
The accidental billionaires
Facebook côté procès et trahisons
Description
Automne 2003, Harvard. Un étudiant de dix-neuf ans, Mark Zuckerberg, se fait larguer et passe la nuit à coder, une bière à portée de main, pour se venger d'une manière que seul un informaticien peut imaginer. Il siphonne les trombinoscopes des résidences, colle les visages deux par deux, et met le campus au défi de dire laquelle des deux filles est la plus jolie. En quelques heures, le site sature le réseau de l'université. Les serveurs plient. L'administration convoque le gamin. On est loin, très loin, d'une entreprise à des centaines de milliards de dollars.
C'est cette nuit-là que Ben Mezrich choisit comme point de départ de "The Accidental Billionaires", paru en 2009. Son livre ne raconte pas Facebook comme une épopée entrepreneuriale bien lisse. Il le raconte par les coulisses : les rancœurs, les ego de dortoir, les promesses faites entre potes autour d'une table, et surtout la manière dont ces promesses ont fini au tribunal. Le récit s'appuie largement sur la version d'Eduardo Saverin, le premier associé, celui qui a mis l'argent et qui s'est retrouvé dilué jusqu'à disparaître.
Mezrich écrit comme un romancier, il reconstitue des scènes, des dialogues, des états d'âme — et il l'assume. Ce n'est pas un rapport comptable, c'est une version, celle des perdants autant que du gagnant. Aaron Sorkin en tirera "The Social Network" un an plus tard. Reste une question qui traverse tout le bouquin, et qu'aucun jugement n'a vraiment tranchée.
La question que l’on se pose : À qui appartient une idée qu'on a eue à plusieurs, dans une chambre d'étudiant, avant qu'elle ne vaille des milliards ?Ce que l’on va voir : Comment une farce de campus s'est transformée en empire, en laissant sur le carreau ceux qui étaient là au début.
Sommaire
01Chapitre 1 — Un étudiant vexé et un campus qui plante
Le Zuckerberg version Mezrich tient en quelques traits : brillant, socialement décalé, obsédé par l'idée d'exister aux yeux des cercles fermés de Harvard, les fameux final clubs qui trient l'élite depuis des générations. Il code Facemash cette nuit d'automne 2003 moins par ambition que par ressentiment. Le site oppose des photos d'étudiantes et demande de voter. C'est vulgaire, c'est offensant, et ça marche : en quelques heures, des milliers de clics font tomber le réseau du campus.
L'université ne rigole pas. Zuckerberg passe devant le conseil de discipline, écope d'une probation, présente des excuses publiques aux associations féminines et noires d'étudiants. Dans le récit, l'humiliation compte autant que la sanction. Le gamin a montré qu'il pouvait fabriquer, seul, un truc qui aspire l'attention de tout Harvard en une soirée. Le campus le voit désormais, même pour de mauvaises raisons.

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02Chapitre 2 — Une poignée de main sans papier
Pour lancer son propre site, Zuckerberg a besoin d'argent et d'un allié. Il se tourne vers Eduardo Saverin, un étudiant en économie d'origine brésilienne, futé, plutôt argenté, qui a une réputation de fin observateur des marchés. L'accord se fait à la bonne franquette : Saverin met environ mille dollars pour lancer les serveurs, s'occupe du côté business, et devient cofondateur. Zuckerberg garde la main sur le code et la vision. On se serre la main, on ne signe pas grand-chose de solide.
Thefacebook.com ouvre en février 2004. Le principe est simple et redoutable : chacun crée son profil avec sa vraie identité, se relie à ses amis, et le tout reste, au début, cantonné à Harvard. En quelques jours, la moitié des étudiants s'inscrivent. Le succès est immédiat, viral, propre — l'inverse de Facemash. Le site s'étend ensuite à d'autres universités, Columbia, Stanford, Yale, en calquant à chaque fois la logique du club fermé qui obsédait Zuckerberg : on n'entre que si on appartient déjà.

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03Chapitre 3 — Palo Alto, l'argent et l'ami qu'on efface
À l'été 2004, Zuckerberg part en Californie, à Palo Alto, avec une poignée de fidèles. Saverin, lui, reste sur la côte est pour décrocher des stages et chercher de la publicité. Ce déplacement géographique dessine déjà la fracture. À l'ouest, l'énergie de la Silicon Valley, les nuits de code, les investisseurs qui rôdent. À l'est, un cofondateur qui gère les comptes à distance et qui, à un moment, gèle le compte bancaire de la société pour faire pression. Le fossé de vision devient un fossé de confiance.
Entre alors en scène Sean Parker, le cofondateur de Napster, figure de flambeur génial et magnétique. Mezrich en fait le mauvais ange du récit : celui qui souffle à l'oreille de Zuckerberg que Facebook peut devenir immense, qu'il faut lever des fonds sérieux, structurer la boîte comme une vraie entreprise de la Valley. Parker ouvre les portes des investisseurs, dont Peter Thiel, qui injecte un demi-million de dollars à l'automne 2004. L'argent arrive, et avec lui les avocats, les statuts, les tables de capitalisation.

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04Chapitre 4 — Ce qui reste quand on demande à qui appartient l'idée
Ce que le livre de Mezrich met à nu, au-delà des ego, c'est un flou juridique et moral qui colle à toute création numérique : la propriété d'une idée. Un concept de réseau social, en 2003, n'appartient à personne. Il traîne dans l'air du temps, discuté sur plusieurs campus, esquissé dans plusieurs codes. Ce qui a de la valeur, ce n'est pas l'idée nue, c'est le moment où quelqu'un la rend réelle, rapide, irrésistible. Le droit, lui, peine à saisir cette différence entre avoir une intuition et la faire exister.
D'où le vertige des procès Facebook. Les Winklevoss avaient une idée et un projet écrit, mais pas le produit. Saverin avait l'argent et le statut de cofondateur, mais pas la vision qui a fait décoller la boîte. Zuckerberg avait l'exécution et la vitesse, mais il a bâti sur un terrain que d'autres avaient labouré autour de lui. Chacun détenait un morceau de la chose, aucun ne la possédait entière. Les accords à l'amiable ont mis un prix sur ces morceaux sans jamais dire lequel valait le plus.

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05Conclusion
Le livre se referme là où il s'était ouvert : sur un gamin vexé qui code une nuit, sauf qu'entre-temps la farce est devenue un empire et que les amis du début ont été laissés au bord de la route. Mezrich ne rend pas de verdict. Il aligne les versions, celle de Saverin surtout, et laisse le lecteur avec un malaise plutôt qu'avec une morale. Facebook est né d'une trahison, ou de plusieurs — celle des Winklevoss doublés, celle de l'ami dilué — mais aucune n'a jamais été qualifiée comme telle par un tribunal, puisque tout s'est réglé dans le silence acheté des accords à l'amiable.

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