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The Aspirational Investor

The As­pi­ra­tio­nal Investor

Investir selon ses objectifs de vie

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Description

Ashvin Chhabra a passé une bonne partie de sa carrière à gérer l'argent de familles très fortunées, d'abord dans un institut de recherche, puis comme responsable des investissements de Merrill Lynch Wealth Management. Physicien de formation, il connaît par cœur la théorie moderne du portefeuille — celle qu'on enseigne dans toutes les écoles de finance, celle qui a valu un prix Nobel à Harry Markowitz en 1990. Et pourtant, dans son livre paru en 2015, il pose une question toute simple qui met cette théorie en difficulté : pourquoi, en pratique, personne ne l'applique vraiment ?

Son constat de départ, c'est un écart. D'un côté, une théorie élégante qui dit comment répartir son argent pour maximiser le rendement à niveau de risque donné. De l'autre, des gens réels qui gardent trop de cash, qui misent gros sur l'entreprise où ils bossent, qui achètent un appartement par intuition et gardent une petite ligne spéculative « pour voir ». Rien de tout ça n'est optimal au sens des manuels. Mais Chhabra ne conclut pas que les gens ont tort. Il conclut que la théorie a oublié quelque chose : les objectifs de vie.

L'idée du livre tient dans un renversement. Au lieu de commencer par le marché et par une courbe rendement-risque abstraite, on commence par soi — par ce qu'on veut ne jamais perdre, par ce qu'on veut faire fructifier tranquillement, et par ce dont on rêve sans oser le dire. Et l'argent se structure ensuite autour de ces trois choses.

La question que l’on se pose : Pourquoi la théorie financière la plus solide qu'on connaisse ne suffit-elle pas à décider quoi faire de son propre argent ?Ce que l’on va voir : On part de l'impasse d'un portefeuille pensé sans la personne, pour aboutir à une manière de ranger son patrimoine — et de redéfinir ce qu'on appelle risquer.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Le mythe du por­te­feuille optimal

Il faut d'abord comprendre ce que Chhabra attaque, parce qu'il ne s'agit pas d'un truc marginal. La théorie moderne du portefeuille, formulée par Markowitz dès 1952, est probablement l'idée la plus influente de la finance du XXe siècle. Elle dit une chose belle et juste : ne juge jamais un placement isolément, juge-le par sa contribution à l'ensemble. En combinant des actifs qui ne montent pas et ne descendent pas en même temps, on obtient, pour un même rendement espéré, moins de secousses. La diversification n'est pas une prudence de grand-mère, c'est mathématiquement le seul repas gratuit du marché.

De là découle le fameux portefeuille efficient : pour chaque niveau de risque accepté, il existe une allocation qui maximise le rendement attendu. Sur le papier, c'est imparable. On mesure sa tolérance au risque, on trouve son point sur la courbe, on répartit entre actions et obligations en conséquence, et on rééquilibre. Des générations de conseillers ont bâti leur métier là-dessus, et les fonds indiciels à faibles frais en sont l'application la plus honnête.

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02

Chapitre 2 — Une pyramide en trois étages

La proposition centrale de Chhabra s'appelle le Wealth Allocation Framework, et elle tient dans une image : trois poches, empilées comme une pyramide. Chacune répond à un objectif de vie différent, et chacune obéit à ses propres règles. L'erreur classique, selon lui, c'est de traiter tout son argent avec une seule grille. Or on n'attend pas la même chose de ses économies de précaution et de son pari sur l'avenir.

À la base, la poche de sécurité. Son but n'est pas de faire grossir l'argent, mais de garantir qu'on ne tombe jamais. C'est le socle : de quoi vivre quoi qu'il arrive, tenir en cas de coup dur, protéger sa famille. On y met du très liquide, du très sûr, du peu rentable — et c'est le point, justement. On accepte un rendement médiocre en échange d'une quasi-certitude. Cette poche ne doit jamais être exposée aux humeurs du marché, parce que sa fonction est de ne pas bouger quand tout bouge.

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03

Chapitre 3 — Le vrai risque, ce n'est pas la volatilité

Pour que ce cadre tienne, Chhabra doit s'attaquer à un mot que la finance croit avoir réglé : le risque. Dans les manuels, le risque a une définition précise et unique — c'est la volatilité, la mesure statistique de l'amplitude avec laquelle un placement monte et descend. Un actif qui oscille beaucoup est risqué ; un actif calme ne l'est pas. Toute la machinerie de Markowitz repose sur cette équation.

Le problème, c'est qu'elle ne colle pas à ce que les gens vivent réellement. Pour une famille, le vrai risque n'est pas que son portefeuille tremble un trimestre. Le vrai risque, c'est de ne pas pouvoir payer les études des enfants, de devoir vendre sa maison au mauvais moment, de manquer d'argent à la retraite, de rater l'occasion qui aurait changé la trajectoire. Ces risques-là ne se mesurent pas en écart-type. Ils se mesurent par rapport à des objectifs personnels, et deux personnes avec le même portefeuille peuvent en avoir des lectures opposées.

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04

Chapitre 4 — Ce que ça change dans la manière de penser l'argent

Ce que fait Chhabra dépasse la gestion de fortune, et c'est peut-être là que son livre parle à tout le monde, pas seulement à ceux qui ont un patrimoine à trois poches bien remplies. Il opère un renversement de la question de départ. La finance classique demande : comment optimiser un portefeuille ? Lui demande d'abord : qu'est-ce que je veux protéger, maintenir, et accomplir ? L'argent cesse d'être un objet à maximiser pour lui-même et redevient un moyen au service d'objectifs qu'il faut avoir le courage de nommer avant de placer le moindre euro.

Ce déplacement a une conséquence inconfortable. Il rend le travail plus dur, pas plus facile. Tant qu'on reste dans la courbe rendement-risque, on peut déléguer la question à une formule ou à un algorithme. Dès qu'on part des objectifs de vie, on doit répondre soi-même à des questions qu'aucun modèle ne tranche : de combien ai-je besoin pour ne jamais avoir peur ? Qu'est-ce que je vise que je n'atteindrai jamais en suivant sagement le marché ? Suis-je prêt à voir ma poche d'ambition partir en fumée sans que ça touche à ma sécurité ? La finance ne peut pas répondre à ma place, parce que ce sont des questions sur ma vie, pas sur les marchés.

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05

Conclusion

Chhabra ne jette pas la théorie moderne du portefeuille. Il la remet à sa place : un excellent outil pour un seul des trois étages, la poche de marché. Ce qu'il ajoute, c'est le reste de l'édifice — un socle de sécurité qui ne doit jamais trembler, et un sommet d'ambition qu'on assume tout en le coupant du socle. L'écart qu'il pointait au début, entre une théorie parfaite et des gens qui ne l'appliquent pas, se referme quand on comprend que ces gens répondaient à des objectifs que la théorie ignorait.

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