
Sur la photographie
L'art et la signification de la photographie
Description
« Écrire sur la photographie, c’est écrire sur le monde. » Cette citation de Susan Sontag en dit long sur l’ambition de cet ouvrage devenu culte.
Considéré comme l’un des écrits analytiques les plus importants consacrés à la photographie, il engage une réflexion poussée sur le sens et la vie des photographies. L’avènement de la photographie a définitivement changé notre relation à l’image et notre manière d’appréhender le temps. Les photographes se sont mis à collectionner le monde, nous dévoilant une réalité jusque-là cachée.
Sommaire
01Introduction
Publié en 1977, cet ouvrage réunit six essais écrits par Susan Sontag à partir de 1973 initialement parus dans The New York Review of Books. Comme son titre l’indique, il y est question de réflexions sur la photographie menées par l’auteure sur plusieurs années. Celles-ci ont eu une grande influence sur la pensée photographique.
Susan Sontag se penche sur la nature de ces images à l’origine de problèmes esthétiques et moraux qui se situent au cœur même de nos sociétés modernes. Elle analyse l’activité photographique depuis ses débuts, nous entraînant dans la grande aventure humaine, sociale, artistique, esthétique et technologique qu’elle représente. Des États-Unis à l’Europe, elle aborde les créations des grands noms qui ont laissé leur empreinte : de Fox Talbot à Henri Cartier-Bresson, en passant par Alfred Stieglitz, Diane Arbus, Eugène Atget, Edward Weston ou Nadar.

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02L’entreprise photographique
Depuis 1839, date de l’invention de la photographie, son développement s’est avéré exponentiel, imposant un nouveau rapport au monde. En effet, rien dans le monde n’échappe à la photographie. Nouveau code visuel, celle-ci est devenue un objet que l’on peut transporter, stocker et collectionner. Comme le souligne Susan Sontag, « Collectionner des photographies, c’est collectionner le monde » (p.16). Photographier, c’est explorer le monde et le reproduire.
C’est s’approprier l’objet photographié, entretenir un rapport de savoir et de pouvoir avec le monde. Si dans les premiers temps le photographe était considéré comme un simple observateur qui laissait l’appareil voir, intervenir et créer des images impersonnelles, très rapidement la présence d’un « regard photographique » s’imposa. Car les photos ne se contentent pas d’enregistrer le monde, elles l’interprètent. Cette nouvelle façon de voir souligne la capacité de chacun à découvrir la beauté dans tout ce qui l’entoure. Les photos, notamment celles à vocation utilitaire ou documentaire, sont de véritables sources d’information. Lorsqu’elles se mettront à utiliser le livre comme support, elles s’assureront longévité et immortalité.

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03Le (sur)réalisme photographique
Non seulement la photographie reproduit la réalité, mais elle est la réalité. Elle reproduit et recycle le réel. Sa vocation est liée à son attachement au réalisme. Pour Berenice Abbott le réalisme est l’essence même de la photographie.
Ainsi, elle peut s’accommoder de tout style et de tout sujet. Elle « nous montre la réalité comme nous ne la voyions pas auparavant » (p.166). L’appareil photo nous révèle une réalité cachée. Le réalisme photographique se définit par rapport à ce que l’on perçoit « réellement » et non plus par rapport à ce qui est « réellement ». Les photos deviennent des traces du réel, elles n’en sont pas seulement une interprétation et une image. En emprisonnant une réalité inaccessible et périssable, elles la prolongent et sont ainsi capables de s’y substituer. Si l’on ne peut pas posséder la réalité, on peut néanmoins posséder des images. La photographie a fait du monde un grand magasin ou un musée à ciel ouvert, et les gens se sont mis à consommer de la réalité.

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04La beauté
Les images idéalisées des premiers temps de la photographie ont fait découvrir la beauté : une photo était belle si elle provenait de quelque chose de beau. Mais les photographes se sont rapidement aperçus que si les photos créent la beauté, dans le même temps elles l’épuisent.
C’est ainsi qu’aux alentours de 1915-1920, succède une autre conception de la « belle » photo. Celle qui s’intéresse aux sujets ordinaires, ternes et insipides. Ce nouveau regard a modifié les définitions de la beauté et de la laideur en adéquation avec les revendications de Walt Whitman qui proposait de dépasser les différences entre le beau et le laid, de généraliser la beauté plutôt que de l’abolir.
En 1915, la photographie d’Edward Steichen représentant une bouteille de lait dans l’escalier d’un immeuble populaire en reste une des premières illustrations. Mais à partir de la Seconde Guerre mondiale, pour nombre de photographes américains, ce précepte semble érodé : « Quand vous photographiez des nains, vous n’obtenez pas la majesté et la beauté. Vous obtenez des nains » (p.50). Le programme de Whitman, dont la volonté était bien d’unir l’artiste à la nation, connut un dernier sursaut lors de l’exposition « La Famille humaine », en 1955. Réunissant 503 photos de 273 photographes de 68 pays, elle avait l’ambition de prouver que l’humanité est « une » et que tous les êtres humains sont beaux à voir.

