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Théorie de la justice

John Rawls

Une exploration de la justice et de l'équité

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Description

Dans Théorie de la justice, rédigée en 1971, John Rawls s’interroge concrètement sur le critère juste et équitable de répartition des biens et propose une théorie alternative à la théorie utilitariste classique, fondée sur les principes de justice.

En penseur libéral, il cherche à articuler le principe de liberté qui est fondamental, avec le principe d’égalité sociale, à faire une synthèse entre libéralisme politique et justice sociale. Pour autant, si l’égalité occupe une place importante dans sa théorie, une société juste n’est pas égalitariste, mais elle garantit les libertés fondamentales et le pluralisme.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion : une œuvre fondatrice dans la philosophie politique moderne

Depuis La République de Platon, en passant par le Contrat social de Rousseau jusqu’à la Théorie de la justice de Rawls, les philosophes ont cherché à définir le meilleur régime possible, garantissant un ordre juste. Théorie de la justice est publiée en 1971, dans un contexte américain particulier, pendant la guerre du Vietnam et dans la continuité de la lutte pour les droits civiques.

Alors que les États-Unis sont en proie à d’importants mouvements sociaux, Rawls élabore sa théorie de la justice dans laquelle il veut démontrer que la justice sociale et la justice distributive ne sont pas incompatibles avec la liberté individuelle et « l’efficacité économique ». Dans un souci éthique, il cherche à rendre les principes de justice plus efficaces et plus adaptés au monde contemporain. C’est pourquoi cette œuvre qui est un véritable travail de « philosophie politique appliquée » (Alain Renaut), en fait une œuvre fondatrice en philosophie politique et morale contemporaine.

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02

Réfutation de la théorie uti­li­ta­riste tra­di­tion­nelle de la justice

Dans Théorie de la justice, Rawls déconstruit et critique la théorie utilitariste de Jeremy Bentham (1748-1832), théorie dominante et de référence encore au XXe siècle. Selon cette théorie morale et politique, toute philosophie, toute éthique et tout système politique sont déduits du critère d’utilité pour le plus grand nombre, et pour un bonheur maximal : le bon gouvernement est celui qui œuvre pour le bien-être du plus grand nombre.

Le but dans la philosophie utilitariste est de minimiser la souffrance et de maximiser le bonheur de la collectivité. C’est la quantité qui est importante, pas la manière dont sont réparties les satisfactions. Peu importe si la recherche du bonheur collectif implique l’exclusion ou le sacrifice de libertés ou des droits et intérêts individuels.

En se concentrant sur l’intérêt du plus grand nombre, l’utilitarisme va à l’encontre de l’idée de droits fondamentaux. Or, en faire abstraction selon Rawls constitue un problème éthique. Kantien, Rawls considère que le respect de la personne humaine, son intégrité, le fait de la considérer comme une fin en soi et non pas un moyen constituent un impératif catégorique.

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03

Voile d’ignorance et fiction de la position originelle

Pour établir les principes de justice, Rawls propose une méthode particulière : celle du voile d’ignorance ou position originelle. Il s’agit ici d’une hypothèse philosophique, à la manière de la fiction de l’état de nature dans les théories contractualistes traditionnelles.

Cette méthode nous permet d’imaginer ce que les individus choisiraient s’ils pouvaient faire abstraction de leurs intérêts personnels et de leur place dans la cité. Si tel était le cas, quels principes de justice adopteraient-ils ? Il explique que si un individu considère qu’il pourrait être le plus défavorisé, alors il voudrait bénéficier du meilleur possible et donc considèrerait que le plus défavorisé doit en bénéficier.

L’individu choisirait donc le meilleur pour lui et ferait en sorte que les principes de justice ne soient pas discriminants, car il part du principe qu’il pourrait être discriminé (en fonction de son sexe, de ses ressources ou de son appartenance ethnique). Cette expérience théorique vise à améliorer le sort des défavorisés puisque chacun imagine pouvoir être défavorisé. Pour Rawls, cette démarche se veut rationnelle et raisonnable.

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04

Les principes de justice chez Rawls

Rawls soutient que si la méthode du voile d’ignorance est respectée, les individus s’accorderaient sur deux principes de justice sur lesquels repose toute sa théorie.

« Ce sont les principes mêmes que des personnes libres et rationnelles, désireuses de favoriser leurs propres intérêts, et placées dans une position initiale d’égalité, accepteraient et qui, selon elles, définiraient les termes fondamentaux de leur association. […] C’est cette façon de considérer les principes de la justice que j’appellerai la théorie de la justice comme équité » (p. 37).

