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Couverture de 'Staline'

Staline

Oleg Khlevniuk

Biographie approfondie de Joseph Staline

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Description

"Staline" de Oleg Khlevniuk est une biographie qui offre un regard approfondi sur la vie et le règne de Joseph Staline, le dirigeant de l'Union soviétique de 1924 jusqu'à sa mort en 1953. Oleg Khlevniuk, reconnu comme le plus éminent spécialiste russe du stalinisme et ayant un accès exceptionnel aux archives soviétiques, présente une analyse détaillée des façons de gouverner de Staline, de son entourage et de ses lectures personnelles.

Dans cet ouvrage, Khlevniuk s'éloigne des portraits peu scientifiques fréquemment trouvés dans les librairies russes pour fournir une étude basée sur des preuves documentaires rigoureuses. Il explore la trajectoire politique de Staline, ses méthodes de gouvernance, ainsi que les mécanismes qui ont sous-tendu son pouvoir.

Le livre est le fruit de plus de vingt ans de recherche dédiée à l'étude de Staline et offre une contribution significative à la compréhension de l'un des dirigeants les plus tyranniques et complexes du XXe siècle

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Quand, en 1953, Joseph Djougachvili, fils de paysans pauvres destiné à la prêtrise, meurt, il règne sans partage sur la moitié du monde. Ses successeurs, qui furent ses fervents soutiens, dénoncent le Culte de la personnalité et l’horreur des camps de travail où croupirent jusqu’à 18 millions de personnes.

Depuis, la mémoire de Staline est devenue l’enjeu de violentes luttes idéologiques : certains le comparent à Hitler, voire considèrent qu’il fut pire. Pour d’autres, de plus en plus nombreux en Russie, il incarne la puissance russe et la singularité de la civilisation soviétique. Dans les deux camps, on manipule à dessein les chiffres et les images. Alors, l’ouvrage d’Oleg Khlevniuk arrive à point nommé. L’homme connaît les archives, enseigne à Moscou comme aux États-Unis, collabore à des revues françaises, italiennes, russe ou anglaises. Il est anti-communiste, mais il est russe, ce qui le préserve de certains partis-pris.

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02

Agonie

1er mars 1953, datcha de Kountsevo. Le Guide, seul, git à terre dans une mare d’urine. Il ne répond pas. La crainte qu’il inspire autour de lui est telle, que personne n’ose venir le voir. Surtout, qu’on n’appelle pas de médecins : en effet, Staline, convaincu que ces « blouses blanches » forment le bras armé d’un complot américano-sioniste visant à l’abattre, avait décidé de s’en passer. Alors, les gardes font appel à Molotov, Béria, Khrouchtchev et Boulganine, ce petit cercle de dirigeants que Staline avait mis en place pour contourner les instances officielles, où il craignait d’être mis en minorité.

On finit par appeler les médecins. Diagnostic : artériosclérose en phase terminale. Bientôt, ce fut l’agonie. Quelques instants avant de mourir, le tyran, maître de la plus grande structure sociale que le monde ait porté, ouvrit les yeux. Il eut « un regard terrifiant, celui d’un dément ou d’un homme furieux […] Il leva le bras gauche comme s’il voulait indiquer du doigt quelque chose au-dessus de nous et comme s’il [les] maudissait tous. » Les collaborateurs du Maître respiraient. Aussitôt achevées les funérailles, qui virent Moscou en proie à un « chaos indescriptible » et une centaine de personnes trouver la mort, « écrasées par la foule » hystérique des Soviétiques persuadés de perdre là leur soutien et leur défenseur le plus efficace face à l’Occident et aux accapareurs, ils desserrèrent l’étau. On réhabilita le frère de Kaganovitch et l’épouse de Molotov. On abolit la torture. On libéra la moitié des détenus du Goulag, on stoppa la course aux armements et la guerre de Corée, on se mit à construire des logements. Les paysans, que l’État se résolut enfin à payer correctement, se remirent à produire normalement et les queues devant les magasins se raccourcirent.

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03

Utopie

Car c’est bien de cela qu’il s’agissait. Staline entendait construire la Société idéale.

Sa bibliothèque ne trompe pas : les Œuvres complètes de Platon, le premier communiste, y côtoient celles de Marx et d’Engels, bien sûr, et de l’homme qu’il admire le plus au monde : Lénine.

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04

La terreur

On s’est beaucoup demandé, remarque Khlevniuk, pourquoi Staline s’était acharné contre Trotski . C’est qu’on peut être d’accord sur le but, mais pas sur la méthode. De mœurs policées, Trotski s’est rapidement retrouvé en désaccord avec les façons brutales de son collègue caucasien. Dès l’époque de la guerre civile qui opposa de 1917 à 1922 les partisans de la Révolutions communiste (les Rouges) à ceux de la monarchie et d’un régime parlementaire, soutenus par l’Occident (les Blancs) et qui, avec ses 8 millions de morts « donna en quelque sorte sa marque de fabrique au nouvel État » , les deux révolutionnaires s’opposèrent frontalement.

Alors que Trotski, chef de l’Armée rouge, est victorieux sur tous les fronts, Staline est sur le point de perdre Tsaritsyne, la future Stalingrad. Ce qui est grave, puisque la ville commande l’accès au Caucase et à la Caspienne. Staline, qui « exerçait une autorité pleine et entière » et nourrissait envers les officiers ralliés au bolchevisme des sentiments où la crainte du complot se mêlait au mépris de l’autodidacte pour les « spécialistes », met pour la première fois en œuvre sa méthode de terreur systématique. Il y eut une vague d’arrestation, on tortura et on découvrit un complot. On serra les rangs. L’ennemi reflua. Staline demanda qu’on appliquât cette méthode aux régions voisines, ce que Lénine lui accorda. Finalement, il devait l’étendre à la moitié de l’Europe et de l’Asie, avec un remarquable succès.

