
Un Océan de plastique
La lutte contre la pollution plastique
Description
En 2016, des chercheurs ont emprunté le passage du Nord-Ouest, pour recueillir des données sur la présence de plastique dans un milieu encore préservé : l'Arctique. Franco Borgogno nous livre ici le récit de cette expédition. Dans les eaux glaciales, d'où les animaux et les hommes tirent leurs ressources, on retrouve des déchets que la mer a transportés sur des milliers de kilomètres : macro-déchets mortels pour les baleines, micro-plastiques vecteurs de pollution, ou nano-plastiques qui s'insèrent dans la chaîne alimentaire.
Le plus souvent invisibles, les 5 500 milliards de morceaux de plastique présents dans les océans sont une menace pour l'humanité.
Sommaire
01Introduction
« La perception des mers et des océans est culturelle », indique Franco Borgogno dès la première ligne de son ouvrage. Mais naviguer à proximité du Pôle Nord sur de frêles canots suppose une logistique. En l'occurrence, un solide navire russe, habitué à naviguer entre le Groenland et le Canada : l'Akademik Sergey Vavilov. Quand le temps le l'autorisait, ce bateau, qui accueille des croisiéristes de l'extrême, a permis à l'auteur et ses compagnons d'embarquer sur des pneumatiques : pour opérer des prélèvements, ou pour débarquer sur des terres isolées et y évaluer la présence de plastique.

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02Les prélèvements
Le recueil du plastique, explique-t-il, fait appel à deux méthodes, liées à la talle des déchets. Les micro-plastiques (moins de 4,75 mm) sont captés par un filet, traîné derrière le bateau, en ligne droite, durant 20 minutes à une heure, de manière à effectuer un mille nautique (1,8 km).
Baptisé « chalut Manta », le dispositif de capture est constitué d'un tuyau maintenu sous la ligne de flottaison, qui envoie l'eau dans un filet de 3 mètres, doté de mailles de 0,33 millimètres, et fermé à son extrémité. Après le prélèvement, le filet est vidé. Son contenu est lavé puis tamisé, avant d'être mis dans un flacon rempli de formol ou d'alcool. Ce flacon est ensuite scellé, à destination de l'université de Plymouth, avec toutes les données concernant le prélèvement (tracé GPS, heure, conditions de mer, etc.) Les fibres seront analysées avec un spectroscope à infrarouges.

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03Une pollution visible et invisible
L'observation visuelle adopte un protocole qui est celui de beaucoup de naturalistes. Plus adapté à un voilier qu'à un pneumatique, il fait appel à un binôme. À droite comme à gauche du bateau, chacun note ce qu'il voit sur un formulaire très détaillé (couleur, dimensions, forme..). A terre, l'échantillonnage correspond à un quadrillage du terrain, sur une certaine distance, en respectant un écart constant entre chaque chercheur.
Ces deux méthodes, qui ne portent que sur des déchets visibles, doivent être comprises comme un complément, un outil d'évaluation qualitative. Elles renseignent sur la distance que peuvent parcourir les plastiques et leur durée de séjour dans l'eau. On retrouve ainsi dans l'Arctique des objets fabriqués il y a plus de 20 ans, ou des emballages écrits dans une langue parlée à des milliers de kilomètres. Ces procédures, comme la méthode d'échantillonnage des résidus plastiques, sont bien sont rodées. Basé à Santa Monica (Californie), l'institut 5 Gyres, créé par Marcus Eriksen et Anna Cummins, organise des expéditions depuis 2008.

