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Couverture de 'The entrepreneurial state'

The en­tre­pre­neu­rial State

Marianna Mazzucato

Comment l'État peut-il stimuler l'innovation ?

Écouter l'extrait du podcast :
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Description

"The Entrepreneurial State" de Mariana Mazzucato propose une vision radicalement amendée du rôle mythifié accordé à l’État et aux agences publiques au sein de l’économie.

Loin d’être des acteurs frileux, à l’inverse des entreprises privées qui ne craindraient pas de prendre des risques, de nombreuses organisations publiques jouent au contraire un rôle proactif dans les processus d’innovation. Mazzucato souhaite ainsi éveiller les consciences quant au rôle que l'État peut et doit jouer afin de générer la croissance économique de demain.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Dans ce livre, adressé à un public élargi, Mazzucato cherche à remettre en cause un mythe prégnant dans la culture économique des sociétés occidentales. Il s’agit de la croyance, souvent associée au néolibéralisme, selon laquelle un État minimal est requis afin de favoriser l’innovation et incidemment la croissance économique. L’auteur prend le contre-pied de cette thèse, en montrant la manière dont les acteurs privés ne sont pas les principaux vecteurs d’innovation.

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02

Qu’est-ce que l’innovation ?

Après-guerre, dans les théories économiques néoclassiques, l’innovation apparaît comme un résidu non expliqué auquel on attribue la croissance économique qui ne provient pas de l’augmentation des facteurs de production que sont le travail et le capital. Mazzucato s’inscrit dans un héritage intellectuel autre. À la suite de l’analyse schumpetérienne et de la théorie évolutionniste de la firme de Nelson et Winter, elle invite à regarder l’innovation comme un processus plutôt qu’un aboutissement.

Or, en tant que processus, l’innovation rime avant tout avec l’incertitude. La question de son financement est un enjeu de premier ordre dans la mesure où, qu’il soit privé ou public, il est toujours une entreprise risquée, susceptible d’échouer. Pour la même raison, Mazzucato préfère mener une réflexion non pas au niveau des firmes dites innovantes, mais au niveau des écosystèmes dans lesquels elles s’insèrent. Par ce terme, l’auteur désigne les différentes relations entretenues entre les organisations économiques, c’est-à-dire les entreprises de production, les entreprises financières, en particulier les sociétés de capital-risque, ainsi que les États et leurs différentes agences gouvernementales. Il convient à ses yeux de balayer l’image d’Épinal selon laquelle, les sphères privée et publique seraient constamment en opposition.

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03

Quel rôle de l’État ?

La thèse de The entrepreneurial State à l’égard du rôle des agences gouvernementales dans les processus d’innovation a une double dimension. La première dimension est positive/descriptive et consiste à affirmer que l’État a joué le rôle d’acteur clé dans le développement de la révolution des TIC. À l’appui de sa thèse, l’auteur traite par exemple du rôle de la politique industrielle du Ministère du commerce international et de l’Industrie japonais pour expliquer la croissance des années soixante-dix et quatre-vingt. Elle mène une étude comparée des caractéristiques de cet écosystème nippon avec celui de l’URSS de l’époque, afin de montrer le rôle crucial d’une part des politiques publiques ciblées plutôt que généralistes, d’autre part de la densité des relations entre les différentes organisations industrielles, financières et gouvernementales.

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04

Qu’enseigne l’exemple américain ?

Les États-Unis depuis l’après-guerre, alors même qu’ils sont généralement présentés comme le pays de la libre entreprise, sont le meilleur exemple à l’appui de la thèse du livre. Des organisations fédérales, telles que la Defense Advanced Research Project Agency (DARPA), créée en 1958 en réponse au lancement du Sputnik par les Soviétiques, le Department of Defense (DoD) et le Department of Energy (DoE) ont été des lieux moteurs dans le développement des avancées techniques et technologiques qui président à la révolution des TIC. Le gouvernement américain ne s’est pas contenté de créer des conditions favorables à l’innovation, via des mesures législatives ou fiscales. Il a créé les réseaux mêmes au sein desquels ces innovations ont pris racine.

Mazzucato aurait pu mettre en exergue les rapports entretenus entre le Ministère des armées et la Rand Corporation, un des lieux de naissance de l’ordinateur digital et de l’intelligence artificielle au début des années cinquante. Mais elle a choisi un exemple plus marquant encore : Apple.

Dans la croyance populaire, Apple est irrémédiablement associé au thème de l’innovation. Steve Jobs, un de ses fondateurs et ancien PDG, est l’incarnation s’il en est du mythe moderne de l’entrepreneur. Derrière cette image, largement entretenue et exploitée par la communication de la firme elle-même, se cache pourtant « la main visible de l’État ». De sa création, à la fin des années soixante-dix, au lancement du smartphone, au début de la décennie, la firme a bénéficié de financements directs d’agences publiques ou de technologies développées par ces dernières. Mazzucato montre en effet comment Apple a alors pu « concentrer son ingéniosité non sur le développement de nouvelles technologies et de nouveaux composants, mais sur leur intégration dans une architecture innovante » (p. 99).

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05

Comment générer la « révolution verte » ?

Prenant acte de l’urgence environnementale, Mazzucato traite dans deux chapitres du rôle que les processus innovants pourraient jouer afin d’amorcer une « révolution verte ». La différence entre le secteur de l’environnement et celui des TIC est que les processus d’innovation dans le premier doivent tenir compte des infrastructures d’ores et déjà existantes. L’énergie est un secteur qu’il convient de transformer. Étant donné la nature du problème environnemental, l’auteur plaide pour une action volontariste de l’État, qui doit agir sur le côté offre tout autant que sur le côté demande du marché de l’énergie, tout en impliquant les acteurs aux échelles globale, nationale et locale.

Elle mène alors une étude comparée des stratégies poursuivies par le Royaume-Uni, l’Allemagne, les États-Unis et la Chine. La stratégie de planification chinoise à long terme lui semble idoine afin de permettre aux entreprises du secteur des énergies renouvelables de se développer de manière saine et progressive.

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06

Conclusion

L’auteur estime qu’une croissance « intelligente, inclusive et soutenable » n’adviendra pas d’elle-même ». Il importe donc de bâtir l’État entrepreneurial nécessaire à son émergence. Changer la dynamique à l’égard des interventions étatiques requiert plusieurs mesures. Elle appelle à arrêter de se fonder sur des incitations fiscales au profit de mesures d’intervention directes, proactives et ciblées. L’État doit parvenir à désinciter les investisseurs privés à se retirer d’un processus d’innovation à long terme au nom de la profitabilité à court terme.

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07

Zone critique

Synthétique, claire, répétée et illustrée, la thèse principale du livre est largement convaincante. Ce sont essentiellement les points aveugles qui laissent le lecteur circonspect. Premièrement, en traitant de la question environnementale, Mazzucato fait l’hypothèse implicite, mais sans aucun doute discutable, qu’un capitalisme vert serait soutenable. Deuxièmement, l’auteur ne s’interroge jamais sur les conséquences économiques néfastes ni sur les bouleversements sociaux générés par les processus d’innovation qu’elle décrit. Cette perspective purement économiciste est susceptible de déplaire. Troisièmement, si elle réinterroge le pouvoir économique de l’État dans la relation qui l’unit au privé, elle oublie totalement de questionner le pouvoir politique qu’acquièrent les entreprises au contact des agences publiques.

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08

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – The entrepreneurial State: Debunking public versus private sectors myths, New-York, Public Affairs, 2015.

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