réponse juridique prend de plus en plus d’importance, notamment par le biais de la Ligue du droit des femmes (LDF) et de Choisir, qui comptent un grand nombre d’avocates » (p.29). Mais le viol n’est pas encore défini, et le juge évalue les conséquences sur la victime, mais aussi sa responsabilisation : police et tribunaux sont encore complaisants envers les agresseurs. Dans l’hexagone, c’est en 1976 que débutent les premiers procès pour viol.

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06La cause militante au travail
« Chaque jour, depuis la fin des années 1970, les travailleuses des associations héritières des féminismes assurent des permanences téléphoniques, accueillent les femmes et leurs enfants au cours d’entretiens individuels ou dans un cadre collectif, les accompagnent dans leurs démarches auprès des institutions juridiques et sociales et, lorsque leur structure le permet, leur proposent un hébergement. » Il faut noter qu’alors se met en place une stabilité organisationnelle de ces accompagnements : la cause militante se professionnalise.

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07Institutionnaliser la cause militante, légitimer le problème public
Depuis les années 1980, aux États-Unis, le monde académique se penche sur les recherches et les enseignements autour de la violence conjugale, et cela dans tous les domaines (sociologie, psychologie, criminologie…) Le thème se légitimise au cœur des savoirs universitaires.
En France, il faut attendre les années 2000 pour voir apparaître à l’université des thèses et enquêtes, et si les cours qui abordent le sujet sont très rares, ils tendent malgré tout à se développer. L’institutionnalisation de ce problème ne suit pas la même chronologie aux États-Unis et en France. Cela commence au milieu des années 1970 pour le premier, et seulement en 1989 pour le second, avec une accélération dans les années 2000. Cela devient vite un problème pénal aux États-Unis grâce à l’initiative de juristes et de féministes militantes.

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08Violence conjugale et genre, le cœur des controverses
Il va sans dire que lorsque l’on évoque les violences conjugales, on pense tout de suite aux violences faites aux femmes. C’est l’idée que certaines féministes ont voulu imposer : « Une compréhension genrée de la violence conjugale imbrique en effet deux dimensions : l’une quantitative – les femmes sont davantage victimes que les hommes –, l’autre qualitative – la violence conjugale s’enracine dans des rapports de domination » (p.169). Pourtant, dans l’espace public, cette approche est contestée et les violences faites aux hommes sont également évoquées. En France, subsiste cette idée que la violence conjugale est une violence que les hommes font aux femmes ; aux États-Unis, le discours des associations a tendance à être plus inclusif.
Aux États-Unis, un débat emblématique oppose l’approche féministe et l’approche de la violence familiale. Pour des universitaires comme Robert Gelles et Murray Strauss, il existe une symétrie de genre dans les violences conjugales : les hommes et les femmes seraient dans les mêmes proportions victimes de violences conjugales ; ce seraient les différences physiques qui feraient que les actes sont plus graves lorsqu’ils sont commis par les hommes. Il ne serait donc pas question de contrôle exercé par les hommes sur les femmes.

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09Accompagner les hommes
Toujours est-il que la question d’exclure ou de prendre en charge les hommes violents existe également. Des associations états-uniennes ont mis en place des programmes d’accompagnement dès la fin des années 1970.
Une obligation de suivi peut aussi être demandée. Les juges peuvent d’ailleurs substituer aux poursuites une prise en charge thérapeutique. Depuis, les choses ont encore évolué selon les États. Pour ce qui est des hommes victimes, ils ne sont pas pris en charge par les associations françaises, car elles se veulent spécialistes de l’accompagnement des femmes. À Los Angeles, le discours des associations inclue les hommes victimes, mais la priorité est accordée aux femmes.

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10Conclusion
Dans cet ouvrage, Pauline Delage s’intéresse au traitement du viol et de la violence conjugale aux États-Unis et en France. Elle se penche plus particulièrement sur la prise en charge de ce problème par les féminismes, les institutions et les pouvoirs publics.

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11Zone critique
Issu d’un travail de thèse, le texte n’est pas toujours facile d’accès. Il détaille l’évolution de la prise en charge des femmes victimes de violences conjugales et de viol par les centres d’accueil.

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12Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Pauline Delage, Violences conjugales. Du combat féministe à la cause publique, Paris, Presses de Sciences-Po, 2017.
De la même autrice – Droits des femmes, tout peut disparaître, Paris, Textuel, 2018. – Féminismes dans le monde : 23 récits d'une révolution planétaire, Paris, Textuel, 2020. – Collectif, Violences conjugales : un défi pour la parentalité. Paris, Dunod, 2020.

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