
Théorie de la restauration
Approche de la restauration artistique
Description
Édité en français trente ans après sa parution en Italie, Théorie de la restauration est une œuvre fondamentale dans l’histoire de la restauration d’œuvres d’art. Ce manifeste a pour but la mise en place d’une méthodologie et d’une déontologie de la restauration.
Pour cela Brandi place la définition de l’œuvre d’art au centre de sa réflexion et met en exergue réflexions théoriques et méthodes pratiques comme moteurs essentiels de la restauration.
Sommaire
01Introduction
Théorie de la restauration est un recueil d’observations que Cesare Brandi a pu faire au cours de sa carrière, durant laquelle il nota un manque d’homogénéité et de réglementation dans la restauration des œuvres d’art.
Avec ce manifeste, il souhaite créer des règles théoriques pour régir la pratique de la restauration. Pour cela il commence par définir l’œuvre d’art et approfondir les notions de temps, espace et matérialité afin de les placer au centre de la réflexion sur la restauration et de ne pas calquer d’autres pratiques dessus.

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02Qu’est-ce qu’une œuvre d’art ?
L’œuvre d’art repose sur une double dualité paradoxale mais complémentaire. Elle est à la fois esthétique et historique. C’est une production humaine réalisée dans un lieu et à une époque donnée mais c’est aussi un objet dont l’essence de sa valeur est sa reconnaissance esthétique.
Aussi, l’œuvre est composée de matières et d’images. Toutes deux sont complémentaires et doivent être également prises en compte dans l’appréciation d’une œuvre.
La matière de l’œuvre n’est pas une fin en soi mais un moyen pour l’image de se donner à voir. Elle lui sert ainsi de vaisseau pour se matérialiser dans « le monde de l’expérience », c’est-à-dire notre monde.

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03Le temps et l’espace de l’œuvre.
L’œuvre possède trois temporalités, découlant de son passage dans le temps et de l’expérience qui est vécue par celui qui la regarde.
D’abord comme durée de la création de l’œuvre par l’artiste. Ensuite comme intervalle entre la fin du moment créateur et la conscientisation de son statut d’œuvre d’art. Enfin comme instant de la fulguration de l’œuvre dans la conscience de celui qui la voit. L’œuvre d’art est toujours dans le présent car elle est réactualisée par la conscience de celui qui la regarde.
Toutefois, le temps historique peut avoir des effets sur la matérialité de l’œuvre, tels que l’altération de la couleur des peintures, une différence de prononciation en poésie, etc.
Comprendre dans quel temps historique s’insère l’œuvre d’art est nécessaire à la restauration car elle donne une base pour déterminer les actions à mener sur l’œuvre. La restauration ne peut se faire que sur une œuvre terminée et aboutie, on ne restaure pas une œuvre en cours de création. La restauration n’est pas, pour Brandi, un acte créateur, mais un acte synthétique de refonte de l’image esthétique dans une nouvelle image.

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04Qu'est-ce que la restauration ?
La définition de la restauration est une « intervention visant à remettre en état un produit de l’activité humaine ». Toutefois, la restauration se scinde en deux pratiques. D’une part, la réparation d’objets non artistiques pour lesquels on restaure la fonctionnalité perdue de l’objet ; d’autre part, la restauration d’œuvres – ce qui conduit à reconnaître théoriquement le caractère artistique de l’œuvre – et une intervention sur la matière.
Ce concept est important car ce changement de statut de l’objet en œuvre d’art par la reconnaissance induit un comportement particulier à adopter.
Brandi propose alors la définition suivante de la restauration : « la restauration constitue le moment méthodologique de la reconnaissance de l’œuvre d’art, dans sa consistance physique et sa double polarité esthétique et historique, en vue de sa transmission aux générations futures ».
La restauration préventive, qui s’oppose à la restauration urgente d’un patrimoine en danger, permet la sauvegarde et la limitation des dangers afin d’offrir les meilleures conditions pour qu’elle se dévoile universellement au travers de la conscience de chaque personne qui la regarde.

