Télécharger l'app

Scanne. C'est dans ta poche.

QR Code — Dygest

Ouvre l'app Appareil photo, pointe sur le code. C'est gratuit à l'essai.

Couverture de 'Une monnaie ecologique'

Une Monnaie écologique

Nicolas Dufrêne, Alain Grandjean

L'économie et la monnaie dans une perspective écologique

Écouter l'extrait du podcast :
0:00 --:--

Description

Pour financer les considérables besoins de la transition écologique, la politique monétaire doit compléter une politique budgétaire. La Banque centrale européenne dispose en effet d'un pouvoir de création monétaire illimité, qui peut être ouvert aux États, aux entreprises et surtout aux banques d'investissement, pour intervenir massivement là où le marché n'opère pas : sur les biens communs, les opérations à très long terme et les investissements non rentables.

Partant du constat que le système monétaire actuel est largement déconnecté des enjeux environnementaux, les auteurs imaginent la mise en place d'une "monnaie écologique" qui permettrait d'orienter les flux financiers vers des activités plus durables.

Neutralité carbone et neutralité monétaire ne sont pas compatibles : nous devons choisir. Et nous affranchir du filtre des banques commerciales, qui aspirent l'essentiel des liquidités.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

La « magie monétaire » a été vilipendée par Emmanuel Macron lors d'une discussion animée avec des infirmières, en 2018 : « Il n'y a pas d'argent magique ». L'année précédente, Theresa May signalait pareillement : « There is no magic money tree » (Il n'y a pas d'arbre à monnaie magique).

Il s'agit là d'un parti-pris idéologique, qui transparaît pleinement dans un discours du gouverneur de la Bundesbank. Quand ce dernier s'oppose à Mario Draghi, qui « ouvre les vannes » de la Banque centrale européenne (BCE) en réponse à la crise de 2008, il évoque Méphistophélès, l'incarnation du diable, qui crée de l'argent pour le souverain. Ce sont de telles « raisons comptables » qui ont été opposées à Nicolas Hulot, indique ce dernier dans sa préface. En termes convenus : investir massivement dans la transition énergétique et écologique (TEE) supposerait un endettement trop lourd pour les générations futures.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

02

Une pseudo-neutralité

Les banques se financent auprès de la banque des banques, la banque centrale, dont le pouvoir de création est virtuellement illimité, mais concrètement très encadré. Les statuts de la BCE l'obligent en effet à respecter le principe d'une « économie de marché ouverte où la concurrence est libre ». Le traité de Maastricht (1992) lui interdit par ailleurs de financer directement les États. Cela les conduit donc à se tourner vers le marché pour trouver des fonds.

La banque centrale est censée jouer un rôle technique : elle ajuste les liquidités disponibles et modifie son taux d'intérêt pour réguler les capacités de prêt des banques commerciales. Mais sa neutralité est un leurre : viser une stabilité des prix sous forme d'une hausse modérée de 2 % par an est déjà, en soi, un acte politique. À quel titre, puisque les administrateurs de la BCE ne sont pas élus ? Le postulat monétariste reproche à l'émission de monnaie de créer de l'inflation. Sur le plan théorique, le lien prix-masse monétaire découle de la loi (controversée) de l'offre et de la demande.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

03

D'un New Deal à l'autre

Le New Deal est sans doute le meilleur exemple d'une opération de magie monétaire.

En faisant flotter le dollar, en rééchelonnant les dettes des agriculteurs et en injectant des fonds considérables (l’équivalent de 130 milliards d'euros rapportés à la France d'aujourd'hui) dans une politique de travaux publics (un million de kilomètres de routes, 285 aéroports, 800 parcs nationaux, etc.), l'administration Roosevelt a dopé l'activité et remis les Américains sur le chemin du travail. En 1936, le déficit atteignait 3,5 milliards de dollars, mais le PIB avait largement dépassé son niveau de 1929, propulsant les États-Unis sur un sentier de croissance que stimulerait encore l'effort de guerre. La dette peut donc être un formidable levier.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

04

Le contrôle de la monnaie

Comme la réforme budgétaire (régime d'amortissements particulier pour les investissements « verts »), une réforme monétaire s’avère donc indispensable pour mener à bien la TEE. L'austérité, mise en place pour contenir l'endettement, bride les initiatives, y compris les plus nécessaires, alors que « nous sommes au bord de l'abîme », résume Nicolas Hulot. Elle est aussi un frein à l'activité et à l'emploi. En Chine, au contraire, la monnaie est mise au service de l'État : aucune banque n'est indépendante, et la banque centrale contrôle le niveau du yuan.

