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Couverture de 'Technopoly'

Technopoly

Neil Postman

Les dangers de la technologie non critique

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Description

Notre monde est celui de la Technopoly, c'est-à-dire un monde où l'évolution technique est souveraine.

Loin d'être soumise à la réalisation de nos besoins et de notre émancipation, cette innovation continue, et même accélérée depuis quelques décennies, apparaît dotée d'une autonomie sans précédent. Les institutions sociales qui, autrefois, fixaient un cadre idéologique et moral à l'évolution technique n'en sont plus capables. Avec notre complicité, la culture cède devant la technologie.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Il a fallu plus de quinze ans pour que Technopoly soit traduit en français. Ouvrage critique à cheval entre l'histoire des sciences, des techniques et la sociologie des médias, il est pourtant un livre essentiel pour qui s'intéresse aux implications sociétales et politiques de l'évolution technologique de notre monde. L'émergence planétaire d'Internet et l'invention du Smartphone auraient sans doute convaincu Neil Postman d'élargir le cadre.

Mais qu'est-ce, au juste, que cette Technopoly dans laquelle nous vivons désormais ? Elle est un stade de l'évolution technologique que Neil Postman étudie sur le temps long. Le postulat de départ de son travail peut être formulé ainsi : ce n'est pas la nature des inventions qui fait passer l'humanité d'un stade à l'autre, c'est la réussite ou l'échec des moyens de contrôle des conséquences de ces évolutions.

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02

De la ci­vi­li­sa­tion de l'outil à la tech­no­cra­tie

La perspective historique est essentielle à la démonstration que fait Neil Postman quant à l'évolution de nos rapports avec la technique. Il en distingue trois stades : la civilisation de l'outil, la technocratie et la Technopoly. Ces stades, bien que marqués par certaines inventions majeures, sont davantage caractérisés par l'insertion sociale des évolutions techniques dans un continuum idéologique et moral que par ces évolutions elles-mêmes. Le premier stade défini par Neil Postman est celui de la « civilisation de l'outil », rare dans le monde actuel mais commun à l'ensemble de l'humanité jusqu'au XVIIe siècle. Dans une civilisation de l'outil, la technique remplit deux fonctions : apporter une solution à des problèmes urgents et matériels ; et « favoriser l'essor du monde symbolique » (p. 38) par l'architecture, l'art, ou encore l'invention de l'horloge mécanique qui va jouer un rôle important dans la ritualisation de la vie religieuse.

L'outil, ici, n'induit pas de changements idéologiques et toute technique est soumise à l'univers socio-symbolique qui pré-existe à son invention. En d'autres termes, l'appareil moral et idéologique des civilisations de l'outil exerce un contrôle étroit sur l'évolution technique (Postman évoque un projet de sous-marin par Léonard de Vinci et soigneusement demeuré secret car risquant d'offenser Dieu). Certaines évolutions peuvent, cependant, échapper à ce contrôle et induire des bouleversements plus ou moins importants.

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03

L'émergence de la Technopoly

Le passage de la civilisation de l'outil à la technocratie est une révolution irréversible. La technocratie est caractérisée par l'émergence de l'idéologie du progrès qui « a nécessairement affaibli nos liens avec la tradition – qu'elle soit politique ou religieuse ». En réalité, les innovations techniques qui s'enchaînent dans la technocratie – et qui concerne tant des inventions (le télégraphe, la machine à vapeur) que de nouvelles idéologies (introduction du travail à la chaîne, remplacement des travailleurs qualifiés par des ouvriers dont le rôle consiste à surveiller les machines) – sont en conflit avec les vieilles traditions qui limitent, même faiblement, les aspirations de la société industrielle.

Mais ils cohabitent encore. Il est encore possible de croire que la technique sert l'émancipation et le progrès de l’humanité, qu'elle améliore les conditions de l'existence et du vivre ensemble. C'est ce qui change avec la Technopoly qui, elle, rend obsolète les anciens systèmes symboliques d'explication du monde.

