
Une Histoire du Liban
Par l’un des meilleurs connaisseurs de la région et de son histoire
Description
L’histoire du Liban, dont le plus récent développement d’importance est la longue guerre civile qui déchira le pays entre 1975 et 1990, ne peut se comprendre que replacée dans le contexte plus large de l’histoire contemporaine du Proche-Orient, et en particulier du conflit israélo-palestinien.
C’est à cette tâche que s’attelle avec brio David Hirst, l’un des meilleurs connaisseurs de la région et de son histoire.
Sommaire
01Introduction
Le Liban est né d’un « cadeau » fait par la France à la communauté maronite, groupe de chrétiens d’Orient rattachés à l’Église catholique depuis le XVIIIe siècle. En effet, la France a créé à leur profit, en 1920, le « Grand-Liban », qui correspond au pays dans ses frontières actuelles.
Il s’agit de la région du Mont-Liban, fief traditionnel des maronites, à laquelle la puissance coloniale française, exerçant un mandat de la SDN, a rattaché des territoires limitrophes : le Chouf, peuplé en majorité de druzes et en minorité de chrétiens ; la plaine de la Bekaa à l’est et le Jabal Amel avec la ville de Tyr, au sud du pays, peuplés en majorité de chiites ; et enfin les larges bandes côtières peuplées de sunnites, avec les villes de Tripoli au nord et de Saïda au sud. À quoi il faut ajouter la capitale, Beyrouth, peuplée quasiment à parité de musulmans (presque tous sunnites à l’origine) et de chrétiens, en grande majorité maronites.

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02Maronites et sionistes : les liaisons dangereuses
Dans leur projet d’établir un État juif en Palestine, dans la foulée de la déclaration Balfour de 1917, les sionistes établis en Terre sainte dès la fin du XIXe siècle se heurtèrent, avec de plus en plus de violence, à l’opposition des Arabes. Aussi bien des Arabes locaux, les Palestiniens, que des Arabes des pays environnants : Liban, Transjordanie (la future Jordanie), Syrie, Irak, Égypte ou encore Arabie Saoudite, un pays qui alors venait tout juste de naître (années 1920-1930).
Pour désarmer cette opposition croissante, les dirigeants sionistes de Palestine mirent au point une double tactique. L’alliance des périphéries tout d’abord. Il s’agissait de prendre à revers le monde arabe en s’alliant aux grands États musulmans non arabes de la région, c’est-à-dire la Turquie et la Perse (actuelle Iran).

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03« Bienvenue, ô Juifs… »
Sionistes et maronites se veulent l’élite locale, la population la plus occidentalisée et la plus européanisée de la région, ce qui est tout à fait exact. Les maronites, pour certains d’entre eux, renient même leur arabité au profit d’un « phénicianisme » mythique : les maronites ne seraient pas des Arabes (ce qu’ils sont pourtant de manière incontestable) mais les descendants des Phéniciens de l’Antiquité.
Une rhétorique que l’on peut comparer aux revendications historiques de certains sionistes sur la Palestine, prenant comme fondement le don de la Terre sainte aux Juifs dans la Bible. D’ailleurs, certains sionistes émettent des revendications territoriales sur le Liban (qui seront réactivées en 1982 lors de l’invasion du pays par Israël), en l’occurrence sur le Jabal Amel, sa partie sud peuplée en grande majorité de chiites et d’une petite minorité maronite, au prétexte que deux des douze tribus d’Israël s’y étaient établies.

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04Le Liban dans le conflit israélo-arabe
La période qui s’étend de 1943, date de l’indépendance totale et effective du pays, à 1975, année du début de la guerre civile, constitue l’âge d’or du Liban. Pays prospère, démocratique (le seul de la région), ouvert et tolérant, multicommunautaire et multiconfessionnel (mais… également confessionnel et communautariste), le pays est surnommé « la Suisse du Moyen-Orient ».
Toutefois, cette image d’Épinal pieusement colportée par les élites libanaises recouvre des réalités plus contrastées. L’impact du conflit israélo-arabe sur le Liban est le plus important de ces bémols. En 1948, lorsque, par une véritable campagne de nettoyage ethnique, les sionistes de Palestine fondent l’État d’Israël en chassant la grande majorité de la population arabe locale, le Liban se joint à ses voisins arabes pour déclarer la guerre au nouvel État. Cette guerre sera une défaite cuisante pour les pays arabes.

