
Variations sur la ville
Recueil posthume de textes et conférences de Colette Pétonnet
Description
"Variations sur la ville" est un recueil de textes et de conférences de l'ethnologue Colette Pétonnet. L'ouvrage offre une déambulation dans l'univers sensible et attachant de cette chercheuse qui a exploré pendant quatre décennies les villes et leur périphérie.
Pétonnet y développe une méthode unique d'observation ethnologique, captant avec rigueur et sensibilité les atmosphères des espaces urbains, des jardins silencieux aux bruits de la ville, des cimetières aux bidonvilles. Elle s'intéresse aux rapports des citadins à la nature, à l'anonymat dans la ville, aux affirmations sociales des groupes comme les prolétaires, les immigrés ou les ouvriers.
Sommaire
01Introduction
Les textes qui composent Variations sur la ville ont été écrits entre 1970 et 2011. Ils s’intéressent tous à l’objet ville, mais ce, de multiples manières.
Derrière l’unicité apparente de ces textes ayant tous pour objet la ville, la pluralité des angles de vue de l’auteur est incontournable : les sujets des articles témoignent de l’esprit d’ouverture de Colette Pétonnet, de la qualité de ses recherches.
Des HLM parisiens au bidonville de Rabat en passant par l’observation « flottante » d’un cimetière parisien jusqu’aux habitudes culinaires des prolétaires français et à la question raciale états-unienne, ceux-ci se déploient en définitive sur un large spectre. Ils témoignent de la richesse et de la pluralité des terrains auxquels s’est confrontée l’anthropologue. Autant de manières d’aborder un objet jamais épuisé. On ne détaillera pas ici le contenu de chacun de ces textes.

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02L’anthropologie urbaine de Colette Pétonnet
Après avoir vécu sept ans au Maroc, Colette Pétonnet rentre en France où, après avoir été fonctionnaire dans les services sociaux de la banlieue parisienne, elle poursuit des études d’ethnologie. Sa thèse, que reprend l’ouvrage Ces gens-là qui sera publié en 1968, est consacrée à l’ethnographie d’une cité de transit. Cette solution de logement provisoire était destinée à reloger les habitants des bidonvilles dans l’attente d’un HLM. La construction des cités de transit s’est en particulier beaucoup développée pendant la guerre d’Algérie pour freiner la croissance des bidonvilles algériens sur le sol de la métropole.
Elle y investit de nombreuses dimensions : l’organisation de l’espace, le temps, la religion, les relations de parenté, etc. et questionne la stratification sociale de la France des années 1960.

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03Bidonvilles et HLM
Toujours au plus près du vécu et des dires de ses enquêtés, Colette Pétonnet saisit ainsi la ville « par en-dessous », « par le bas » pourrait-on dire aussi. Elle restitue le point de vue de ces populations de prolétaires ou « sous-prolétaires » que l’État reloge, mais dont on n’interroge jamais les manières d’habiter, les besoins et les préférences. À partir des observations et des récits de vie ainsi collectés, l’anthropologue propose un autre regard sur les bidonvilles. Un regard bien éloigné des préjugés et de l’image d’un espace miséreux et insalubre.
Elle définit en particulier les bidonvilles comme des espaces de créativité dans lesquels se manifeste une certaine liberté. Ses recherches mettent ainsi à distance les qualificatifs négatifs qui sont habituellement destinés à ces types d’habitat. Il s’agit avant tout de révéler les rapports intimes et intriqués entre l’espace physique et l’espace social des bidonvilles.
La structure de l’ouvrage permet au lecteur de tracer des ponts entre les différents textes et conférences. Ainsi peut-il considérer que les conclusions de Pétonnet sur le bidonville de Douar Doum à Rabat et sur ceux de la banlieue parisienne se rejoignent, soulignant que ces types d’habitat sont le reflet des modèles culturels de ceux qui y vivent. Un bidonville n’existe pas en tant qu’identité à part entière : chacun recèle de multiples réalités et participe à la ville comme n’importe quel autre quartier. Mais à Paris ou à Rabat, la pauvreté ne se vit pas de la même manière.

