
Vies et mort du capitalisme
Plus le capitalisme se développe et plus le marxisme est pertinent
Description
Selon Kurz, il y aurait dans le marxisme un noyau théorique qui non seulement n’aurait pas vieilli, mais serait d’une importance cruciale pour comprendre notre époque. Ce serait la « théorie de la valeur », telle qu’elle apparaît au début du Capital.
La thèse est la suivante : plus le capitalisme se développe, plus le travail se technicise et plus la base vitale du système, l’exploitation des travailleurs, perd en consistance. Le capitalisme, ainsi, court à sa perte. Après la fin, deux options : ou bien la barbarie tempérée par le totalitarisme, ou bien le communisme intégral.
Sommaire
01Introduction
La conclusion de Kurz est sans appel. Le capitalisme en est arrivé au point où sa chute est imminente. Le progrès technique, causé par le mécanisme de la concurrence, a tellement exclu le travail humain du procès de production qu’il n’est plus possible de faire des profits : ceux-ci, en effet, pour Kurz comme pour tout marxiste authentique, ne peuvent provenir que de l’extorsion de la plus-value par le capitaliste sur le prolétaire. En l’absence de travail humain, point de profit.

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02Clarifications théoriques
Le marxisme de Robert Kurz est bien particulier. Ici, point de prolétariat chargé de faire advenir une révolution, point de revendications catégorielles dans le cadre du marché du travail, point d’adoration du rôle de l’État ou du Parti. Et pas d’icônes, non plus. L’URSS ne fut selon Kurz qu’un capitalisme de rattrapage, et Lénine, Staline, Mao, que des dictateurs ayant servi les intérêts de leur État dans la concurrence mondiale, et non ceux des travailleurs.
Le marxisme de Kurz est un marxisme de l’essentiel. Ayant déblayé le champ de ruines de la critique sociale et économique, Kurz a trouvé la substantifique moelle du marxisme. Cela s’appelle la « critique de la valeur ». Qu’est-ce à dire ?
Au rebours des économistes libéraux qui l’avaient précédé, Marx considère que l’argent n’est pas qu’un simple signe, médium sans substance servant à réaliser l’essentiel, qui serait l’échange des marchandises elles-mêmes. Puisque l’ordre des choses est renversé, dans le capitalisme, il faut, dit-il, le renverser aussi dans la théorie. L’argent est premier, dans ce système de production. Qu’il le soit donc dans la théorie aussi : pour Marx, la plus-value n’est pas le résultat mais le but de l’échange marchand. Et non seulement de l’échange, mais de la production. On produit pour gagner de l’argent, et non pas pour autre chose. Telle est la logique du capital. L’argent est premier. Le réel est second.

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03Pourquoi le capitalisme semble toujours renaître de ses cendres
Mais le capitalisme semble toujours renaître de ses cendres. Donné pour mort en 1918, avec l’effondrement impérialiste de la guerre et la révolution de 1917, voici qu’il se porte à merveille dans les années 1920.
À nouveau condamné en 1929, puis en 1939-1945, voici qu’on aboutit aux « Trente Glorieuses ». Ensuite, la crise des années 1970 débouche sur l’effondrement de l’URSS. S’ensuit l’euphorie capitaliste des années 1990 et de la mondialisation. Fascinés par cette capacité du capitalisme de renaître, et toujours plus grand, et toujours plus beau, des morts successives que la logique implacable de la « baisse tendancielle du taux de profit » lui inflige, la plupart des économistes et des penseurs modernes se sont laissés, selon Kurz, abuser. Ils croient cette capacité inhérente au capitalisme. Pour Kurz, il n’en est rien. Il n’y aurait là que contingence historique.
À chaque fois que le capitalisme s’est remis en selle, ce fut grâce à une extension du domaine du crédit : aux profits réels, on substitue, et en quantités toujours plus grandes, des espérances de profits futurs.

