
Une Éthique pour la nature
Éthique environnementale et responsabilité envers la nature
Description
Dans cet ouvrage qui compile plusieurs entretiens accordés par Hans Jonas à la fin de sa vie, le philosophe revient sur les aspects clés de sa pensée. La civilisation technique s’est bâtie sur la destruction de la nature.
Aujourd’hui, les êtres humains mettent en péril leur propre survie. Face à l’inéluctabilité des catastrophes naturelles, nous devons développer une éthique de la responsabilité : renoncer à notre toute-puissance et garantir la multiplicité des formes de vie.
Sommaire
01Introduction
Avec la Révolution industrielle, la relation de l’humanité au monde qui l’entoure a changé de nature. Tout d’abord, la population a connu une croissance extrêmement rapide qui a entrainé une exploitation accrue des ressources naturelles. Ensuite, notre puissance technologique a considérablement augmenté.
L’impact de notre activité n’est plus seulement « macroscopique » – au sens où nous modifions la surface terrestre. Aujourd’hui, nos interventions techniques sont aussi plus « profondes » : grâce à la biologie moléculaire, nous pénétrons le génome et remodelons le vivant selon nos désirs. « Nous sommes [ainsi] devenus un plus grand danger pour la nature que celle-ci ne l’était autrefois pour nous » (p.

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02Lorsque Dieu se retire du monde
La croyance religieuse a une incidence déterminante sur la manière dont l’homme interagit avec son environnement. L’existence d’une puissance supérieure implique des fidèles une certaine modération qui témoigne de leur piété. Toutes les religions ont des « commandements » que les croyants doivent mettre en pratique.
Que ce soit à travers les interdits alimentaires ou des rituels tels que la confession, l’existence de Dieu exige de l’individu qu’il renonce à sa toute-puissance. Ainsi, « sous l’empire d’une foi transcendante [...], il est arrivé que les hommes aient exigé de renoncer aux biens les plus extérieurs » (p. 25).
Néanmoins, l’histoire occidentale est marquée par des moments de crise. Dès ses premiers travaux, Hans Jonas s’intéresse à l’histoire du gnosticisme dans l’Antiquité. Ce courant religieux, qui se développe au IIe siècle après Jésus-Christ, affirme que Dieu s’est éloigné du monde, laissant les hommes livrés à eux-mêmes. Un phénomène d’abandon que l’auteur analyse également à l’époque moderne. Au XVIIe siècle, alors que l’Europe connaît un développement inouï des sciences et des techniques, une fois de plus, Dieu abandonne « à l’homme tout son pouvoir sur le monde » (p. 44).

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03Une autre ontologie de la Nature
Il est urgent de surmonter le dualisme qui oppose la volonté humaine au monde impersonnel de la nature. « Je pense que la philosophie doit élaborer une nouvelle métaphysique de l’être au centre de laquelle il conviendrait de méditer sur la place de l’homme dans le cosmos et sur sa relation vis-à-vis de la terre. » (p. 38)
Le philosophe est à la recherche d’un « principe dans la nature des choses », capable de révéler le lien ténu qui unit l’humanité au reste du vivant. Il s’agit par conséquent d’élaborer une nouvelle ontologie : étudier les propriétés générales de la vie sur terre afin de comprendre comment l’humain, malgré ses spécificités, s’intègre dans cette totalité.

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04Un nouveau commandement éthique
Nous pensons que nos connaissances et nos croyances sont proprement humaines. Mais pour l’auteur, bien au contraire, ces dernières ont une racine biologique commune avec le reste du vivant. Les valeurs humaines, telles la générosité ou la loyauté, sont reliées au cosmos.
Après tout, lorsqu’on « aide son prochain », ne défend-on un droit inaliénable et universel à la vie ? Pensons également à ce sentiment très puissant qui relie les adultes aux enfants : même s’il ne s’agit pas de notre propre progéniture, nous nous soucions du bien-être et de l’avenir des nouvelles générations. Il existe donc bien dans la nature humaine une capacité de responsabilité à l’égard du vivant.