L'État décide du montant des crédits, il désigne les emprunteurs prioritaires. La monnaie est ici un outil de politique économique, et on en mesure l’efficacité. Déjà au premier rang pour la production d'électricité d'origine éolienne, la Chine a investi 344 milliards d'euros entre 2017 et 2020 en faveur des énergies renouvelables, ce qui doit créer 13 millions d'emplois. Le tarif de rachat de l'électricité est fixé sur une période de 15 à 20 ans, afin de garantir les amortissements. La dette chinoise dépasse les 300 % du PIB (15 % de la dette mondiale), mais elle n'est pas problématique, d'autant que la banque centrale chinoise pourrait facilement créer de la monnaie ex nihilo. Création favorisée par d'immenses réserves de change.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

05

Libérer les ressources monétaires

La BCE détient 15 à 20 % des dettes publiques de la zone euro, dont 417 milliards de dette française, soit 18 % de cette dernière. Elle peut les annuler, ce qui « libérerait » la monnaie, sous réserve d'un investissement de même montant dans une politique de reconstruction écologique et sociale.

Plus généralement, la BCE doit abandonner son principe de « neutralité » et, comme d'autres institutions financières, adopter une « taxonomie verte « : selon qu'un investissement est plus ou moins vertueux au regard de la TEE, le coût de refinancement pour des banques commerciales sera plus ou moins affecté. Celles-ci soutiennent trop les actifs bruns : en France, 70 % des financements énergétiques sont encore fléchés vers les énergies fossiles.

L'action des banques centrales ne doit pas être circonscrite aux banques commerciales, qui ont profité des injections massives de 2008 pour spéculer et améliorer leur bilan. Le financement des agents économiques (ménages, entreprises, État) doit s’opérer sans leur intermédiaire. Cela peut passer par une monnaie numérique. Mais dès maintenant, peuvent être accordées des baisses d'impôt ciblées, voire de « l'argent hélicoptère » (qui tombe du ciel), comme l'a fait l'Australie, en accordant un revenu aux ménages lors de la crise de 2008.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

06

La BCE en question

Ces interventions s'appuient sur la création, directe ou indirecte, de monnaie par la BCE, « seul acteur capable de disposer d'un pouvoir de création monétaire sans limites », car elle ne rend des comptes qu'à elle-même. C'est pourquoi, la concernant, la notion de « pertes » n'a guère de sens.

La magie monétaire s'identifie ici à une convention comptable qui se heurte aux représentations historiques et aux pratiques sociales de l'argent : le lien monnaie-métaux précieux et la comptabilité en partie double, née en Italie au XIIIe siècle. Mais les obstacles à une réforme profonde de la politique monétaire sont d'abord idéologiques et politiques. Le statut de la BCE doit donc être réformé (via les articles 130 et 23-2 du Traité sur le fonctionnement de l'UE). « La main invisible du marché ne peut pas remplacer la main visible de la collectivité, à savoir la puissance publique » (p. 223).

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

07

La monnaie est un bien commun

Mais la création monétaire ne doit pas être aspirée par ces deux « trous noirs » que sont la spéculation financière (les actifs financiers mondiaux représentent 340 000 milliards de dollars) et l'immobilier (qui concentre plus de 50 % du flux de crédit, donc de la création monétaire, dans les pays développés). En définitive, il ne reste que peu de monnaie pour financer l'investissement : moins de 15 %, selon l'Insee. On assiste donc à une déconnexion croissante entre l'économie réelle et la dynamique financière. Représentant moins de 10 % de la production en 1984, les transactions à terme sur le pétrole correspondent, par exemple, à plus de 10 fois le montant de la production.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

08

Conclusion

L'État doit disposer d'outils et de marges de manœuvres budgétaires pour encadrer la TEE et la conduire quand le marché s'avère défaillant. La politique monétaire le permet, puissant levier autant qu'opportunité économique, du point de vue de l'activité en général. S'il faut tenir compte de la contrainte étrangère, on peut d'ailleurs réfléchir au rôle (théorique et opérationnel) que peuvent jouer les cryptomonnaies, à l'échelle locale (eKrona en Suède) et internationale.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

09

Zone critique

Cet ouvrage complète d'autres interventions portant sur les moyens concrets d'assurer la transition de notre économie. Il le fait dans un domaine très peu abordé jusqu'ici, bien qu'essentiel : la monnaie.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

10

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Nicolas Dufrêne et Alain Grandjean, Une Monnaie écologique, Paris, Odile Jacob, 2020.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !