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Couverture de 'Sur la television'

Sur la télévision

Pierre Bourdieu

Analyse des médias télévisés

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Description

À la fin des années 1990, Pierre Bourdieu entreprend, avec le concours du Collège de France, de téléviser deux leçons « sur la télévision ».

Dans cet ouvrage, basé sur une série de conférences, Bourdieu examine la manière dont la télévision influence la formation de l'opinion publique, façonne la perception de la réalité et exerce un pouvoir considérable sur le champ politique et social.

Bourdieu met en lumière les mécanismes internes du monde télévisuel, notamment la logique de l'audimat, qui privilégie le sensationnalisme et le divertissement au détriment de l'information et de la réflexion critique. Il analyse également comment la télévision contribue à la reproduction des hiérarchies sociales et culturelles, en imposant une vision du monde conforme aux intérêts des élites économiques et politiques.

L'approche critique de Bourdieu offre des clés de compréhension pour décrypter les enjeux de pouvoir et les stratégies de manipulation à l'œuvre dans le paysage médiatique contemporain.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Sur la télévision est la transcription de deux leçons télévisées prononcées par Pierre Bourdieu en 1996.

Ce petit livre témoigne à la fois de l’intérêt porté par Pierre Bourdieu à la sociologie des médias et de son désir, de plus en plus fort à la fin de sa vie, de s’engager publiquement. Contrairement à la grande majorité de ses ouvrages, Sur la télévision ne s’appuie pas sur une enquête sociologique, mais est principalement construit à partir des remarques personnelles de l’auteur, parfois de sa propre expérience médiatique.

Non content de régler ses comptes avec la télévision, Pierre Bourdieu développe dans ce cours une analyse des structures de production de l’information. Ses réflexions peuvent facilement être étendues au journalisme dans son ensemble, champ de production dont il dénonce l’assouvissement au règne de l’audimat. Plus encore, écrire Sur la télévision est pour Pierre Bourdieu l’occasion de sonner l’alarme face à l’influence de la télévision sur l’intégralité de la vie culturelle et sur la diffusion démocratique de l’information.

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02

Du fait divers au « fait qui fait diversion »

L’approche de Pierre Bourdieu sur la télévision est indubitablement critique.

S’il entreprend de discuter de la télévision comme d’un espace indépendant, ce qu’il nomme un « champ », la question est, tout au long du texte, entremêlée avec celle du journalisme. Ce point de vue, qui peut paraître étrange au regard de l’état actuel de la télévision, est plus logique dans les années 1990. La télévision, en effet, n’a alors pas encore connu la révolution que vont constituer l’apparition de dizaines de chaînes supplémentaires ou encore celle de la télé-réalité.

De ce fait, Pierre Bourdieu envisage la télévision comme un média d’information, qui du moins pourrait (devrait ?) avoir vocation à informer démocratiquement. Or, pour lui, la télévision ne permet pas l’information démocratique, mais opère plutôt par censure.

La censure dont parle Bourdieu consiste à mettre en avant un ensemble de programmes vides de sens aux dépends du traitement de sujets importants. C’est, pour lui, l’intérêt des faits divers. Ces faits divers sont, pour Bourdieu, des « faits qui font diversion » (p. 16). En effet, si l’on sait la valeur du temps à la télévision, on ne peut, selon Bourdieu, penser que les faits divers ne remplissent pas une fonction essentielle.

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03

La télévision et la pensée de l’urgence

Pour Bourdieu, l’audimat est la clef de voûte de la télévision.

En devenant le principal indicateur du succès d’une production télévisuelle, il impose une structuration qui s’oppose aux principes de l’information efficace et démocratique. Selon lui, l’audimat compte parmi ses principaux effets celui de faire entrer l’information « dans la pression de l’urgence » (p 28).

La concurrence entre les producteurs de l’information prend, en effet, la forme d’une course contre le temps, une course au scoop. Elle a, bien sûr, pour effet d’annihiler une certaine prudence face à l’information pourtant primordiale du point de vue de la déontologie journalistique.

Mais elle est plus forte encore en ce qui concerne les analyses dans la mesure où, pour Bourdieu, urgence et pensée s’opposent. Il faut, pourtant, que la télévision expose rapidement une pensée sur des faits récents, encore chauds, d’où la diffusion de ce que

Bourdieu appelle les « fast foods culturels » (p.31), ces émissions de débats dont la plupart mettent apparemment en joute des invités qui, en réalité, appartiennent à « un monde clos d’inter-connaissance qui fonctionne dans une logique d’auto-renforcement permanent » (p. 32).