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05Á la recherche d’une « responsabilité prévisionnelle »
Comment construire collectivement cette « responsabilité prévisionnelle » qui limite notre puissance ? À cette question, Hans Jonas répond en philosophe de la religion : « Je pense [qu’on] ne pourra s’attaquer au problème [...] qu’à condition que surgisse une nouvelle religion de masse » (p. 132).
Selon l’auteur, seul un « effroi religieux » pourrait empêcher l’humanité d’ouvrir certaines boîtes de pandores aux effets dramatiques – telles l’euthanasie active ou la modification de génome humain. Mais cette solution ne répond pas non plus à l’urgence de la situation. Aussi, Jonas compte-t-il en premier lieu sur ce qu’il nomme une « heuristique de la peur » : la peur des catastrophes naturelles finirait par nous éduquer, nous permettant de découvrir ou d’inventer de nouveaux chemins.
Quel système politique serait capable de mettre en œuvre ce nouveau mode de vie ? À sa parution en 1978, Le Principe de responsabilité répond au Principe espérance (1959) d’Ernst Bloch. Hans Jonas s’oppose alors au philosophe marxiste dont l’ouvrage annonce une « utopie concrète » encouragée par le progrès technique. Néanmoins, Jonas considère que les chances sont plus grandes de pouvoir développer une éthique de la responsabilité dans des régimes socialistes. En effet, « il semble [...] évident d’affirmer qu’un ordre économique qui n’est pas fondé sur le profit est naturellement plus approprié » (p. 133). En limitant la richesse de façon dirigiste, le communisme semble en mesure d’imposer une vigoureuse politique de modération. Mais pour cela, il lui faudrait en finir avec sa fascination pour l’industrie...

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06Une philosophie morale et consultative
En l’absence de solution politique, la philosophie a un rôle crucial à jouer. En effet, « la prévention est la principale mission de la responsabilité » (p. 137).
Dans ce contexte, la philosophie peut recouvrer une fonction morale d’engagement et de recommandation : « Je serai tout à fait favorable à ce que les éthiciens aient une fonction philosophique de conseiller, renforcée par la Constitution. » (p. 67) Plus que jamais, à l’heure où les catastrophes environnementales se multiplient, les érudits doivent devenir les vigies de la Cité.
D’ailleurs, les entretiens qui composent cet ouvrage ont été sélectionnés en vue du troisième Sommet de la Terre qui s’est tenu à Rio en 1992. Dans un contexte d’internationalisation des questions environnementales, l’auteur entend ainsi participer de ce nouveau climat de pression morale qui s’exerce sur les décideurs politiques. En effet, pour Jonas, cette conférence internationale montre la possibilité d’un renoncement concerté à la compétition sauvage que se livrent les grandes puissances.

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07Conclusion
Dans cet ouvrage, Hans Jonas réalise une synthèse de sa philosophie. Depuis la Révolution industrielle, l’homme a connu un développement sans commune mesure des sciences et des technologies. Abandonné par un Dieu lointain, il s’est affirmé comme le seul maître à bord.
Dorénavant, nous sommes libres de dominer la nature, définie comme une pure entité mécanique, dépourvue de toute volonté. Ainsi notre puissance est-elle devenue un facteur de destruction. Pour Hans Jonas, il s’agit de nous reconnecter à l’essence de l’« être » : nous sommes sur Terre pour assurer le développement de la vie.

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08Zone critique
La philosophie de Hans Jonas a connu un grand succès durant les années 1980. Son « principe de responsabilité » a été salué par des chefs d’entreprise et des leaders politiques de tous bords. En Allemagne, c’est le Parti social-démocrate (SPD) d’Helmut Schmidt qui s’en est le plus inspiré. Pourtant, l’ancien chancelier fédéral est connu pour son credo néolibéral, popularisé par le slogan « Les profits d'aujourd'hui sont les investissements de demain et les emplois d'après-demain ».

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Une éthique pour la nature, Paris, Desclée de Brouwer, coll. « Midrash essais », 2000 [1993].
Du même auteur – Le concept de Dieu après Auschwitz, Paris, Rivages, coll. « Petite bibliothèque », 1994. – Le Principe responsabilité : une éthique pour la civilisation technologique, Paris, Éditions du Cerf, 1990 [1979].

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