
Stalingrad 1942
La bataille-clé de la Seconde Guerre mondiale
Description
Le Stalingrad de Werth est un des livres les plus clairs et les plus denses qui existent au sujet de la bataille-clé de la Seconde Guerre mondiale.
Fin connaisseur de la langue et de la culture russe, l’auteur a couvert l’événement. Il dépeint à la fois la situation à l’arrière, le déroulement des opérations, de juillet 1942 à février 1943, le moral des troupes et du haut-commandement soviétique, l’influence de la bataille sur la situation intérieure et extérieure de l’URSS, et livre une description de la ville libérée et des portraits de combattants qui resteront dans les annales.
Sommaire
01Introduction
1941. L’Europe est soumise à Adolf Hitler. Rien ne semble pouvoir lui résister, surtout pas cette URSS qu’il méprise doublement, puisqu’elle est dirigée par des communistes et qu’elle est peuplée de sous-hommes .
Dès le 22 juin, il lance près de trois millions de soldats, dotés de l’armement le plus moderne, à l’assaut. But : détruire et asservir l’URSS. Dans un premier temps, les armées soviétiques essuient défaites sur défaites, reculant jusqu’aux portes de Moscou, de Léningrad et de Stalingrad. Maîtres de cette importante ville industrielle, les Allemands domineraient le Caucase, les champs pétrolifères de Grozny et Bakou et les plaines céréalières du Kouban, privant les Russes de leurs approvisionnements. Ce serait la fin. Le monde serait livré à la barbarie nazie. Unanime, le peuple russe ne pense plus qu’à une chose : arrêter la Wehrmacht. Le plan du Kremlin est le suivant : (1) empêtrer la machine de guerre allemande dans une forme inédite de guérilla urbaine, (2) dans le plus grand secret, préparer une manœuvre d’encerclement, (3) libérer le Caucase et l’Ukraine, (4) foncer sur Berlin.

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02On ne recule plus
Une des grandes qualités du récit de Werth, c’est de nous donner à comprendre la mentalité soviétique à l’époque de Stalingrad. Les Russes savent que, s’ils perdent, le pays sera livré aux nazis, qui ne promettent qu’atrocités. Car le plan d’Hitler est simple : il s’agit d’exterminer les indésirables (Russes, Juifs, communistes…), et de réduire le reste en esclavage. On promet, des lettres de soldats allemands saisis par l’Armée rouge et citées par Werth en témoignent, deux ou trois serviteurs slaves par Allemand. C’est donc, pour les Russes, une lutte pour la survie.
Tous les Soviétiques savent que leur armée ne peut plus se permettre de reculer. Ce serait l’effondrement. On fait taire les dissensions internes. Staline organise la réconciliation du régime avec l’église orthodoxe , rétablit les épaulettes, la discipline traditionnelle et ranime le culte des grands héros nationaux d’avant le régime communiste. Le peuple s’unit autour du Parti communiste, dont les effectifs croissent par millions. À l’arrière, dans l’Oural et au-delà, on reconstruit à la hâte les innombrables usines qui avaient été démontées lors de la retraite , on conçoit de nouveaux tanks et de nouvelles armes, telle la fameuse Katioucha , et on travaille sans relâche. Les combattants de Stalingrad, eux, reçoivent l’ordre impérieux de ne reculer à aucun prix. La population de la ville a été largement évacuée, mais pas complètement. Le pouvoir, pour frapper les esprits, veut que Stalingrad vive. Ainsi, durant toute la bataille, l’usine de tracteur continuera de fonctionner, réparant les tanks sous le feu ennemi.

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03Détruire l’envahisseur
Le plan des Allemands : prendre la ville en tenaille, en attaquant simultanément par le sud et par le nord.
Pour cela, ils lancent offensives sur offensives, alignant, pour chacune d’entre elles, pas moins de dix divisions et cinq cent blindés appuyés par une aviation totalement maîtresse du ciel et qui largua sur Stalingrad la bagatelle de cent mille tonnes de bombes.
Ainsi, malgré le courage d’une poignée de défenseurs , la Wehrmacht avançait, quartier après quartier, dans une ville littéralement en feu, acculant les Russes à la Volga et bombardant sans relâche les bateaux qui tentaient de traverser la Volga pour alimenter les combattants. Imbus de leur force et ne voyant aucun renfort venir au secours des assiégés, les Allemands étaient persuadés que leurs adversaires étaient à bout de course. Erreur fatale.

