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Couverture de 'Trump et xi jinping'

Trump et Xi Jinping

Christian Saint-Étienne

Vers un conflit majeur et inéluctable entre la Chine et les Etats-unis

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Description

Christian Saint-Étienne affirme que la montée actuelle des tensions entre les États-Unis et la Chine donnera lieu inéluctablement, vers 2025, à l’éclatement d’un conflit majeur entre ces deux puissances. Les désillusions des Européens dans le monde de l’après-guerre froide sont immenses face à la constitution imprévisible d’un nouveau duopôle sino-américain sur la planète.

Dans ces conditions, si l’Europe ne prend pas les dispositions nécessaires pour organiser sa montée en puissance, elle sera condamnée à être le champ clos de cet affrontement titanesque.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Dans l’immédiat après-guerre froide, les États-Unis étaient devenus « l’hyperpuissance » planétaire, selon l’expression de l’ancien ministre des Affaires étrangères français, Hubert Védrine. En 2001, cette situation changea drastiquement à la suite des attaques terroristes du 11 septembre, qui ébranlèrent la certitude des États-Unis quant à la pérennité de leur position d’hégémonie totale par rapport au reste du monde.

Après s’y être opposés pendant deux décennies, les États-Unis commirent l’erreur stratégique de laisser entrer la Chine dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en décembre 2001, en échange des promesses chinoises de participation à la lutte globale contre le terrorisme. À partir de ce moment crucial, la Chine entama une montée en puissance fulgurante, qui lui permit de devenir une puissance rivale des États-Unis.

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02

Trump et Xi Jinping, des « apprentis sorciers » ?

Donald Trump et Xi Jinping sont des anomalies au sein des systèmes institutionnels américain et chinois. Les États-Unis ont construit, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, un ordre mondial et libéral ouvert, qui servait leurs intérêts nationaux. Or force est de constater que Donald Trump a remis en cause les fondements mêmes de l’ordre commercial et économique américain.

Alors que les analyses concordent aux États-Unis pour convenir que, dans les quinze prochaines années, la Chine sera le principal adversaire de l’Amérique dans la course pour la domination mondiale, le président américain n’a eu de cesse de malmener ses Alliés au sein de l’OTAN, mais également ses voisins régionaux tels que le Canada et le Mexique, ainsi que des États rivaux de la Chine dans la région Asie-Pacifique, à l’instar de l’Inde ou du Japon.

À titre d’exemple, au risque d’envoyer un signal erroné au président russe, Trump a remis en cause l’article 5 de la charte du Traité de l’Atlantique Nord de 1949, qui stipule notamment qu’une attaque armée survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties. Ce positionnement pourrait être interprété par Vladimir Poutine comme un blanc-seing des États-Unis à l’annexion par la Russie de l’un des États baltes, voire d’un autre pays de l’Union européenne.

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03

La réalité du duopôle sino-américain

La disparition de l’ordre bipolaire de la guerre froide n’avait pas laissé présager la mise en place d’un nouveau duopôle. États-Unis et Chine sont à l’origine de 55% des dépenses militaires mondiales. Au plan économique, ces deux puissances représentent environ 40% du PIB mondial et, au moins jusqu’à l’épidémie de Covid-19, elles enregistraient une croissance plus rapide que dans le reste du monde, tandis que l’Europe représentait 20% du PIB mondial.

Cette réalité hégémonique est particulièrement perceptible dans le domaine de la guerre numérique mondiale, ou révolution iconomique, qui se déroule actuellement. À cet égard, les grandes plateformes de la mutation numérique (GAFAM – Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) contrôlent, selon l’auteur, l’Amérique du Nord, l’Europe de l’Ouest, le Japon et l’ensemble des métropoles émergentes non chinoises, soit un milliard de personnes connectées en 5G sur les plateformes américaines.

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04

Un conflit inéluctable

L’équilibre actuel entre les États-Unis et la Chine est voué à basculer. Le statu quo est impossible. Économiquement, la Chine peut se targuer d’avoir une croissance plus rapide que celle des États-Unis. C’est l’État chinois qui a permis l’essor d’entreprises telles que Huawei et ZTE dans le domaine du numérique, grâce à des prêts à taux nul, en contrevenant de manière flagrante aux règles de l’OMC. La Chine a ouvertement annoncé son intention de se hisser au rang de première puissance mondiale en 2049, année du centenaire de l’accession au pouvoir du parti communiste chinois, en remplacement des États-Unis. En fait, cet affichage dissimule la détermination de Xi Jinping, qui compte faire accéder son pays à ce statut dès la prochaine décennie.

