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That's What She Said

That's What She Said

Hommes et femmes au travail, malentendus

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Description

Une réunion. Une femme propose une idée, personne ne relève. Dix minutes plus tard, un homme reformule à peu près la même chose, et la salle acquiesce comme si ça venait de tomber du ciel. La femme, elle, se demande si elle a rêvé. Ce genre de scène, des millions de salariées l'ont vécue sans toujours mettre un mot dessus. Joanne Lipman, ancienne rédactrice en chef adjointe du Wall Street Journal puis rédactrice en chef d'USA Today, en a fait le point de départ d'un livre paru en 2018 : That's What She Said.

Son pari est inhabituel. Plutôt que d'écrire un manifeste sur ce que les femmes devraient changer — parler plus fort, négocier mieux, avoir plus confiance —, Lipman renverse la question. Et si le problème n'était pas les femmes, mais un ensemble de malentendus quotidiens entre hommes et femmes, la plupart involontaires, que personne ne remarque parce qu'ils passent pour la normale ? Des interruptions, des mots interprétés de travers, des signaux envoyés et jamais reçus.

Lipman s'appuie sur des linguistes, des économistes du travail et des expériences de terrain pour montrer que ces frictions ont un coût mesurable, et qu'elles se réparent — pas par la bonne volonté, mais par des ajustements concrets dans la manière dont on organise le travail. C'est un livre écrit pour être lu autant par les hommes que par les femmes, et qui parie que la plupart des hommes ne savent tout simplement pas ce qui se passe.

La question que l’on se pose : Pourquoi des hommes et des femmes de bonne foi, qui travaillent ensemble tous les jours, finissent-ils par se comprendre de travers au point d'en payer le prix professionnel ?Ce que l’on va voir : Comment une chroniqueuse a documenté ces malentendus ordinaires, ce que la science en dit, et où se situent les vrais leviers de correction.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Une chro­ni­queuse du Wall Street Journal découvre l'angle mort

L'histoire de ce livre commence par une prise de conscience personnelle. Joanne Lipman a passé sa carrière dans des rédactions où elle était souvent l'une des rares femmes en position de décision. Elle raconte avoir longtemps cru que le sexisme au travail était une affaire de méchants — des types qui, consciemment, voulaient écarter les femmes. En vieillissant dans le métier, elle comprend que le vrai problème est plus discret : des hommes bien intentionnés, persuadés d'être équitables, qui produisent malgré eux des effets d'exclusion sans jamais s'en apercevoir.

Le déclencheur du livre est venu du terrain. Après avoir écrit des tribunes sur les femmes au travail, Lipman a été inondée de réactions — mais surtout de la part d'hommes, dirigeants ou managers, qui lui disaient la même chose : « On veut bien faire, on ne sait pas comment. » Beaucoup se découvraient des angles morts qu'ils n'avaient jamais soupçonnés. Ce sont ces hommes-là, plus que les militantes déjà convaincues, qui sont devenus le lecteur imaginé du bouquin.

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02

Chapitre 2 — Deux langues qui se croisent sans se comprendre

Le cœur du livre s'appuie sur des décennies de recherche en linguistique du travail, notamment celle de Deborah Tannen, qui a montré dès les années 1990 que les hommes et les femmes sont souvent socialisés à des styles de communication différents. Là où beaucoup d'hommes utilisent le langage pour établir un statut, poser une position, gagner une joute, beaucoup de femmes l'utilisent pour créer du lien, chercher un consensus, inclure. Aucun des deux styles n'est meilleur. Le problème naît quand ils se rencontrent sans traduction.

Prenons l'interruption, qui traverse tout le bouquin. Les études que cite Lipman convergent : en réunion mixte, les femmes sont interrompues nettement plus souvent que les hommes, et par les deux sexes. Une femme qui accepte l'interruption pour ne pas paraître agressive se retrouve à parler moins ; celle qui la refuse passe pour cassante. Le double bind est là — quoi qu'elle fasse, la grille de lecture la pénalise. L'homme qui interrompt, lui, ne se vit pas comme dominateur : il croit juste participer.

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03

Chapitre 3 — Ce que les chiffres disent que les intentions ne voient pas

Lipman refuse de s'en tenir aux anecdotes, parce que les anecdotes se contestent toujours. Elle va donc chercher les expériences qui isolent le biais et le mesurent. La plus célèbre est celle des orchestres américains : à partir des années 1970 et surtout 1980, plusieurs grandes formations ont instauré des auditions derrière un rideau, le candidat jouant sans être vu. L'économiste Claudia Goldin a documenté que ce simple paravent a fait grimper de façon nette la proportion de femmes recrutées. Le talent n'avait pas changé — seule la manière de le percevoir.

Autre registre, même leçon : les études sur les CV identiques. Quand des chercheurs envoient le même dossier sous un prénom masculin et sous un prénom féminin, l'évaluation change. Le candidat « John » est jugé plus compétent, plus digne d'être embauché et payé davantage que la candidate « Jennifer », à qualifications strictement égales — et les femmes évaluatrices ne sont pas plus clémentes que les hommes. Le biais n'est pas une affaire d'hommes contre femmes ; c'est une grille intériorisée par tout le monde.

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04

Chapitre 4 — Réparer le système plutôt que corriger les femmes

Le geste le plus fort du livre est un renversement de charge. Depuis des décennies, l'essentiel des conseils adressés aux femmes leur demande de s'adapter : parler avec plus d'assurance, négocier plus dur, se comporter davantage comme leurs collègues masculins. Lipman considère cette approche comme un cul-de-sac. Elle demande aux victimes du problème de mieux jouer un jeu dont les règles produisent le problème. Corriger les femmes, c'est traiter le symptôme et laisser le mécanisme intact.

Elle propose donc de réoutiller l'organisation elle-même. Des correctifs souvent simples, presque ennuyeux par leur modestie, et c'est justement ce qui les rend crédibles. Instaurer un tour de parole en réunion pour que l'interruption cesse d'être la norme. Anonymiser les candidatures là où c'est possible, sur le modèle du rideau des orchestres. Rendre les grilles salariales transparentes, parce qu'un écart caché ne se corrige jamais. Nommer la règle « pas d'idée reprise sans créditer celle qui l'a formulée d'abord ». Chacun de ces dispositifs retire une part du biais des mains des individus.

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05

Conclusion

Le fil de That's What She Said tient dans une idée têtue : la plupart des inégalités quotidiennes entre hommes et femmes au travail ne viennent pas de méchants, mais de malentendus qui s'accumulent — une idée non entendue, une interruption qui passe, un CV lu différemment selon le prénom. Lipman les documente un par un, chiffres à l'appui, et refuse d'en conclure qu'il faut apprendre aux femmes à mieux se défendre. Elle conclut l'inverse : ce sont les dispositifs qu'il faut changer, pas les personnes.

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