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04

L'échec de la culture

La Technopoly détruit la culture et inverse donc le rapport hommes/techniques en subordonnant l'intérêt des premiers à l'évolution des secondes. Elle porte un coup fatal aux anciennes traditions (en termes de récits cosmologiques comme d'institutions de contrôle moral de l'activité humaine) qui agissaient comme une contrainte empêchant l'émergence du règne de la technique. Pour remplacer la tradition, la Technopoly place l'information au centre de son système symbolique. Neil Postman parle ainsi de « chaos informationnel » (p. 74) pour décrire un monde qui nous est désormais « quasiment incompréhensible » (p. 72). L'information telle qu'elle est produite et nous parvient dans la Technopoly rejoint l'ensemble de toutes ces innovations techniques qui ne répondent à aucun autre impératif que celui de la technique elle-même. Certes, une partie de l'information est importante. Mais, elle doit être absolument contrôlée.

Son histoire, d'ailleurs, est inséparable de celles de ses moyens de contrôle : dès l'invention de l'imprimerie, on tenta de prendre en charge une crise de l'information. C'est à cette crise que répond, selon l'auteur, l'invention des normes typographiques (comme la numérotation des pages ou le découpage en paragraphe qui rendaient plus précis l'information contenue dans les livres), mais aussi de l'école moderne et des programmes scolaires censés organiser le flux incessant d'informations.

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05

Science et scientisme

Le « chaos informationnel » n'est pas le seul responsable du déclin des mécanismes de défense que représente la culture face à la Technopoly. En effet, la place tenue par la science est aussi quelque chose qu'il convient d'interroger. Nous savons à quel point les découvertes scientifiques ont, dans les sociétés technocratiques, mis à mal les grands récits autrefois portés par la religion. Neil Postman n'est pas un défenseur aveugle des traditions. Néanmoins, il affirme la nécessité de s'interroger sur les capacités effectives de la science à remplacer ces récits. En réalité, ce qu'il déplore ne relève pas tant de la science elle-même que de ce qu'il nomme le « scientisme » qui, lui, est un appareil idéologique qui structure et consolide la Technopoly. Le scientisme consiste à étendre les principes de la science au-delà de ce qu'elle est, c'est-à-dire « une forme particulière de l'intelligence humaine » (p. 207) à laquelle il convient de ne pas attribuer une vocation explicative totale et définitive.

Dans cette perspective, Neil Postman critique la manière dont les sciences humaines et sociales sont parfois considérées comme aptes à formuler, sur le comportement humain, des vérités objectives, d'autant que nous les appliquons souvent dans la croyance qu'elles « peuvent être utilisées pour organiser la société sur une base rationnelle » (p. 162).

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06

Conclusion

Dans Technopoly, Neil Postman analyse les conséquences de l'évolution technique. L’originalité de sa démarche tient à sa critique de l'idée de progrès ainsi qu'à la manière dont il inverse la perspective. Plutôt que de considérer que c'est l'innovation qui détermine l'histoire du progrès technique, il considère celui-ci sous l'angle de son contrôle social. En d'autres termes, ce qui fait le passage de la civilisation de l'outil, où la technique est au service des hommes, à la Technopoly, où l'homme est au service de la technique, ce n'est pas la technique en elle-même mais la réussite ou l'échec des mécanismes de son contrôle.

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07

Zone critique

Si l'on adopte un point de vue scientiste et « technophile », l'ouvrage de Neil Postman prendra vite des allures de conservatisme. Face à ce qu'il considérait comme la « destruction de la culture », il aurait sans doute accepté volontiers cette désignation. Technopoly présente, quoi qu'il en soit, un intérêt majeur : celui de nous interroger sur les implications d'une course effrénée vers le progrès technologique.

Selon Neil Postman, nous sommes trop souvent aveuglés par l'innovation que représente l'avancée technique, sans nous arrêter sur ce que ces nouveautés détruisent au passage. Le règne de la technique, qu'il désigne comme l'avènement de la Technopoly, entraîne selon lui la chute des mécanismes culturels traditionnels qui devraient assurer la protection des individus et maintenir, pour l'action humaine, un cadre moral. Son point de vue, alors que la valorisation de tout progrès technique est encore de mise, vaut assurément la peine d'être défendu.

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08

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé –Technopoly : Comment la technologie détruit la culture, Paris, L'Échappée, 2019.

Du même auteur – Se distraire à en mourir, Paris, Ed. Nova, 2010.

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