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05La photographie est-elle un art ?
À ses débuts, la photographie n’avait pas de véritable fonction sociale, elle demeurait une activité gratuite et artistique alors même qu’elle ne se définissait pas en tant qu’art.
Pour cela, il faudra attendre son industrialisation. La relation entre photographie et art a toujours été au centre de nombreux débats. Mais selon Susan Sontag, cette question n’est qu’un leurre, car la photographie est désormais totalement intégrée à l’art moderne. Elle tient d’ailleurs à rappeler qu’au départ celle-ci était avant tout, au même titre que le langage, un matériau à partir duquel se créaient des œuvres d’art.
Cependant la question s’est longtemps posée de savoir si la photographie pouvait prendre place parmi les beaux-arts ou si elle n’était pas qu’une simple technique, un instrument de la science ou un commerce. En effet, l’activité photographique est généralement identifiée en deux catégories : d’un côté la photographie documentaire, de l’autre la photographie artistique. La même distinction est couramment établie entre la photographie professionnelle et la photographie amateur. Mais c’est surtout son entrée au musée qui a marqué sa véritable consécration artistique. Dès lors, conservateurs et historiens se sont mis à la considérer. Elle a fait l’objet d’expositions y compris dans les galeries. Et cette reconnaissance n’a fait qu’accélérer le processus de la valorisation de ses œuvres.

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06L’image et le rapport au temps
En tant que réalités matérielles, les images photographiques agissent sur notre rapport au temps. Les sociétés modernes produisent et consomment des images. Les images ont le pouvoir d’anesthésier et de paralyser. Ainsi, un événement que l’on découvre à travers des photos peut provoquer un choc et lui conférer un surcroît de réalité. Susan Sontag confie avoir vécu une telle expérience le jour où elle vit les photographies de Bergen-Belsen et de Dachau pour la première fois.
Mais si nous regardons souvent ces images alors l’événement perd de sa réalité. Dès 1843, Feuerbach annonçait que son époque préférait l’image à la chose, la copie à l’original, le paraître à l’être. L’image demeure également une histoire de culture. Alors que dans les sociétés occidentales la photographie est liée à un mode de vision discontinue, en Chine elle ne peut avoir un lien qu’avec la continuité. Ainsi, les sujets photographiés doivent être convenables ainsi que les façons de photographier doivent l’être.

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07Conclusion
Platon s’était déjà penché sur le pouvoir de l’image et c’est donc tout naturellement que Susan Sontag entraîne son lecteur « Dans la caverne de Platon » dès le premier essai de son livre. Elle aussi s’interroge sur la relation que les images entretiennent avec la réalité. Une relation inaltérable et fragile à la fois. Et en examinant de plus près la vocation de la photographie, elle analyse la relation que l’homme entretient avec cette dernière.

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08Zone critique
Si les essais regroupés ici témoignent initialement des réflexions personnelles de son auteure, le lecteur prend très rapidement conscience de leur portée universelle et de leur écho historique.
Une des grandes forces de cet ouvrage consiste à interroger chacun sur l’avenir de la photographie. Avec désormais plus de quarante ans de recul, cet avenir appartient déjà presque à notre passé et il nous est tout à fait possible d’envisager l’impact des nouvelles technologies numériques sur le champ photographique. À ce titre l’ouvrage d’Edmond Couchot et de Norbert Hillaire, L’Art numérique (2003), largement consacré à l’image semble être un bon complément pour parfaire cette approche.

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Susan Sontag, Sur la photographie – Œuvres complètes I, Paris, Christian Bourgois, coll. « Titres », 2008 [1977 aux États-Unis].
Ouvrages de même auteure – Notes on « Camp », New York, Partisan Review, 1964. – En Amérique, Paris, Christian Bourgois, 2000. [1999 aux États-Unis] – Renaître : journaux et carnets (1947-1963), Paris, Christian Bourgois, 2010.

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