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Valuation

Valuation

Évaluer par les flux de trésorerie

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Description

Une entreprise vaut combien ? La question a l'air simple, presque naïve, et pourtant elle occupe des banquiers d'affaires en costume, des fonds qui déplacent des milliards et des directions financières qui passent des nuits blanches avant une acquisition. Au début des années 1990, trois consultants de McKinsey — Tom Copeland, Tim Koller et Jack Murrin — publient un bouquin qui va devenir la référence sur le sujet : Valuation. Leur thèse tient en une idée têtue : la valeur d'une entreprise, ce n'est ni son chiffre d'affaires, ni son bénéfice comptable, ni le cours de son action un jour donné. C'est la somme de l'argent liquide qu'elle rapportera dans le futur, ramenée à aujourd'hui.

Dit comme ça, ça semble abstrait. En pratique, c'est la méthode qui décide si un rachat se fait ou capote, si une action est chère ou bradée, si un projet mérite qu'on y mette des capitaux. On l'appelle l'actualisation des flux de trésorerie — DCF pour les intimes, discounted cash flow. Elle a beau structurer des décisions colossales, elle repose sur une poignée d'hypothèses qu'on choisit soi-même, et dont dépend tout le résultat.

Le paradoxe est là : une méthode qui a l'air d'une horlogerie de précision, alignant tableurs et taux au centième, et qui pourtant fait varier la valeur du simple au double selon qu'on incline une projection d'un point ou deux. Copeland, Koller et Murrin ne cherchent pas à cacher cette fragilité — ils en font le cœur du métier.

La question que l’on se pose : Comment traduit-on l'avenir incertain d'une entreprise en un seul chiffre censé dire ce qu'elle vaut aujourd'hui ?Ce que l’on va voir : On suit la méthode des flux de trésorerie actualisés jusqu'au point où sa précision apparente se heurte à la fragilité de ses hypothèses.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Le bénéfice ment, la trésorerie non

Le premier geste de Copeland, Koller et Murrin est de déloger une croyance confortable : que le bénéfice comptable mesure ce qu'une entreprise gagne. Le résultat net, celui qui apparaît en bas du compte de résultat, est le produit d'une foule de conventions. On y étale des investissements sur des années via l'amortissement, on y provisionne des charges qui ne sont pas encore payées, on y comptabilise des ventes qui ne sont pas encore encaissées. Un bénéfice peut être flatteur pendant qu'aucun euro ne rentre réellement en caisse.

La trésorerie, elle, ne se raconte pas d'histoires. Le flux de trésorerie disponible — le free cash flow — c'est l'argent qui reste vraiment dans les mains de l'entreprise une fois qu'elle a payé ce qu'il fallait pour tourner et pour investir. On part du résultat d'exploitation, on retire l'impôt, on rajoute les amortissements (qui ne sont qu'une écriture, pas une sortie d'argent), puis on soustrait les investissements et la variation du besoin en fonds de roulement, c'est-à-dire l'argent immobilisé dans les stocks et les créances clients.

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02

Chapitre 2 — Actualiser : un euro demain vaut moins qu'un euro aujourd'hui

L'intuition de départ, tout le monde l'a : mille euros tout de suite valent mieux que mille euros dans dix ans. On peut placer la somme, elle rapporte, l'inflation grignote, et surtout l'avenir est incertain. Actualiser, c'est donner un chiffre à cette intuition. On applique un taux qui rabote la valeur de chaque euro à venir en fonction de son éloignement dans le temps. Un flux attendu dans cinq ans pèse moins qu'un flux attendu l'an prochain, et un flux dans quinze ans ne pèse presque plus rien.

Le taux qu'on utilise n'est pas choisi au hasard : c'est le coût du capital. L'idée, c'est le rendement qu'exigent ceux qui financent l'entreprise pour accepter d'y laisser leur argent plutôt qu'ailleurs. Copeland, Koller et Murrin recommandent le coût moyen pondéré du capital — le WACC — qui mélange le coût de la dette et celui des fonds propres, chacun pesé selon sa part dans le financement. La dette coûte moins cher, notamment parce que ses intérêts sont déductibles ; les actionnaires, eux, exigent davantage, car ils prennent plus de risque.

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03

Chapitre 3 — La valeur continue, ou le pari sur l'infini

Passé cinq ou dix ans, projeter les flux ligne à ligne devient un exercice de divination. Personne ne sait à quoi ressemblera le marché, les prix ou la technologie à cet horizon. Copeland, Koller et Murrin coupent court : au-delà de la période explicite, on résume tout l'avenir en un seul bloc, la valeur continue — la valeur terminale. C'est un raccourci assumé : on suppose que, une fois la période de projection détaillée passée, l'entreprise entre dans un régime de croisière stable, avec une croissance modérée et régulière.

Le calcul le plus courant traite ce futur lointain comme une rente qui croît doucement à l'infini. On prend le flux de la première année post-projection, on le divise par le coût du capital diminué du taux de croissance perpétuelle qu'on retient. Ce taux de croissance à l'infini, les auteurs insistent, doit rester sobre — pas beaucoup plus que la croissance à long terme de l'économie, sous peine d'affirmer implicitement qu'un jour l'entreprise pèsera plus lourd que le monde entier, ce qui est absurde.

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04

Chapitre 4 — Un modèle n'est jamais plus solide que ses hypothèses

Ce que Copeland, Koller et Murrin finissent par mettre sur la table, c'est un fait dérangeant pour qui aime les certitudes chiffrées : le DCF donne un résultat d'une précision trompeuse. Le tableur affiche une valeur au million près, avec des décimales rassurantes. Mais changez le taux de croissance perpétuelle d'un demi-point, remontez le coût du capital d'un cran, et la valeur bouge de vingt, trente, quarante pour cent. Le chiffre final n'est pas une mesure, c'est la conclusion arithmétique d'un jeu d'hypothèses qu'on a soi-même posées.

Les auteurs recommandent d'ailleurs de ne jamais s'arrêter à une seule valeur. Ils poussent à l'analyse de sensibilité : faire varier chaque hypothèse, tracer une fourchette, regarder quels paramètres font vraiment bouger le résultat. La valeur d'une entreprise n'est pas un point, c'est un intervalle qui traduit l'étendue de ce qu'on ignore. Un évaluateur honnête livre une plage et les paris qui la sous-tendent, pas un nombre unique déguisé en vérité.

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05

Conclusion

On était parti d'une question simple — une entreprise vaut combien ? — et on aboutit à une méthode dont la force et la faiblesse sont une seule et même chose. Les flux de trésorerie actualisés forcent à ne regarder que le cash réel, à respecter le temps qui érode la valeur, à parier honnêtement sur le long terme. C'est rigoureux, c'est cohérent, c'est le langage commun de la finance depuis que Copeland, Koller et Murrin l'ont codifié. Et pourtant tout le bel édifice repose sur quelques chiffres qu'on choisit à la main, dont le moindre frémissement déplace le résultat de dizaines de pour cent.

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