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04La micro-informatique et la fin du travail
Mais le génie inventif de l’homme, fouetté par la concurrence capitaliste, devait inventer la micro-informatique. Comme toujours, il s’agissait d’économiser de la force de travail pour écraser la concurrence et gagner la domination du marché. Cependant, cette troisième révolution industrielle devait avoir une conséquence radicale : il s’avéra qu’elle détruisait infiniment plus d’emplois qu’elle ne pouvait en créer. Contrairement à l’époque fordienne, on se retrouvait dans une impasse. L’informatique tue le prolétariat. La mort du prolétariat signifie celle du capital.
Deux résultats. Premièrement, la chute de l’URSS, dont les dirigeants crurent qu’il leur était impossible de participer à cette nouvelle révolution industrielle dans le cadre d’une économie strictement planifiée, et qui se lancèrent donc dans une restructuration complète, dont la dynamique finit par leur échapper complètement. Deuxièmement, la crise des années 1970, que l’on mit indûment sur le dos du « choc pétrolier » et de laquelle on sortit par l’abandon de l’étalon-or, c’est-à-dire par une politique de crédit à tout va. Politique que l’on choisit d’orienter, à partir des années Reagan, vers le système bancaire et non vers la consommation privée ou collective (via les systèmes sociaux). Il se forme, depuis lors, des bulles financières toujours plus monstrueuses, gagées sur des espérances de profit toujours plus irréelles et lointaines. Des sommes colossales d’argent errent, partout sur la planète, faisant grimper l’immobilier, les startups, les bourses, tout ce que le peuple appelle le « monde de la finance » et qu’il exècre.

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05Conclusion
À lire Kurz, on songe au vers d’Hölderlin : « Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve. » En effet, la situation effroyable où nous met, selon lui, le capitalisme peut déboucher tout aussi bien sur un avenir radieux que sur une chute dans la barbarie. À une condition : que les hommes organisent la planification sociale qu’il appelle de ses vœux, et qui n’est pas n’importe quelle planification sociale. Robert Kurz ne rêve pas de Gosplan soviétique-productiviste.
La planification qu’il prône est affranchie de la logique capitaliste de la valeur. Comme Marx et comme Lénine, il entend laisser l’invention de ces nouvelles formes sociales à la liberté de l’histoire et des hommes. En attendant, il n’attend des hommes qu’une chose : qu’ils résistent à toutes les formes de barbarie qu’impose un capitalisme devenu fou. Qu’ils cessent de se battre pour obtenir une meilleure place dans le système marchand. Qu’ils cessent de confondre le socialisme avec la lutte pour un meilleur salaire : en faisant cela, les travailleurs se comportent comme n’importe quel entrepreneur soucieux de vendre cher sa marchandise, pour augmenter ses profits. Dans le brouillard idéologique présent, résister, ici et maintenant. Sauver la civilisation de la barbarie du chiffre.

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06Zone critique
Soucieux de rigueur intellectuelle, Kurz entend proposer à notre époque privée de repères philosophiques une construction intellectuelle solide. Sans cela, les efforts pratiques d’émancipation ne pourront qu’être vains. Comme Lénine tout au long de sa carrière, il ne cesse d’affiner et de préciser. Il se retranche.
Certain de la vérité (indéniable) de son analyse, Kurz ne craint pas d’excommunier. On pense à Luther. De Heinrich, théoricien d’un marxisme où l’argent n’est qu’une fonction et où les crises assainissent le système, il ne veut pas entendre parler. La gauche hostile aux « dérives financières » ? Ce sont pour lui autant d’« antisémites structurels », même s’ils se déclarent amis des Juifs. Les écologistes se trompent, qui croient que les maux de l’humanité résident plus dans le système technicien que dans la logique du capital. Ce ne sont, au fond, que des réactionnaires qui s’ignorent, puisqu’ils veulent revenir à la charrue. La liste n’en finirait pas, de tous ceux qui se trompent et sont donc autant d’ennemis à abattre.

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07Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Vies et mort du capitalisme. Chronique de la crise, Nouvelles édition Ligne, 2011.

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