
Vers la sobriété heureuse
Peut-on produire sans détruire ?
Description
"Vers la sobriété heureuse" de Pierre Rabhi est un essai qui propose une réflexion sur les modes de vie contemporains et plaide pour une approche plus sobre et respectueuse de l'environnement. Pierre Rabhi, agriculteur, écrivain et penseur français, est l'un des pionniers de l'agroécologie en France. Dans cet ouvrage, il critique la société de consommation et le modèle de développement basé sur la croissance économique continue, qu'il juge insoutenable à long terme pour la planète.
Rabhi défend l'idée d'une "sobriété heureuse", qui privilégie la qualité de vie et le bien-être sur l'accumulation matérielle. Il invite à repenser nos valeurs et nos pratiques, en mettant l'accent sur le respect de la terre, la simplicité volontaire et l'autonomie.
Sommaire
01Éloge de la sobriété
Partant de sa propre expérience de vie et celle des siens, dans le Sahel du début du XXe siècle, Pierre Rabhi, à l’époque prénommé Rabah, vit à la mesure du temps dans cette partie de l’Algérie désertique où la survie est indissociable des pratiques ancestrales fondées sur la sobriété. Eau et nourriture sont rares ; pourtant la vie s’est enracinée là car elle est organisée sur le principe énoncé par le chimiste de l’époque des Lumières, Antoine Laurent de Lavoisier (1743-1794) : « Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme », inspiré de la théorie du philosophe présocratique grec Anaxagore (vers 500-428 av. J.-C.) : « Rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau ». Et de fait, malgré des conditions climatiques souvent extrêmes dans cette région, la vie y est possible. Surtout si l’homme sait utiliser les biens offerts par la nature et ne pas les gaspiller. Voilà la source d’inspiration de Pierre Rabhi : utiliser les produits naturels, les transformer et les adapter aux besoins. Pratiquer ainsi une économie en harmonie avec la terre qui réponde aux besoins quotidiens de l’homme.

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02Récit d’un itinéraire
La vie de la famille de Pierre Rabhi bascule, d’abord avec la perte de sa mère, alors qu’il n’est encore qu’un petit garçon, puis avec le début, par les colons français, de l’exploitation des hydrocarbures qui abondent dans le sous-sol de la région. Son père devient alors ouvrier de la houillère et quitte ses activités liées à la terre. Il abandonne aussi son rapport à nature, à la communauté, à la famille, pour entrer dans un monde où la personne humaine ne compte plus : seule compte la productivité, le rendement, le succès économique. Les mineurs deviennent des hommes-machines, dépendants d’un système situé aux antipodes de l’autosuffisance qui existait depuis des millénaires.

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03La modernité, une imposture ?
La métamorphose de la ville d’origine de Pierre Rabhi reflète le phénomène économique et social qu’a engendré les « Trente Glorieuses », selon le titre d’un ouvrage du sociologue et économiste français, Jean Fourastié (1907-1990). Dès lors que l’exploitation de la houille devient l’activité d’une grande partie de la population de Kenadsa et de sa région, le niveau de vie des habitants augmente, certes, et leur mode de consommation, jusque-là frugal, devient une consommation de masse. Mais à quel prix ?
Selon Pierre Rabhi, ce modèle « ne peut produire sans détruire et porte donc en lui les germes de la destruction », parce que l’extraction exploite la terre et les hommes qui vivent sur ces gisements, mais ne leur profite pas équitablement. L’auteur ne dit-il pas que les Trente Glorieuses ont été « une machine alimentée par des ressources abondantes et pratiquement gratuites du tiers-monde » au profit des pays développés ? Sur le plan strictement écologique, l’auteur rappelle l’« Irréalisme et [l’]absurdité du principe de croissance infinie », le monde n’étant, par définition, pas infini. Cela était déjà mentionné, en 1972, dans le rapport du Club de Rome sur le bilan économique des Trente Glorieuses.