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04Une observation « flottante »
Plusieurs articles réunis dans ce recueil portent sur des questions méthodologiques. Si Colette Pétonnet applique à l’espace urbain les méthodes de l’ethnographie, l’investissement de ce domaine « nouveau » qu’est la ville en anthropologie porte toutefois l’auteur à élaborer des outils adaptés. Ceux-ci procèdent de plusieurs observations principales : la ville est d’abord un lieu de brassage de populations, ensuite, elle est en mouvement perpétuel, elle est également un lieu de rencontres et, pour finir, on peut y déambuler librement et sans but, ce qui fait dire à l’auteur que « flâner et un droit du citadin » (p. 147).

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05Une ethnologie du proche : la distance en question
Réaliser, comme Colette Pétonnet et d’autres après elle, une ethnologie du proche, de l’« ici », jusque dans les cimetières ou les jardins de sa propre société, c’est d’abord réhabiliter l’« Autre » de l’anthropologie traditionnelle, celui dont l’exotique différence s’abolit alors. C’est remettre en question, avant les thèses développées par Edward Saïd dans L’Orientalisme (1978), l’idée instituée d’un exotisme ailleurs.
Pour Pétonnet, les « gens » d’ici sont tout autant dignes d’intérêt anthropologique que les peuples dits « traditionnels », peu touchés par l’occidentalisation du monde. Jean Monot a ainsi formulé le positionnement théorique propre à cette première génération d’anthropologues urbains : il pose la question à savoir si, « non moins qu’une science des peuples exotiques en voie de disparition, l’ethnologie n’est pas la science de groupes restreint où l’on peut saisir l’émergence de cultures différentielles » (Monot, cité par Pétonnet, pp. 177-178).

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06Conclusion
Le recueil d’articles rend accessible un certain nombre de travaux de Colette Pétonnet. Il illustre la pratique d’une anthropologie sensible, à l’empathie retenue, qui se réalise, loin de tout misérabilisme, au plus près du dire et du vécu des enquêtés. L’anthropologie de Colette Pétonnet est aussi une anthropologie critique de sa propre société, qui met ainsi en valeur le rôle de l’anthropologue. Une anthropologie sensible et empathique donc, mais aussi attentive aux enjeux disciplinaires qu’elle soulève : à travers la question urbaine, Colette Pétonnet interroge sans relâche la possibilité d’une science anthropologique du mouvement, du fragmentaire et de l’éphémère.
On retiendra également la grande qualité des pages sur l’étude du rapport à l’espace et à l’habitat dans les bidonvilles et HLM français d’une part, et dans le bidonville de Douar Doum, d’autre part. Les analyses consacrées aux pratiques du corps, notamment dans les bains publics marocains sont remarquablement menées. Citons encore l’article interrogeant l’intime complexité des rapports raciaux aux États-Unis qui révèle toute la sensibilité avec laquelle Colette Pétonnet a conduit ses recherches. Outre les conclusions saisissantes et polémiques de l’auteur sur bien des aspects de la vie urbaine, notamment concernant les bidonvilles ou les HLM français, ce recueil est également une mine de méthodologie concernant la pratique de l’anthropologie urbaine et de l’« anthropologie chez soi ».

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07Zone critique
Si, aux USA, l’ethnologie urbaine a éclot très tôt dans le lit de la sociologie urbaine de l’école de Chicago, il a, en France, fallu attendre que des anthropologues se détournent de leurs objets de prédilection (les rituels, les relations de parenté, etc.) dans les sociétés non industrialisées, ou le folklore dans les sociétés européennes. Lorsqu’au milieu des années 1960, Colette Pétonnet fait de la banlieue française son terrain de recherche, ses travaux ne suscitent que peu d’intérêt de la part des anthropologues. Pourtant, à l’instar de Jacques Gutwirth et de Jean Monot, elle défriche alors le domaine de l’anthropologie urbaine en France.

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08Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Variations sur la ville, Paris, CNRS Éditions, 2018.
De la même auteure – Ces gens-là. Monographie d’une cité de transit, Paris, Maspero, 1968. – On est tous dans le brouillard. Ethnologie des banlieues, Paris, éditions Galilée, 1979. – Espaces habités. Ethnologie des banlieues, Paris, éditions Galilée, 1982.

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