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Couverture de 'Theorie de levolution economique'

Théorie de l’évolution économique

Joseph Schumpeter

L’ouvrage qui a marqué la science économique

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Description

La Théorie de l’évolution économique est probablement l’ouvrage de Schumpeter qui a eu l’impact le plus marqué sur la science économique. On y trouve une épistémologie remarquable, de par sa capacité à fondre analyse historique, compréhension sociologique et formalisme économique en une théorie unique.

Une grande importance est accordée au processus d’innovation et au rôle des entrepreneurs, souvent délaissés dans les théories classiques. On reconnaît l’influence de ses contemporains Sombart et Weber dans la volonté de penser la société industrielle comme un système cohérent et auto-suffisant.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Cet ouvrage s’efforce non seulement de replacer le capitalisme dans un contexte historique, mais aussi d’en expliquer les rouages, tout en présentant un enjeu épistémologique, celui de la définition du champ de la science économique, en accordant une importance particulière à l’histoire de la pensée.

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02

For­ma­li­sa­tion de l’« économie pure »

L’intention de Schumpeter dans cet ouvrage est avant tout de dresser un tableau des avancées de la science économique au début du XXe siècle. Elle est indissociable des faits économiques puisqu’elle s’en inspire, mais son domaine reste celui de l’« économie pure », c’est-à-dire la simplification des phénomènes réels destinée à en faire ressortir les enjeux et les mécanismes.

Il s’écarte ainsi des travaux classiques en ancrant l’économie réelle dans une réalité historique complexe, tandis que les considérations théoriques s’en détachent et ne sont définies qu’en tant que constructions abstraites. Le système de production capitaliste n’est donc pas conçu comme l’aboutissement naturel du développement économique, il n’est que le produit d’évolutions historiques spécifiques. C’est le premier reproche que fait Schumpeter à la doctrine économique : la plupart des auteurs se concentrent uniquement sur ce modèle sociétal et tendent à l’essentialiser.

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03

Le diptyque statique-dynamique

La nouveauté de son modèle théorique réside dans sa formalisation de la dualité entre équilibre statique et processus dynamique, qui s’articulent au sein d’un « système » économique. La notion de statique ne renvoie pas à un état de la société où les indicateurs économiques – le profit, le taux d’intérêt, l’inflation, etc. – ne connaissent pas de mouvement, mais plutôt à un état où ils évoluent harmonieusement et de façon prévisible. À cet état statique de l’économie, les quantités de monnaie, de capital et de travail s’ajustent donc afin que l’offre soit égale à la demande sur tous les marchés.

Historiquement, cette notion d’équilibre statique a été interprétée comme une tendance naturelle du système capitaliste à s’acheminer vers une situation où les ressources sont le mieux réparties entre les agents. C’est avant tout une vue de l’esprit, bien qu’elle ait été présentée à la suite d’Adam Smith comme le fonctionnement naturel des sociétés modernes . Marshall sera le premier à ne pas construire de modèle complet d’équilibre statique, puisque le réel serait avant tout dynamique : l’économie est constamment sujette à des chocs, il est donc plus intéressant d’observer comment on passe d’un équilibre à un autre que de décrire la nature de ces équilibres .

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04

Cycle de la conjoncture et crise économique

En passant en revue les apports de différents théoriciens, Schumpeter définit son propre système d’économie pure, dont la dynamique repose sur sa compréhension de l’évolution historique des modes de production. Il place le « circuit » économique au centre de son analyse, soulignant ainsi la complémentarité des phénomènes économiques et introduisant le facteur temporel. C’est un modèle très stylisé de l’économie : à chaque période, la demande est égale à l’offre sur tous les marchés et la production s’effectue à l’aide de deux facteurs, le travail et une combinaison de facteurs dits « naturels ».

La dynamique cyclique apparaît avec le passage d’une période à l’autre : la production dépend des ressources naturellement présentes dans l’économie, mais aussi d’une certaine quantité de « biens de production produits » issus des périodes antérieures. Cela induit une évolution permanente de la technologie de production, que Schumpeter spécifie par la notion de « combinaison nouvelle » : à chaque période la quantité et le type de facteurs nécessaires pour produire chaque bien évoluent.

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05

Les en­tre­pre­neurs comme moteurs de la dynamique

Reste à déterminer comment se forme la combinaison nouvelle qui permet la transition d’un équilibre à l’autre. Puisqu’il se place dans une logique simplificatrice, Schumpeter cherche à expliquer que les facteurs puissent se mouvoir sans que la sortie du circuit ne soit provoquée par des perturbations en dehors de la sphère économique.

Les mouvements sociaux, les décisions politiques, la régulation ou encore les accidents historiques ne font pas partie de l’économie pure ; ce sont des caractéristiques de l’économie réelle, qui ne doivent pas entrer en compte pour expliquer la dynamique du capitalisme. Il faut donc préciser la nature des combinaisons nouvelles, notion englobant les avancées techniques, l’apparition d’un nouveau débouché pour la production, la découverte de nouveaux facteurs naturels ou encore une disparition des compétiteurs. Cette notion n’a donc de réalité tangible que parce qu’elle est portée par une entreprise et des entrepreneurs : dans un système d’économie de marché, les firmes permettent le progrès des sociétés.

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06

Le rôle de la monnaie et du crédit

Dernier élément de l’analyse, le crédit permet aux entrepreneurs d’innover et est en ce sens essentiel à la dynamique. Il est inutile de l’étudier d’un point de vue statique puisque qu’il n’y a pas d’accumulation, mais il est nécessaire aux transitions dynamiques.

Là où le crédit était une résultante de l’épargne forcée chez les classiques, il devient chez Schumpeter la clé d’une meilleure allocation des ressources. Les banques jouent un rôle d’intermédiaire entre les acteurs de la production. La demande de crédit ne vient que de l’entrepreneur, qui en a besoin pour exercer son activité de fondateur. La monnaie, simple moyen de paiement à l’état statique, conditionne l’offre de crédit permettant la dynamique. Contrairement à un modèle social collectiviste où une autorité centrale commanderait le progrès en prélevant sur la production actuelle les moyens de réaliser les combinaisons futures, le système capitalise repose sur la capacité des banques à donner un pouvoir d’achat aux entreprises.

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07

Conclusion

La théorie des cycles énoncée par Schumpeter place les entrepreneurs au centre des économies capitalistes, non pas en tant que propriétaires de capital, mais en tant qu’innovateurs. Son apport à la science économique se veut résolument théorique et abstrait, bien qu’on puisse selon lui le ramener à des conceptions plus terre à terre par un raisonnement logique – il prétend être lui-même parti de l’observation de la crise de 1905 pour fonder son modèle.

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08

Zone critique

Une limite inhérente à la théorie développée par Schumpeter, qu’il souligne lui-même dans sa préface à la seconde édition, vient du manque de réalisme de certaines hypothèses. Son modèle semble parfois complètement déconnecté de la réalité, alors même qu’il prétend mettre en lumière les phénomènes traversant les sociétés modernes.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Théorie de l’évolution économique. Recherches sur le profit, le crédit, l’intérêt et le cycle de la conjoncture, Paris, Dalloz, coll. « Bibliothèque Dalloz », 1999 [1911].

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