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04

Application du concept de « champ » à la télévision

Bourdieu applique à la télévision l’un de ses principaux concepts, celui de champ. Pour lui, un champ est « un espace social structuré, un champ de forces – il y a des dominants et des dominés, il y a des rapports constants, permanents, d’inégalité qui s’exercent à l’intérieur de cet espace » (p. 46).

Pour Bourdieu, le concept de champ est primordial parce qu’il permet de penser comment tous les éléments liés à la télévision se développent par le jeu des relations qu’ils entretiennent tous ensemble. Pour lui, il est impossible de comprendre ce que fait un individu si on ne le resitue pas systématiquement dans son champ et que, donc, on ne tente pas de le comparer aux autres agents, semblables et différents, du même champ. Par exemple, il va de soi pour lui que l’identité d’une chaîne et les choix qui sont opérés en elle ne peuvent être compris qu’à condition de l’étudier en la mettant en relation avec les actions et les identités d’autres chaînes. Aussi, chacun, qu’il soit dominé ou dominant, évolue dans un champ en fonction des autres.

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05

L’influence de la télévision sur les autres champs

L’utilisation du concept de champ, utile pour analyser simultanément l’intégralité des acteurs d’un domaine précis de la vie sociale, ne doit toutefois pas conduire à considérer les différents espaces sociaux comme étant absolument indépendants les uns des autres.

Au contraire, Bourdieu est très attentif aux entrelacements des différents champs. Pour présenter l’idée d’un champ autonome, il prend souvent l’exemple des mathématiques. Le champ des mathématiques est dit « autonome » parce qu’il ne subit l’influence d’aucun agent extérieur et parce qu’aucun critère extérieur ne pourrait venir remplacer les critères qui servent traditionnellement à juger de la qualité des productions du champ. La télévision, à l’inverse, est un champ particulièrement ouvert.

C’est d’abord le champ économique qui exerce une influence sur la télévision. En effet, contrairement aux mathématiques, la télévision n’est pas un champ autonome dans la mesure où sa principale unité d’évaluation lui est extérieure. Pour Bourdieu, l’influence du champ économique se manifeste par la manière avec laquelle « la logique de la démagogie – celle de l’audimat – se substitue à la logique de la critique interne. » (p. 67).

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06

Conclusion

Sur la télévision constitue l’application au domaine des médias des principaux éléments de la sociologie bourdieusienne.

La télévision y est abordée sous l’angle des structures invisibles qui régissent son fonctionnement. Elle est analysée comme un champ, c’est-à-dire comme un espace social structuré qui rassemble tous ceux qui, par leur activité, sont soumis aux mêmes principes dont ils assurent, consciemment ou non, la reproduction. Le champ télévisuel, dans lequel on trouve dominants et dominés, est donc présenté comme faisant peser ses logiques sur l’ensemble de ceux qui se trouvent dans son univers.

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07

Zone critique

Bien qu’exposant une vision tout à fait originale et pertinente de la manière dont se structure la télévision, cette leçon de Pierre Bourdieu comporte au moins trois défauts majeurs.

D’abord, l’étude est bien entendu extrêmement datée et bien que de nombreux principes, disons « structurant » pour reprendre un peu le point de vue de Bourdieu, soient toujours valables aujourd’hui, la télévision a connu de profondes mutations.

Deuxièmement, et cette fois à la charge de Bourdieu, Sur la télévision témoigne de son entrée dans la dernière période de sa carrière, faite d’un engagement public plus important. Et si son engagement est l’une des raisons de sa popularité, il ne s’accompagne pas moins d’une baisse logique de rigueur scientifique. En bien des aspects, Sur la télévision n’est que l’application de la sociologie bourdieusienne à un nouveau domaine qui, tout en donnant parfois lieu à des analyses tranchantes et passionnantes, n’alimente plus en retour le travail conceptuel mené par le sociologue.

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08

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé

– Sur la télévision, Paris, Raisons d'agir éditions, 1996.

Ouvrages de Pierre Bourdieu :

– La distinction. Critique sociale du jugement, Paris, Les Éditions de Minuit, 1979. – Questions de sociologie, Paris, Les Éditions de Minuit, coll « Documents », 1980. – Contre-feux, Propos pour servir à la résistance contre l’invasion néo-libérale, Paris, Liber-Raisons d’agir, 1998. – Avec Jean-Claude Passeron, La reproduction : Éléments d’une théorie du système d’enseignement, Les Éditions de Minuit, coll. « Le sens commun », 1970. – Le sens pratique, Les éditions de minuit, collection Le sens commun, 1980.

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