Selon le premier principe, une société est juste quand tous les individus ont un droit égal aux mêmes libertés fondamentales. Pour Rawls, philosophe libéral, la liberté est fondamentale. Une meilleure répartition des biens ne peut résulter d’une limitation ou d’une privation de liberté.

Le second principe se concentre sur l’égalité et établit le principe de différence. Les inégalités sociales et économiques se justifient seulement si elles sont le produit d’un système d’égalité des chances et si elles permettent d’augmenter les « espérances » des plus pauvres. Elles doivent bénéficier aux individus les plus désavantagés de la société. On ne peut accepter l’exclusion a priori. Si les inégalités ne bénéficient pas aux moins favorisés, alors la société est injuste. De ce second principe découle donc l’idée de justice distributive (exigence d’égalité des chances, minimas sociaux). Mais le second principe ne peut en aucun cas limiter le premier principe qui est absolument prioritaire dans le cadre d’une théorie de la justice ou d’une décision politique. Ce droit égal à la liberté fondamentale ne peut jamais être mis entre parenthèses. Or l’utilitarisme fait le contraire. S’il repense le libéralisme politique avec un souci de solidarité, Rawls est avant tout un libéral. Avec le principe de différence, Rawls concède que la société ne peut pas être égalitariste. L’égalité formelle ne garantit pas l’égalité réelle des individus. Une politique juste ne vise pas nécessairement l’égalitarisme, mais elle tente de réduire les écarts et de favoriser les plus défavorisés. De quelle manière ? En rendant la mobilité sociale possible, selon le critère du mérite avec la discrimination positive (affirmative action) et en maximisant les minimas sociaux. La société doit maximiser les biens sociaux premiers, « constitués par les droits, les libertés et les possibilités offertes, les revenus et la richesse » (p. 123).

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05

Justice versus bien et libéralisme dé­mo­cra­tique de Rawls

John Rawls veut justifier les principes de justice indépendamment de toute référence métaphysique ou religieuse. Les principes de justice ne doivent pas être ordonnés selon une conception particulière du bien.

Dans l’idéal, il faudrait d’abord que la société s’accorde sur une conception précise du bien. Or ce n’est pas possible, pire c’est même dangereux, du fait qu’il y a une pluralité de conceptions du bien et en choisir une signifierait l’imposer. Le bien, le bonheur ne peuvent pas constituer la fin d’un régime politique car vouloir imposer une conception du bien peut mener au totalitarisme. En effet, toute conception dominante nierait ceux qui ont une autre doctrine du bien ou une autre religion. La grande erreur de l’utilitarisme est de supposer que chaque individu a la même conception du bien.

Or, Rawls insiste, chaque individu est singulier et a une conception différente de ce qui est bon pour lui. La pluralité nécessaire des biens et des fins n’est pas garantie par l’utilitarisme. La question du pluralisme est centrale pour Rawls. C’est une valeur, qui garantit la liberté (premier principe de justice) et permet aux différentes conceptions du bien d’exister. C’est pourquoi le juste est prioritaire sur le bien car les principes de justice sont la condition nécessaire de réalisation des diverses conceptions du bien. Le pluralisme garantit la possibilité pour chacun de choisir une conception du bien pour soi.

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06

Conclusion

Théorie de la justice est considérée comme un des ouvrages contemporains les plus importants de philosophie politique et morale. La pensée de Rawls a été largement commentée et critiquée dans le monde anglo-saxon, donnant lieu à une littérature très riche sur le sujet, faisant naître de nouvelles réflexions et enrichissant fortement le débat philosophique sur le sujet.

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07

Zone critique

Cette œuvre majeure a été rapidement et grandement critiquée, ce qui a entraîné un débat de philosophie politique et morale important et innovant.

John Rawls a consacré une grande partie de sa vie à répondre à ces critiques à travers ses œuvres qui manifestent l’évolution de sa pensée philosophique. Notons en effet que son livre La justice comme équité. Une reformulation de la théorie de la justice (2001) « consiste à rectifier les erreurs les plus graves de Théorie de la justice, qui ont obscurci les idées principales de la justice comme équité [...]. J'essaie […] d'inclure quelques révisions utiles, et d'esquisser des réponses à certaines des objections les plus communes ». Il a donc expliqué, adapté et approfondi sa théorie pendant plus de 30 années.

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08

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé

– Théorie de la justice (1971), trad. Catherine Audard, Paris, Editions Points, Essais, 2009.

Du même auteur

– Justice et démocratie, Paris, Seuil, 1993. – Libéralisme politique (1993), Paris, PUF, 1995. – Leçons sur l'histoire de la philosophie morale (2002), Paris, La Découverte, 2002. – Paix et démocratie. Le droit des peuples et la raison politique, Paris, La Découverte, 2006.

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