
The fall of advertising and the rise of PR
La caution d'un tiers vaut mieux qu'une pub
Description
En 2002, un père et sa fille, Al et Laura Ries, publient un livre au titre carrément frontal : la publicité tombe, les relations presse montent. Al Ries n'est pas un théoricien de plus. Avec Jack Trout, il avait vendu au monde du marketing l'idée de « positionnement » dans les années 1980 — le concept qui a fait travailler des générations de publicitaires. Et voilà que trente ans plus tard, le même homme retourne sa veste sur l'outil central de sa propre profession.
Son constat est simple à formuler, gênant à entendre pour qui vit de la pub : quand une entreprise dépense des millions en spots télé et en pleines pages, elle parle d'elle-même. Or plus personne ne croit une marque qui se vante. On zappe, on scrolle, on saute les annonces. L'attention se détourne, et l'argent continue de couler. Pendant ce temps, un simple article dans un journal, une mention à la radio, un journaliste qui teste un produit et le recommande — ça, ça marque.
Les Ries appellent ça la caution d'un tiers. Ce n'est pas la marque qui dit qu'elle est bonne, c'est quelqu'un d'autre, sans lien d'intérêt apparent. Et cette petite différence, selon eux, change tout : la crédibilité ne s'achète pas, elle se gagne dans le regard des autres. Reste à comprendre pourquoi un outil aussi installé que la publicité a pu perdre ce pouvoir-là.
La question que l’on se pose : Pourquoi la publicité, malgré des budgets colossaux, a-t-elle cessé de faire naître les marques que les relations presse, elles, arrivent encore à installer ?Ce que l’on va voir : Comment un ancien maître de la pub en est venu à lui préférer le détour par un tiers qui parle à votre place.
Sommaire
01Chapitre 1 — Un budget géant qui ne convainc plus personne
Le point de départ des Ries est un chiffre qui dérange : les entreprises dépensent des sommes astronomiques en publicité, et rien ne prouve que ça fonctionne encore. Ils citent des cas de campagnes massives — des dizaines, parfois des centaines de millions de dollars — qui n'ont pas empêché des marques de stagner ou de couler. La pub, disent-ils, est devenue un rituel comptable : on la budgète parce qu'on l'a toujours budgétée, pas parce qu'on mesure son effet.
Leur explication tient à un basculement de perception. Dans les années d'après-guerre, quand la télévision était neuve et les annonceurs peu nombreux, une pub avait du poids. Le public la prenait presque pour une information. Aujourd'hui, on est noyé sous des milliers de messages commerciaux par jour, et le cerveau a appris à les filtrer. Une annonce ne dit plus « voici un produit », elle dit « voici quelqu'un qui veut me vendre un truc ». Le doute est intégré d'avance, avant même qu'on ait lu la première ligne.

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02Chapitre 2 — Ce qu'une marque a de mieux à faire : naître dans les médias
Si la pub ne crée plus les marques, qu'est-ce qui les crée ? La réponse des Ries est nette : les relations presse. Faire parler de soi par d'autres. Obtenir qu'un journaliste, un expert, un média couvre le lancement, teste le produit, en fasse un sujet. Cette parole-là n'appartient pas à la marque, et c'est précisément ce qui lui donne sa force.
Le mécanisme repose sur la caution d'un tiers. Quand un magazine écrit qu'un produit est remarquable, le lecteur ne se dit pas « on essaie de me vendre quelque chose », il se dit « quelqu'un d'indépendant a jugé ça digne d'intérêt ». La marque n'a pas payé ces mots — ou du moins, pas directement, pas visiblement. La crédibilité vient du fait même que ce n'est pas elle qui parle.
Les Ries en tirent une règle de séquence, presque un ordre des opérations. D'abord les RP, pour construire la réputation et la légitimité. Ensuite, une fois la marque installée dans les esprits, la publicité peut prendre le relais pour défendre et rappeler ce qui existe déjà. Inverser l'ordre — lancer à coups de pub une marque dont personne n'a entendu parler par ailleurs — c'est vouloir défendre un territoire qu'on n'a jamais conquis.

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03Chapitre 3 — La pub n'est pas morte, elle change de métier
Malgré le titre, les Ries ne prononcent pas la mort de la publicité. Leur thèse est plus subtile, et plus utile : la pub a un rôle, mais ce n'est plus celui qu'on lui prête. Elle ne sert pas à faire naître une marque, elle sert à la maintenir une fois qu'elle est née. Confusion des fonctions, gaspillage garanti.
Ils comparent volontiers la marque à un être vivant. Les relations presse sont l'accouchement : le moment où la marque entre dans le monde et se fait un nom. La publicité, elle, est la nourriture qui vient après — elle entretient, elle rappelle, elle empêche d'oublier. Nourrir un enfant qui n'est pas né n'a aucun sens ; faire de la pub pour une marque que personne ne connaît non plus. L'image est simple, mais elle recadre tout le calendrier d'un lancement.

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04Chapitre 4 — Ce que raconte le passage du micro qu'on tient à celui qu'on nous tend
Au fond, le livre des Ries décrit un déplacement qui dépasse le marketing : celui de la crédibilité, qui glisse de la parole qu'on paie vers la parole qu'on obtient. Ce qu'on dit de soi-même vaut de moins en moins ; ce que les autres disent de nous vaut de plus en plus. Le micro qu'on tient soi-même a perdu son autorité, et celui qu'un tiers nous tend l'a récupérée.
Ce basculement dit quelque chose d'une société saturée de messages intéressés. Quand chacun peut se déclarer excellent, la déclaration ne signifie plus rien. La confiance se réfugie ailleurs, dans les signaux qu'on ne peut pas fabriquer de l'intérieur : le jugement d'un tiers qui n'avait, en apparence, aucune raison de flatter. La caution ne fonctionne que parce qu'elle vient de quelqu'un qui pouvait dire non — et qui a choisi de dire oui.

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05Conclusion
Al et Laura Ries n'ont pas écrit un pamphlet contre la publicité, mais une réévaluation de ce qu'elle sait et ne sait plus faire. Elle entretient, elle ne fonde pas. Faire naître une marque relève désormais d'un autre travail, plus lent, moins contrôlable : convaincre quelqu'un d'extérieur d'en parler librement. La caution d'un tiers reste, pour eux, ce qu'aucun budget ne peut acheter directement — et c'est précisément parce qu'elle ne s'achète pas qu'elle vaut quelque chose.

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