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Couverture de 'Vie et mort de limage'

Vie et mort de l’image

Régis Debray

Le regard que nous portons sur les images

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Description

Dans son ouvrage "Vie et mort de l'image : Une histoire du regard en Occident", Régis Debray explore l'évolution du statut et des pouvoirs de l'image à travers l'histoire occidentale. L'auteur affirme que notre regard a d'abord été "magique" avant de devenir "artistique", et qu'il est désormais devenu "économique" dans l'ère contemporaine. Debray retrace cette transformation du regard, depuis les grottes ornées jusqu'à l'écran d'ordinateur, en montrant comment le statut de l'image a varié au gré des révolutions techniques et des croyances collectives.

Il remet en question certaines idées reçues comme "l'histoire de l'Art" ou "la Civilisation de l'image", en analysant les codes invisibles qui régissent le visible.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Photographies, télévision, tableaux, reliques : nous sommes entourés d’images. Et que faisons-nous avec elles ? S’il nous semble aujourd’hui évident qu’une image est faite pour être regardée, cela n’a pas toujours été le cas : on a jadis pu penser que les images avaient un pouvoir et qu’en un certain sens, c’était elles qui nous regardaient.

Si cela semble incongru, Régis Debray parvient à montrer que la manière dont nous nous rapportons aux images est historiquement construite et varie d’une ère culturelle à l’autre. Il emploie pour cela une méthode qu’il a lui-même conçue, et définie : la médiologie. Celle-ci n’est pas historique, mais vise plutôt à mettre au jour les différentes « mediasphère » qui ont existé, c’est-à-dire les différentes techniques (comme l’écriture, l’artisanat ou encore la vidéo) qui assurent un rapport, dans l’espace et dans le temps, aux images.

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02

Les pouvoirs de l’image

Alors que l’on a tendance à spontanément concevoir l’image comme une illustration de mots, l’auteur renverse cette hiérarchie. Pour lui, l’image est bien une parole muette, mais ce caractère muet est une force et non une déficience. Car « […] on n’a pas besoin de verbaliser pour symboliser. Dans le large spectre des moyens de transmission, le langage articulé occupe une bande courte (et tardive). » (p. 62) L’image a servi plus longtemps que les mots et elle peut symboliser de davantage de manières. Ce qui a notamment été montré à travers la réhabilitation freudienne du rêve.

Et que l’on voit très bien dans La Recherche du temps perdu de Marcel Proust, dont l’auteur analyse un passage : Bergotte (le personnage de l’écrivain) meurt devant la Vue de Delft de Vermeer, comprenant alors face à cette image l’inanité de ses propres tentatives de symbolisation par les mots. Régis Debray concède toutefois que les mots peuvent servir à mieux voir, à développer les images comme des négatifs. Dans le roman de Proust, Bergotte n’aurait par exemple pas été capable de percevoir les détails du tableau de Vermeer qui l’impressionnèrent tant s’il n’avait pas lu la veille une critique très détaillée sur l’artiste.

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03

L’image comme idole : le temps de la logosphère

De la naissance de l’écriture à l’invention de l’imprimerie, Régis Debray pense une première ère qu’il nomme « logosphère ». Durant cette phase, le mode de communication dominant est le logos, discours, et en particulier le discours oral. Dieu ou les divinités (selon l’époque) dictent et l’homme retranscrit par écrit ou dicte à son tour. Le critère de reconnaissance essentiel de cette logosphère est la nature des images qui existaient alors et le rapport que les hommes avaient à elles. De ce point de vue, on peut associer à cette ère le monde grec et le monde chrétien, qui s’apparentaient en ce que l’image y était eidôlon, ce que l’on traduit généralement par icône, mais que l’auteur préfère rendre par le terme d’idole (précisément pour englober l’image chrétienne).

Quelles sont les caractéristiques d’une idole ? En se servant de la distinction que le philosophe Charles Peirce effectue entre l’indice, l’icône et le symbole (dans Écrits logiques), Régis Debray montre que les icônes de la période grecque puis chrétienne fonctionnaient comme des indices. Les indices sont des fragments de l’objet qui sont affectés par celui-ci. Par exemple, l’empreinte d’un pas sur le sable est un indice : sa forme est directement affectée par la nature du pas (plus ou moins vigoureux, semelle abîmée ou neuve, etc.).

