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Couverture de 'Vert'

Vert

Michel Pastoureau

Histoire d’une couleur

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Description

Avec ce nouveau chapitre de son histoire sociale et culturelle des couleurs, Michel Pastoureau fait le constat que la couleur verte, quoique tonalité principale de l’environnement des pays tempérés qui forment l’objet de son étude, n’y a jamais bénéficié d’un engouement durable. Le vert ne figure pas dans les premières peintures du paléolithique et restera largement absent de l’art de peindre comme de celui de teindre.

Demeuré longtemps une couleur de second plan, négativement connotée, le vert ne s’en est pas moins chargé de significations complexes et ambivalentes.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Si toutes les couleurs peuvent être tour à tour positives ou négatives, certaines sont plus désavantagées que d’autres. C’est le cas de la teinte verte, en partie pour des raisons pratiques : ses pigments sont instables, trop coûteux ou franchement toxiques.

Par ailleurs, sa fabrication à partir de jaune et de bleu souffre durablement de l’interdit biblique des mélanges (les lois de l’Ancien Testament, reprises par le Judaïsme, portaient sur l’interdiction des mélanges animaux ou végétaux dans l’alimentation, le travail ou les loisirs). La raison de ce désamour est donc à la fois matérielle et idéologique.

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02

Le vert dans les sociétés antiques

Si le vert ouvre la Genèse (« Dieu dit : “Que la terre verdisse de verdure…” », I, 11-13), son histoire matérielle et sociale reste longtemps modeste. Les trois couleurs particulièrement signifiantes en Occident sont le rouge, le noir et le blanc, et c’est avec elles que s’écrit l’histoire humaine, tant religieuse que sociale.

Chez les Grecs, au « lexique chromatique relativement pauvre et imprécis » (p.19), le vert n’est pas décrit. L’influence du latin à l’époque hellénistique explique peut-être l’apparition en grec du terme prasinos, qui se réfère à la couleur du poireau et vient enrichir les termes jusque-là très imprécis de glaukos (sorte de gris-vert-bleu) ou de chloros (entre vert et jaune). Néanmoins, pour Pastoureau, si une couleur n’est pas ou n’est que peu nommée, « ce n’est pas parce qu’elle n’est pas vue mais parce qu’elle joue un faible rôle dans les activités humaines, les relations sociales, la vie religieuse, le monde des symboles et de l’imaginaire » (p.26).

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03

L’amour et le jardin

Comme toutes les autres couleurs, explique Pastoureau, le vert est ambivalent. Il connaît une brève promotion au Moyen Âge où, à partir du XIe siècle, il apparaît dans le monde de la poésie et des arts, de la littérature et du vitrail, et sur les champs de tournoi. Même s’il est moins présent que le bleu, il est vu comme beau – le beau comme le laid « relev(a)nt d’abord de considérations morales, religieuses, sociales » (p.61). Il est considéré comme une couleur moyenne, apaisante pour l’œil (de Néron aux copistes du Moyen Âge, on utilise l’émeraude pour reposer la vue).

Lorsqu’il est clair, il est associé à la joie (les couleurs, selon qu’elles sont claires ou foncées, pâles ou intenses, sont perçues différemment). C’est l’époque féodale et la sensibilité courtoise qui le mettent en avant, en raison d’un usage nouveau : celui du verger comme lieu de loisir. Véritable « musée de la couleur verte » (p.66), le viridarium (même racine étymologique), au centre duquel chante une fontaine et qui est peuplé d’animaux variés, a pour modèle le jardin d’Éden de la Genèse, mais aussi les jardins romain et oriental. On y retrouve le thème du Christ jardinier. « Tout verger est construit comme un espace symbolique » (p.70) Chaque plante, chaque fleur, possède sa signification propre, plus ou moins bénéfique. Parmi les arbres, le tilleul est le préféré.

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04

Ambiguïtés et su­per­sti­tions

La couleur verte apparaît aussi au sein des tournois des chevaliers, dans lesquels le chevalier vert est ambigu : il est l’amant malheureux (Tristan) ou perfide (le chevalier vert de la légende arthurienne, porteur de danger et de mort). Il est toutefois rare dans l’héraldique et sur les écus des cavaliers, peut-être, avance Pastoureau, parce qu’il se détache mal du fond végétal où ont lieu les tournois.