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05Les secousses de l’année 1958
Les ratés de l’État confessionnel constituent le deuxième de ces bémols, étroitement lié au premier. En 1958, sous la présidence de Camille Chamoun, une première guerre civile a déchiré le Liban, nécessitant une intervention armée américaine. Elle mettait aux prises les musulmans, galvanisés par un nassérisme alors à son apogée, et les chrétiens, en particulier les maronites (les grecs-orthodoxes, souvent pro-syriens et pro-palestiniens, sont en effet d’un tempérament politique moins « droitier » que les maronites).

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06La guerre civile
La guerre civile qui déchire le Liban pendant 15 ans, entre 1975 et 1990, réduit presque à néant le pays du Cèdre. Au plus fort du conflit, l’autorité du président libanais ne s’étend guère au-delà du parvis de son palais. Le conflit oppose à nouveau chrétiens et musulmans et l’attitude face au pouvoir de l’OLP au Liban a constitué l’une des principales lignes de fracture à l’origine de la guerre.
Mais des conflits intracommunataires viennent se superposer aux conflits intercommunautaires, comme celui, particulièrement meurtrier, qui oppose à la fin de la guerre deux factions maronites dans le « réduit chrétien », tandis qu’Amal, la plus ancienne des milices chiites, et le Hezbollah, la plus récente mais aussi la plus puissante, se livrent dans le Sud à des combats meurtriers. Pendant la guerre civile, chaque communauté se taille un fief à l’intérieur du pays, sur lequel elle entend régner sans partage.

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07Les accords de Taëf
Les accords de Taëf signés en 1989 entre toutes les parties à la guerre civile libanaise mettent un terme à ce conflit meurtrier. Ils sont conclus sous les auspices des États-Unis et de plusieurs pays arabes, dont principalement l’Arabie Saoudite, qui accueille sur son sol la conférence d’où sortiront les accords de paix.
Sur le plan de l’équilibre régional, les accords sanctionnent l’ascendant irrésistible de la Syrie, qui se voit reconnaître au Liban un rang et une influence qu’aucun pays ne peut plus lui contester. Cette « relation spéciale » est couronnée par la signature d’un « Traité de fraternité, de coopération et de coordination » qui fait du Liban un vassal tout à fait officiel de la Syrie. Désormais, au pays du Cèdre, c’est Damas qui règne en maître absolu, seule puissance à même, d’après ses dires, d’assurer la paix et la stabilité dans un pays dont les différentes factions ne parviennent pas à s’entendre. Fait notable, les États-Unis appuient en l’occurrence les prétentions de la Syrie, alors qu’ils tiennent pourtant Hafez el Assad, son président, pour une sorte de terroriste au petit pied.

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08Le Liban, le Hezbollah et Israël
Parmi les résolutions des accords de Taëf, il en est une qui doit particulièrement contribuer à ramener la paix : c’est le désarmement de toutes les milices. Une seule d’entre elles ne procèdera pas à sa dissolution : c’est la milice islamiste chiite du Hezbollah, fondée en 1982 sous le parrainage de l’Iran, et qui se veut le fer de lance de la résistance islamique face à Israël.
Le mouvement se « libanise », afin de faire oublier ses origines étrangères, et devient un parti politique classique. Le Hezbollah maintient ainsi en permanence deux fers au feu : une milice armée, la plus puissante et la mieux organisée du Proche-Orient, et un parti politique qui pèse de tout son poids sur les jeux de pouvoir libanais (la communauté chiite, la première du Liban, compte environ un tiers de la population).
Solidement implanté dans ses deux fiefs de la Bekaa et du Jabal Amel, le Hezbollah, à partir du sud du pays, multiplie les interventions armées dans le nord d’Israël, soit en y infiltrant des combattants, soit, cas le plus fréquent, par des tirs de Katioucha. Cet activisme, véritable provocation pour Israël, entraînera trois interventions successives de l’État hébreu au Liban Sud.

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09Conclusion
Pour David Hirst, nous nous orientons inévitablement vers une septième guerre israélo-arabe. Le processus de paix israélo-palestinien, comme israélo-arabe en général, est non seulement au point mort, mais les exactions d’Israël à Gaza l’ont presque tué. Le président américain Obama n’a pas été capable de le réanimer.

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10Zone critique
Le principal reproche qui a été adressé à l’ouvrage, outre son biais ouvertement anti-israélien, qui est cependant assumé, si ce n’est revendiqué, est la place disproportionnée qu’y occupe le conflit israélo-arabe en Palestine : un tiers du livre, sinon plus, y est consacré.

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11Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Une histoire du Liban, Paris, Perrin, coll. « Tempus », 2016.

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