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04

L’image comme œuvre d’art : le temps de la gra­pho­sphère

De l’imprimerie à la télévision couleur, s’écoule pour Régis Debray une deuxième ère qui est celle de la « graphosphère ». Durant celle-ci, la nature de l’image n’est plus la même : il s’agit désormais d’une image qui agit comme icône. L’icône n’est plus censée être une partie de l’objet représenté, mais simplement un objet ressemblant. Le critère de l’icône réussie est donc une certaine identité de proportion ou de forme. Si l’on reprend un exemple religieux, la relique était une image-indice tandis qu’un portrait considéré comme ressemblant au Christ est une image-icône : ce portrait ne rend pas le Christ présent, il est une simple œuvre, qui procure admiration ou plaisir.

Ces œuvres, sur lesquelles on porte un regard esthétique, ne peuvent plus intercéder en notre faveur auprès d’une quelconque divinité, elles ont en elles-mêmes leur raison d’être. Alors qu’attend-on d’elles ? Pour Régis Debray, essentiellement de l’illusion. Il semble faire ici référence à une théorie classique de philosophie esthétique : celle de la mimesis (imitation), qui définit l’œuvre d’art comme une imitation (fatalement illusoire) de la réalité.

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05

L’image comme visuel : le temps de la vidéosphère

La dernière mediasphère identifiée par l’auteur est celle de la vidéosphère, débutée à l’invention de la télévision en couleurs et se poursuivant jusqu’à nos jours. C’est une ère mondialisée, durant laquelle le livre n’est plus le plus haut référent symbolique : on n’accède plus à l’espace et au temps par l’écriture, mais par la technique. Régis Debray ne dit pas que l’époque ne produit plus d’œuvres d’art, mais seulement que celles-ci s’inscrivent désormais dans un autre rapport à l’image : « le médiologue doit en prendre acte : même si les plus beaux tableaux du monde étaient devant nous, ils viendraient s’inscrire dans une autre sphère que celle de l’art, car, en optique comme ailleurs, nous avons changé d’élément. » (p. 333) Que deviennent les images à une telle époque ? Ce sont essentiellement des visuels. En affirmant qu’il s’agit de « l’ère du visuel », l’auteur reprend ici une expression du critique de cinéma Serge Daney. Ces visuels fonctionnent comme des images-symboles. Un symbole n’a plus, comme avait l’icône, de rapport de ressemblance ou d’analogie à la chose à laquelle il renvoie. Le lien à cette réalité n’est plus que conventionnel, arbitraire, et se déchiffre à l’aide d’un code.

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06

Conclusion

Dans un livre extrêmement riche, fourmillant de références historiques, littéraires et philoso

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07

Zone critique

Si nombre des prévisions de Régis Debray dans cet ouvrage se sont produites ces dernières décennies, dans le détail de ses analyses l’auteur paraît tout de même tributaire des biais de son époque. Il s’inscrit en effet par cet ouvrage dans la lignée des grandes critiques de la représentation (comme Guy Debord, dont il semble radicaliser la pensée).

Celle-ci assignerait l’objet représenté à la présence et ne permettrait ni la distance ni l’absence dudit objet. Phénomène pour lui caractéristique à l’ère de la vidéosphère. Mais si l’événement règne effectivement en maître à notre époque, on ne peut pas dire que les procédés permettant de le diffuser soient dénués de regard et de médiateté : même un match sportif diffusé en direct est tributaire d’un certain regard et offre une narration (dans le choix des gros plans, des enchaînements de plans et des décisions contribuant à construire le visuel). Concernant l’art également, Régis Debray cantonne celui-ci à un rapport d’imitation de la réalité.

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08

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Vie et mort de l’image, Paris, Éditions Gallimard, coll. « Folio essais », 1992.

Du même auteur – Cours de médiologie générale, Paris, Éditions Gallimard, coll. « Bibliothèque des idées », 1991. – Le Pouvoir intellectuel en France, Paris, Ramsay, 1979. – Civilisation. Comment nous sommes devenus américains, Paris, Gallimard, 2017.

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