Du reste, à partir du XIVe siècle, il commence à perdre de sa valeur, à se dédoubler, et le « mauvais vert » se voit associé au Diable et à son bestiaire : grenouilles, dragons, vipères, sirènes. Quand il se décolore, il devient franchement négatif (c’est le verdâtre). Lié à la putréfaction et à la moisissure, il est alors assimilé aux esprits errants et aux êtres intermédiaires, elfes, korrigans ou génies des bois, qui peuplent le Moyen Âge. La sorcière, enfin, est placée sous le signe du vert : yeux verts, robe verte, animaux verts.

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05

Le déclin du vert à la Renaissance

Il faut distinguer, au sortir du Moyen Âge, le vert présent dans la nature, que le christianisme pare de toutes les vertus, du vert artificiel, produit par l’homme. Chez les peintres, les éléments naturels ne sont pas nécessairement représentés en vert et ils ne sont pas au cœur de la peinture. De plus, le vert disparaît du classement des couleurs hérité de l’Antiquité lorsque Newton découvre, à la fin du XVIIe siècle, le prisme des couleurs : de couleur de base, il devient simple complémentaire.

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06

La peur du vert à l’époque moderne

Pastoureau observe que du milieu du XVIIe au début du XXe, le vert entre dans une « phase régressive » : « Sa place se fait plus discrète » (p.157).

Le vert est en effet jugé « triste et funeste » par la noblesse du XVIIe siècle, quand il n’est pas ridicule ou signe d’ignorance des usages du monde, tels ces personnages de Monsieur Jourdain, Sganarelle, Alceste ou encore Argan, qu’invente et parfois interprète Molière, lequel meurt sur scène… habillé de vert. La véritable raison de la peur du vert au théâtre, en plus de considérations esthétiques lié à l’éclairage de l’époque, viendrait d’une ancienne superstition, que l’on retrouve dès 1600 chez Shakespeare, et même au-delà, dans les Mystères du Moyen Âge où des acteurs seraient morts après avoir interprété Judas, vêtu de vert et de jaune.

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07

Une couleur pour sauver le monde

Les verts que nous a légués la peinture sont très détériorés, car beaucoup des pigments employés ont mal vieilli, rendant leur restauration difficile.

Mais le vert est également décrié dans les écrits théoriques sur la peinture au XIXe siècle, notamment par Chevreul, ou au début du XXe siècle par les modernistes de De Stijl et du Bauhaus. Pourtant, « pour la société occidentale, ses codes, ses pratiques, ses emblèmes, ses symboles, il y a bien six couleurs de base : le blanc, le rouge, le noir, le vert, le bleu, le jaune » (p.198-199). Et ce sont bien ces codes sociaux de la couleur qui expliquent l’importance centrale de la morale protestante des couleurs dans la fabrication des premiers objets de consommation de masse manufacturés, qui vont meubler et habiller les foyers européens et nord-américains : par idéologie, le capitalisme produit en noir, blanc, gris et brun.

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08

Conclusion

« Les problèmes de couleur sont d’abord des problèmes de société » (p.11), et le vert en est le parfait exemple : ni matière, ni fragment de lumière, ni sensation (p.15), il est, à l’instar des autres couleurs, un fait de société.

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09

Zone critique

Avec ce petit livre extrêmement riche en données historiques comme en pistes de réflexion, Michel Pastoureau nous offre de nouveau

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10

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Vert. Histoire d’une couleur, Paris, Seuil, coll. « Points », 2017 [2013 première édition illustrée].

Du même auteur – Traité d’héraldique, Paris, Picard, Grands manuels, 1979. – L’étoffe du diable, une histoire des rayures et des tissus rayés, Paris, Seuil, Points Essais, 1991. – Bleu. Histoire d'une couleur, Paris, Le Seuil, 2002. – L'Ours. Histoire d'un roi déchu, Paris, Le Seuil, 2007. – Vert. Histoire d'une couleur, Le Seuil, 2013. – Rouge. Histoire d’une couleur, Paris, Le Seuil, 2016. – Le loup : une histoire culturelle, Paris, Le Seuil, 2018. – Jaune. Histoire d'une couleur, Paris, Le Seuil, 2019.

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