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05

Paranoïa

Tactique : « Manœuvrer dans l’ombre pour provoquer une scission, puis se poser en défenseur de l’unité et traiter les opposants de schismatiques . »

Tout d’abord, Trotski : écarté en 1925, déporté en 1928, exilé en 1929. Puis, les déviationnistes de gauche avec qui il avait été allié contre Trotski ; enfin ceux de droite avec qui il avait combattu ceux de gauche. Pragmatique, Staline faisait ses choix en fonction de la situation, avec en ligne de mire la construction du socialisme et comme méthode la guerre de classe. Toujours, en arrière-fond : la peur d’une intervention étrangère.

Car, s’il est une explication à la paranoïa de Staline, c’est bien la crainte que l’Occident ne prépare une offensive contre l’URSS en infestant celle-ci d’espions recrutés parmi les déviationnistes, les trotskistes, la petite-paysannerie aisée et la bourgeoisie. Ainsi s’explique que, tournant le dos à ses alliés de droite, il décide la fin à la NEP et le premier Plan quinquennal. D’une pierre quatre coups : il extermine ses ennemis, construit le socialisme, bâtit l’industrie qui permettra de conduire la guerre et s’assure une grande popularité dans le parti.

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06

Guerre sociale

Contrairement aux attentes des dirigeants soviétiques, l « paradis sur terre » se couvrit de révoltes paysannes, particulièrement dans les zones occidentales, ce qui fit craindre à Staline que la Pologne n’attaque l’URSS de concert avec le Japon. Rien qu’en mars 1930, on recensa 6 500 émeutes qui furent matées à coups de mitrailleuses et de déportations, Staline accusant les révoltés « d’avoir déclaré la guerre au gouvernement soviétique » .

Tandis que le cheptel et la production céréalière s’effondraient, engendrant la mort par famine de six ou sept millions de Soviétiques , le Guide plastronnait : « L’une de nos réussites est d’avoir permis aux masses de paysans pauvres […] de devenir […] des paysans aisés. » Après une courte accalmie , ce fut la purge. En 1936 et 1937, la totalité des dirigeants historiques du Parti fut éliminée au cours de procès truqués : Zinoviev, Kamenev, puis Rykov, Boukharine et Toukhachevski, sans parler de Trotski, qui devait être assassiné en 1940 ni, surtout, de la Grande Terreur qui s’ensuivit, dont on estime qu’elle fit plus de sept cent mille fusillés. Comme le disait Saint-Just : la Révolution mange ses propres enfants. Mais nous sommes ici dans le massacre rationalisé : la chose fut rigoureusement planifiée en une « série d’opérations secrètes » comprenant « des objectifs chiffrés d’exécution et d’internement ».

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07

Koba n’aime que le peuple

Les Juifs ? Suspects de double allégeance depuis qu’Israël a troqué l’alliance soviétique pour l’américaine : qu’ils tremblent. Sa famille ? Il ne l’a pas davantage ménagée que ses peuples. Sa femme s’est suicidée en 1932. Son fils Vassili n’est qu’un « dégénéré », un débauché dont il couvrira les frasques et qu’il nommera à des postes toujours plus élevés sans pour autant jamais le respecter. Sa fille Svetlana ? Elle finira aux États-Unis, détruite. Alexandre Svanidze, son beau-frère : exécuté avec sa femme. Anna Alilouieva, belle-sœur : exécutée. Pavel Alilouiev : suicidé…

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08

Conclusion

Les crimes de Staline sont si nombreux, et ses réalisations si époustouflantes que l’on serait tenté de voir en lui plus qu’un homme. Pour les uns, démon acharné à détruire la Russie traditionnelle, la société paysanne, la religion et la culture bourgeoisie ; pour les autres, Guide suprême qui a fait passé la Russie des ténèbres religieuses à la lumière du marxisme, son peuple de l’esclavage à la liberté, et ses armées de la déroute de 1917 à la victoire totale de 1945. S’il porte tant de contradictions, c’est que Staline a fait entrer la Russie dans l’ère moderne, définitivement, en l’espace de trente ans, là où l’Europe occidentale avait mis plusieurs siècles.

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09

Zone critique

Reste le mystère de la fin. Staline git dans une marre d’urine, seul. On n’appelle pas de médecins. Les historiens, dit Khlevniuk, ne pensent pas qu’il y ait eu complot. Ce n’aurait, en tout cas, certainement pas été l’avis du dictateur, qui, quelques mois avant sa mort, avertissait qu’il s’en tramait un, « commandité par une organisation internationale dirigée par des nationalistes bourgeois juifs travaillant pour les services secrets britanniques et américains ». Pas l’avis non plus de Molotov qui affirme : « Je suis moi aussi d’avis qu’il n’est pas mort de sa propre mort. »

Dans son avant-propos, Oleg Khlevniuk prévient. Son livre est une défense de la vérité historique contre « l’apologie pseudo-scientifique » de Staline à laquelle se livrerait un « nombre impressionnant d’auteurs ». S’appuyant sur les témoignages et les archives, Khlevniuk démontre, non seulement que Staline a indubitablement planifié la plupart des déportations et des exécutions, mais encore qu’il est allé jusqu’à ordonner la fabrication de nombreux faux. Ici, l’historiographie ne peut que lui être redevable. Mais comment expliquer l’immense popularité du dictateur ? Les « citadins […] formaient une couche sociale relativement privilégiée et avaient, […] à la différence des kolkhoziens, […] accès aux soins médicaux, aux infrastructures culturelles et à l’enseignement. »

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10

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Staline, Paris, Belin, 2017.

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