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04Dans les ruines fumantes de Stalingrad
Certains d’être bientôt dégagés par leurs compatriotes, les troupes de Paulus se battirent férocement. Mais, désormais, c’est les Russes qui avaient le dessus, non seulement sur le plan stratégique, mais encore en termes de vêtements, de nourriture, de munitions, de moral et de mobilité.
Impossible pour les Allemands de ravitailler la VIe armée : leurs avions étaient systématiquement abattus. Bientôt, manquant de tout, les soldats du Führer se mirent à manger des chats, des chiens, du cheval gelé. Il faisait moins trente, moins quarante, et ils n’avaient pas de vêtements chauds. Terrés dans des caves, ils ne sortaient plus que la nuit, hirsutes, sales, dégoûtants, estropiés. Eux, naguère si arrogants, eux qui avaient littéralement mis à sac le pays, rasant les villages au nom de la supériorité raciale, les voici qui étaient réduits à une vie tout à fait bestiale. Les Russes, s’ils avaient parfois quelque compassion pour les soldats roumains ou italiens, n’en avaient aucune pour les représentants de la race des Seigneurs. Ils étaient heureux, reconnaissants au destin. Un soir, Staline annonça à la radio qu’on serait à Berlin avant la fin de l’année.

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05Conclusion. Un tournant stratégique, tactique et politique
En somme, on l’a dit et répété, Stalingrad fut indéniablement le tournant de la guerre.
Aucune surprise de ce point de vue à la lecture du livre de Werth, plutôt une compréhension en profondeur de ce que cela signifie vraiment. Tout d’abord, que la tactique de la guerre éclair, fondée sur la rapidité motorisée et les grandes manœuvres en terrain plat sillonné de routes en bon état, est totalement mise en échec par le choix délibéré, imposé par les Soviétiques, de combattre dans la ville même, puis d’interdire à l’adversaire, que l’on attaque en plusieurs points simultanément, de regrouper ses forces.

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06Zone critique
Écrit à chaud juste après la guerre par un homme dont les sympathies allaient naturellement à la Russie, la patrie de ses pères, le livre d’Alexander Werth brille par les descriptions, les rencontres et les portraits de personnages historiques comme von Arnim, particulièrement dégoûtant, le général Tchouïkov ou de nombreux simples soldats ; il éblouit encore par la description de Stalingrad libéré et ravagé, et par ce crépuscule étonnant, ce ciel bleu, blanc et rouge, qui semble, sous la plume de l’auteur des Derniers Jours de Paris, comme le baiser de la France écrasée sur le front de la Russie libératrice. Surtout, il sait rendre, car il a le don de l’empathie, l’atmosphère qui régnait en URSS en cette fin de 1942, quand le destin du monde était entre les mains des Russes et après la bataille, quand le nom de Staline, aujourd’hui synonyme de crime, signifiait victoire et liberté.
Toutefois, c’est indubitablement ce qu’on appelle un livre à charge, en noir et blanc. Une eau-forte. Les Allemands sont mauvais, pleins de péchés, de crimes, tout dévorés d’orgueil et de suffisance. Les Soviétiques sont aimables, forts, généreux. Les généraux allemands sont antipathiques, hautains, inhumains, les Soviétiques humains, travailleurs, compétents, humbles. Le combattant soviétique est travailleur, et se dévoue ardemment à la défense de la Patrie, quand l’allemand n’est mu que par de bas instincts de pillard.

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07Pour aller plus loin
Ouvrage recensé
– Alexandre Werth, Stalingrad 1942, Paris, Fayard, 2013.
Du même auteur
– La Russie en guerre, Paris, Tallandier, 2011.
Autres pistes
– Antony Beevor, Stalingrad, Paris, Fallois, 1999. – Grossman Vassili, Vie et Destin, Paris, Paris, L’Âge d’Homme, 1980. – Tchouïkov Vassili, Stalingrad, la bataille du siècle, Paris, éd. du Progrès, 1982. – Nékrassov Viktor, Dans les tranchées de Stalingrad, Paris, Presses de la Cité, 1963.

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