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04Définition de la richesse
Produire pour partager les biens, non pour les négocier. C’est sur ce concept que Pierre Rabhi fonde sa démarche. Son retour à la terre est dû à la conviction que la terre ne doit donner que ce qu’elle est en mesure de donner, sans être soumise à des objectifs éloignés des strictes nécessités de l’équilibre vital de l’humanité. Produire, conserver et distribuer assurent la cohésion sociale, car la notion de profit est absente de ce processus. L’équité entre les membres de la communauté est ainsi préservée. Ces modalités garantissent aussi l’absence, ou du moins la limitation, de la présence de détritus inutiles, le plus souvent nuisibles : tout est transformé, réutilisé. Elles assurent également le respect du rythme naturel de la terre, engraissée, mais non modifiée artificiellement, pas polluée par des substances qui empoisonnent les sols et les hommes, ce qui les rendrait vulnérables et dépendants d’autres sociétés.
Cette économie agricole est celle qui a régi pendant des millénaires les sociétés traditionnelles. Elles ne cherchaient pas à s’approprier les biens naturels, mais à s’assurer de leur disponibilité et de leur accessibilité pour couvrir les nécessités vitales des communautés. Ainsi, la hauteur de la production était calculée en fonction de l’échelle des besoins des individus. L’homme vivant selon ces critères était un homme riche car en respectant la terre, en évitant de la surexploiter ou de la modifier, il savait qu’elle pouvait garantir durablement sa survie.

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05La place du vivant
En dénonçant la modernité comme cause du dysfonctionnement des équilibres naturels, Rabhi pointe du doigt la confiscation, la destruction, l’abus de pouvoir, la lâcheté, le mépris. Les victimes sont tous les êtres vivants vulnérables.
La nature, tout d’abord, qui est surexploitée et épuisée de toutes ses richesses par des transformations profondes de son sous-sol, sans soucis de leur impact sur la surface peuplée. C’est là le résultat de l’agriculture industrielle contre lequel l’auteur lutte depuis des décennies par le développement de projets agronomiques adaptés à chaque environnement et respectueux de celui-ci.
Les animaux sont à leur tour pris dans les mailles de ce filet sans issues possibles. Exploités comme des produits d’industrie, dont on force la reproduction, comptabilisés comme des éléments élaborés par la main de l’homme, ce qu’ils ne sont pas, on ne laisse aucune place à leur vie interne, à leur liberté. Ils sont assimilés à de simples outils au service des besoins de l’homme et sont privés de toute reconnaissance de leur existence propre. Quelle ingratitude de l’homme envers ceux qui, au cours des millénaires, l’ont nourri, assisté, accompagné, guéri et même sauvé rappelle Pierre Rabhi. Car l’homme de la modernité a placé l’animal dans un système d’appropriation croissant, hors de toute logique, bien loin de la thèse énoncée par Charles Darwin sur la continuité mentale entre les vertébrés supérieurs et l'espèce humaine, et sans prendre en considération les recherches scientifiques qui ont conclu à la parenté entre le génome humain et celui du chimpanzé.

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06Conclusion
Notre empreinte écologique est inévitable, elle doit donc être mesurée pour éviter de dépasser le stade de la nécessité et tomber dans celui du superflu. C’est là que la sobriété entre en jeu : elle doit s’exercer à partir de l’autolimitation volontaire et générer équilibre et équité entre les vivants.

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07Zone critique
L’œuvre de Pierre Rabhi n’est pas sans soulever les réactions de ses contempteurs, et de ses défenseurs . Mais peut-il en être autrement lorsqu’une personne creuse son propre sillon sur des terrains contrôlés par le monde des affaires, et de l’agroalimentaire en particulier ? Contre les exploitations extensives déshumanisées et « désanimalisées », contre les monopoles des grandes sociétés, en un mot : contre la mondialisation. Comment ses écrits et ses actions sur le terrain ne seraient-ils pas commentés ?

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08Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Vers la sobriété heureuse, Arles, Actes Sud, 2010.
Du même auteur – Du Sahara aux Cévennes, Itinéraire d’un homme au service de la Terre-Mère, Paris, Candide, 1983. – L’Agroécologie, une éthique de vie (et Jacques Caplat), Arles, Actes Sud, 2015.

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