L’historien britannique Paul Kennedy a soutenu dans Naissance et déclin des grandes puissances que les puissances suivent inéluctablement un cycle d’ascension puis de déclin, car toute grande puissance parvenant au faîte de son apogée se trouve inévitablement confrontée à deux défis majeurs : maintenir un équilibre raisonnable entre les engagements pris en matière de défense sur la scène internationale et les ressources et moyens dont elle dispose pour remplir ces engagements ; enrayer l’érosion de l’économie et de l’industrie dans un milieu international incertain où la concurrence est rude.

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05

Remédier à l’impuissance de l’Europe dans le nouveau monde bipolaire

Le 2 janvier 2019, la Chine a annoncé qu’elle avait l’intention de reconquérir Taiwan. Les évolutions en mer de Chine méridionale sont alarmantes et annonciatrices d’une montée rapide des tensions. Face au nouveau duopôle États-Unis/Chine, l’Europe a le potentiel de devenir un acteur majeur sur la scène internationale, mais elle pâtit de l’absence d’un objectif commun entre les États-membres de l’UE. Christian Saint-Étienne propose de pas modifier le fonctionnement de l’UE et reconnaît qu’il ne soutient plus cette préconisation qu’il avait formulée dans le passé.

Il s’agirait plutôt de recentrer l’UE sur trois missions fondamentales : d’abord, le marché unique, avec l’euro et une politique commerciale fondée sur le principe de réciprocité entre les partenaires commerciaux ; ensuite, la garantie du respect des droits de l’homme, en sorte que l’Europe demeure une démocratie libérale représentative forte ; enfin, une politique de croissance propre, avec une taxe carbone commune au niveau de l’UE. Après le Brexit, on pourra envisager de conserver l’UE à 27 États-membres. Christian Saint-Étienne n’exclut pas, cependant, l’éventualité d’un dernier élargissement avec une intégration dans l’UE des pays des Balkans.

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06

Conclusion

Les évolutions géostratégiques et économiques actuelles accréditent les avertissements de l’auteur concernant l’inévitable surgissement d’un conflit entre les États-Unis et la Chine dans un avenir proche. Il semblerait en effet que la pandémie de Covid-19, au lieu d’amoindrir ce risque, a au contraire contribué à le renforcer.

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07

Zone critique

L’auteur évoque la nécessité pour l’Europe de devenir un acteur majeur sur la scène internationale, afin de faire contrepoids aux États-Unis en particulier. Cependant, il semble sous-estimer l’ampleur de l’entrisme chinois en Europe, les écueils de la coopération sino-européenne, ainsi que la dangerosité des liaisons entretenues par certains dirigeants européens avec le pouvoir chinois. Ces connivences ont été notamment mises en lumière par le journaliste français Antoine Izambard dans son récent ouvrage France-Chine. Les liaisons dangereuses.

Pour illustrer cette situation, dans le cadre d’un accord sino-européen de coopération, entre 2003 et 2007, la Chine a investi 200 millions d’euros dans le système européen de radionavigation par satellite Galileo. À l’époque, les États-Unis avaient, depuis 1999, interdit le transfert de technologies spatiales vers la Chine pour des raisons de sécurité, car ils subodoraient l’existence d’un programme chinois secret de radionavigation. À la suite de ce retrait américain, les sociétés européennes ont intensifié leur coopération spatiale avec la Chine, y voyant une opportunité inespérée. En décembre 2013, l’enthousiasme des Européens s’est soldé par d’amères désillusions. En effet, force fut de constater que la Chine avait capté, par le biais de sa coopération fructueuse (et à relativement peu de frais) avec l’UE, la technologie qui lui manquait pour mettre en œuvre son propre système national de radionavigation par satellite Beidou (également connu sous le nom de COMPASS), qui se trouve désormais en compétition avec Galileo. À noter que, le 23 juin 2020, la Chine a mis en orbite le dernier satellite de Beidou.

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08

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Christian Saint-Étienne, Trump et Xi Jinping. Les apprentis sorciers, Paris, L’Observatoire, 2019.

Du même auteur – Le Libéralisme stratège face au chaos du monde, Paris, Odile Jacob, 2020. – Osons l’Europe des nations, Paris, L’Observatoire, 2018. – Guerre et paix au XXIe siècle. Comprendre le monde de demain, Paris, François Bourin, 2010.

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