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05Les axiomes majeurs de la restauration.
Brandi est le premier à proposer une méthodologie de la restauration basée sur de grandes règles. La priorité se porte sur la consistance physique de l’œuvre car elle est le support de l’image artistique à transmettre. Aussi est-elle la seule sur laquelle s’opère une action quelle qu’elle soit, c’est ce que Brandi nomme le premier axiome : « On ne restaure que la matière de l’œuvre d’art ».
Les seules actions autorisées sont de conserver au mieux l’intégrité de l’œuvre en vue de la transmettre et consolider sa structure matérielle quand elle est en danger.
Brandi nomme ainsi le second axiome de la restauration : « La restauration doit viser à rétablir l’unité potentielle de l’œuvre d’art, à condition que cela soit possible sans commettre de faux artistique ou de faux historique, et sans effacer la moindre trace du passage de l’œuvre d’art dans le temps . »

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06La restauration en pratique
En pratique, le restaurateur est confronté à beaucoup de cas différents, il est toutefois possible de déterminer les dégradations majoritairement rencontrées et leur traitement.
Un problème particulier se pose avec la lacune, qui est un trou dans l’œuvre. Par sa forme et sa couleur ne correspondant pas à celle de l’image, elle est un corps étranger qui attire le regard.
La meilleure méthode est de faire de la lacune un fond afin que l’image redevienne le sujet. Pour cela, faire apparaître le bois du support est parfois la meilleure solution car en montrant la matière de l’œuvre, on offre un fond agréable au regard.
Il existe aussi la technique du tratteggio, qui consiste en des hachures à l’aquarelle afin de les distinguer de l’œuvre, ainsi elles font reculer la lacune tout en s’affichant comme intervention non artistique. Les intégrations hypothétiques sont très rares et ne se font qu’au cas par cas, quand le “tissu” de l’œuvre est suffisamment lisible pour le permettre, et doivent rester visibles.

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07Monuments, ruines et remaniements : les limites de l’intervention
La restauration ne porte pas uniquement sur les œuvres picturales et la restauration d’objets architecturaux se heurte à de nombreux obstacles. L’instance esthétique et l’instance historique sont souvent en désaccord dans le traitement de ces objets.
Brandi s’intéresse longuement aux monuments architecturaux. Pour lui, il est illégitime de démonter et remonter un monument dans un autre environnement que celui dans lequel il a été créé. Il y a une interdépendance entre le monument et son milieu, et l’authenticité du milieu l’emporte sur le plaisir visuel qui ressort du monument. Un deuxième aspect du monument est la ruine. On appelle ruine tout objet témoin de l’activité humaine dont la forme a pu changer. Il est donc nécessaire de stabiliser la ruine pour la transmettre aux générations futures. La conservation découlera alors du jugement historique porté sur elle et la classe parmi les produits de l’activité humaine, mais sans la charge artistique. Dans ce cas de figure, la restauration doit se limiter à la consolidation et à la conservation de la matière de la ruine dans son état. Même avec une vaste documentation sur l’objet avant son état de ruine, la reconstitution de celle-ci n’est pas envisageable.

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08Conclusion
Cet ouvrage approfondit les connaissances théoriques sur l’œuvre d’art afin de comprendre toute l’importance que comporte la restauration. La restauration n’est pas uniquement une action pratique sur une œuvre, mais un moment scientifique et philosophique de reconnaissance de cette œuvre et d’observation de sa matière, afin d’aboutir à une action mesurée. Il faut donc convoquer les instances esthétiques et historiques de l’œuvre, mais aussi sa spatialité, sa temporalité et sa matière.

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09Zone critique
Cesare brandi est le père de la restauration moderne, c’est-à-dire en tant qu’acte autant théorique que pratique, autant méthodologique que critique. Brandi propose des modèles méthodologiques de traitements selon les problèmes majoritairement rencontrés en restauration, mais surtout une intellectualisation théorique de cette discipline.
Il n’impose pas une doctrine de pratiques mais prend l’œuvre d’art et son histoire comme objet central, rompant ainsi avec une tradition de la restauration plus artisanale. La restauration est complexifiée, avec un travail déontologique du restaurateur. En effet, en proposant une définition étendue de l’œuvre d’art, avec son espace, son unité, son temps, Brandi montre que toute action sur une œuvre est traversée par un travail de compréhension de cette œuvre.

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10Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Cesare Brandi, Théorie de la restauration, Paris, Allia, 2011.

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