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04Science citoyenne
Aussi, une opération comme celle-ci s'inscrit tout à fait dans la « science citoyenne », que l'auteur présente à travers les dix principes mis en avant par l'Association européenne de science citoyenne. On en retiendra la définition : « Une activité scientifique où des volontaires non professionnels participent à la collecte de données et d'analyses et à la diffusion d'un projet scientifique » (p. 41). Il s'agit autant de relayer la recherche insitutionnelle, que de diffuser la culture scientifique ou de sensibiliser à des « sujets difficiles, fondamentaux, mais peu considérés ».
Plusieurs niveaux d'implication sont possibles : de la collecte passive (via un smartphone, par exemple) aux observations environnementales, à l'image de cette expédition dans l'Arctique, qui vise finalement à « apprendre à voir ce qui se passe sous nos propres yeux ». Elle a réuni des volontaires, souvent passionnés, que l'auteur décrit brièvement, en entrant dans les coulisses de l'expédition : logistique, réunions préparatoires…

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05Des effets physiques et toxicologiques
Sur les étendues dénudées de l'Arctique, le plastique saute aux yeux : bidons, niches, gamelles, vélos… Beaucoup d'objets sont en plastique, et on en trouve un peu partout. « Comme dans nos campagnes, il y a quelques décennies », ajoute l'auteur. L'immense majorité des micro et nano plastiques présents dans l'Arctique provient toutefois des pays industrialisés ou en voie de l'être.
Les locaux qui, à l'image des animaux du Grand Nord, vivent en symbiose avec un environnement extrême, en sont victimes. Car ils se nourrissent de mammifères marins qui puisent leur nourriture dans la mer. Or on sait aujourd'hui que ces animaux sont contaminés : la graisse des phoques et des éléphants de mer contient des substances chimiques issus des plastiques présents dans l'eau.

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0613 millions de tonnes par an dans la mer
La production mondiale de plastique est passée de 51 millions de tonnes en 1964 à 322 Mt en 2015. La « matière magique » de l'après-guerre se répand dans les pays émergents, et tôt ou tard, elle rejoint la mer. C'est particulièrement net en Asie, où la gestion des déchets est balbutiante. À elle seule, la Chine déverse chaque année 5 Mt de déchets plastiques dans la mer, sur un total de 13 Mt. Toutes proportions gardées, le phénomène est le même dans les eaux du Grand Nord. Car tous les produits arrivent en containers. Et ils ne repartent jamais.
Les premiers résultats de l'expédition le confirment : la concentration en micro-plastiques est nettement plus importante (près du double) dans les prélèvements effectués à proximité des localités habitées : Llulissat au Groenland et Pont Inlet en terre de Baffin (Canada), « avec respectivement environ 650 et 450 fibres repérées d'une taille inférieure à 4,75 mm de longueur » (p. 88). La zone la moins touchée correspond aux relevés effectués près de l'île de King William. Une île isolée, par 70° nord.
La présence de déchets dans des endroits aussi reculés de la planète a une explication : « La plupart des plastiques que l'on trouve actuellement dans l'océan ont été jetés, depuis soixante dix ans, par les pays industrialisés », souligne l'auteur (p. 55). Les rejets se poursuivant, selon une étude présentée en 2016 au sommet de Davos, le poids du plastique dans l'océan sera supérieur à celui des poissons en 2050. Ce qui est d'ailleurs un énorme gâchis : 95 % des objets en plastique ne servent qu'une fois. Qu'on pense aux emballages !

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07Conclusion
En Arctique, les dégâts dus au plastique sont amplifiés par l'augmentation des températures, qui réduit la banquise à la portion congrue. « Toute la faune court un double risque, en raison de la présence de plastiques et du fait du réchauffement climatique », résume l'auteur. (p. 74).

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08Zone critique
La réussite de ce livre tient pour beaucoup à sa construction. C'est le récit croisé d'un double voyage : vers l'Arctique et sa magie, vers le plastique et son horreur. Même si les données sont bien là (pas toujours sourcées, pas toujours bien présentées), on est loin d'un austère rapport scientifique. C'est une découverte à hauteur d'homme, une relation de citoyen, où l'environnement du Grand Nord met en perspective le danger qui pèse sur l'océan, « principal organe vital de notre planète », dont nous dépendons tous, directement ou indirectement.

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Un océan de plastique, Bordeaux, Zeraq, 2019.

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