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Couverture de 'Sous culture'

Sous-culture

Dick Hebdige

Analyse des sous-cultures urbaines et de la jeunesse

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Description

C’est à une plongée dans l’univers de ce que la sociologie et l’anthropologie nomment sous-cultures que Dick Hebdige nous invite dans cet ouvrage qui fait référence depuis 1979. Punk, glam-rock, skinhead, teddy boy, mod, beat, rasta… autant de mouvements culturels contestataires des années 1970, issus de la jeunesse britannique.

Comment et pourquoi sont-ils nés dans ce contexte socio-économique ? Que revendiquaient-ils, contre quoi s’élevaient-ils ? Que disent d’eux les styles et signes distinctifs qu’ils adoptaient, vêtements et accessoires, langage, musique, modes de vie…?

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

L’auteur débute son analyse par un personnage central qu’il cite à l’envi tout au long de l’ouvrage : l’écrivain, poète et dramaturge français Jean Genet. Une figure d’homme et d’artiste qui symbolise le mieux, aux yeux du sociologue, ce qu’explorer la transgression veut dire, dans son œuvre comme dans sa vie. Il est ainsi une sous-culture à lui tout seul. Jean Genet exaltait, en effet, la perversion, le mal et l’érotisme grâce à ses personnages ambivalents.

Pour Dick Hebdige, il incarne une figure emblématique de la révolte, avec un style qui symbolise le refus et une violence qui devient une forme d’art. « Tout comme Genet, nous sommes intéressés par les sous-cultures, par les formes et les rituels expressifs de groupes subalternes qui sont tour à tour ignorés, décriés et canonisés, considérés tantôt comme des menaces à l’ordre public, tantôt comme des clowns inoffensifs » (p.6).

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02

Les sous-cultures, une réaction des jeunes générations

Tous ces mouvements culturels très divers, des rastas aux skinheads en passant par les teddy boys ou les mods, ont au moins un point en commun : ils sont issus de la jeunesse désenchantée, vécus comme des instruments de révolte et de confrontation à l’ordre établi, et à la culture de masse hégémonique imposée par la société dans son ensemble, et plus particulièrement par la bourgeoisie. Avec l’apparition de ces sous-cultures se développe ainsi une nouvelle forme de lutte des classes, intergénérationnelle.

« L’auteur de Mythologies [Roland Barthes] s’emploie à dévoiler et à explorer le système normalement occulte de règles, de codes et de conventions à travers lesquels les significations propres à un groupe social spécifique (celui des détenteurs du pouvoir) sont transformées en données universelles pour l’ensemble de la société » (p.12). La culture apparaît comme une forme de représentation de l’idéologie dominante, en contradiction avec une jeunesse désabusée qui ne trouve pas sa place dans la société inégalitaire des années 1970.

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03

L’em­blé­ma­tique mouvement punk

Le mouvement punk est apparu musicalement avec l’émergence du groupe Les Sex Pistols, formé en 1975 et reconnu depuis comme son initiateur. Mais le punk est véritablement né au cœur de Londres lors de l’été caniculaire de 1976, lorsque les critiques musicaux multiplient les articles de presse sur ce mouvement décrit comme dérangeant et malsain. En septembre, un article fait date : lors du festival punk de Soho, une jeune fille devient partiellement aveugle après le jet d’une bouteille de bière. C’est le début d’une longue vague de réactions de panique suscitées par les punks.

Pourtant, ce nouveau mouvement est, à ses débuts, pour le moins protéiforme, son style n’est pas encore défini, reprenant des références à d’autres sous-cultures hétérogènes, voire antinomiques et inconciliables. « On y croisait les échos pailletés de David Bowie et du glitterrock, la rage des groupes protopunks d’outre-Atlantique, le son gras du pub rock londonien inspiré par la sous-culture mod, le revival des années 1940 de Canvey Island, la puissance du rythm and blues du Southend, le beat de la soul britannique des années 1960 et les syncopes du reggae » (p.26). Au fur et à mesure, pourtant, le mouvement punk construit son style en adoptant pour crédo un symbole majeur : le nihilisme. Le punk prend un visage violent, agressif, provoquant : vêtements et accessoires, maquillages, coupes et couleurs des cheveux, postures, musiques et danses.

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04

Le rasta, « père spirituel » des sous-cultures

Le rasta apparaît avec les vagues de migrations successives des Jamaïcains en Angleterre dès les années 1950. Le rasta, c’est un look, une façon d’être, une manière de vivre, une musique (le reggae) issue des populations noires victimes de racisme et revendiquant leur « négritude ». Au fil des ans, des « sous-groupes » de rastas, revêtant des styles bien différents de l’originel, ont vu le jour. C’est la deuxième génération, née sur le sol britannique, qui a unifié le style rasta dans les années 1970.

« Il s’agissait donc d’un rastafarisme à distance, réinterprété et dépouillé de presque toutes ses connotations religieuses originelles : une condensation, une appropriation très sélective de tous les éléments de la culture rasta qui mettaient l’accent sur l’importance de la résistance et de l’identité noires et qui permettaient à l’homme noir et à sa “reine” (la femme jamaïcaine) de se positionner en dehors du champ de l’idéologie dominante blanche » (p.46). Par là même, les jeunes rastas revendiquaient haut et fort leurs origines culturelles, faisant des envieux au sein des jeunes blancs en mal de repères socioculturels.

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05

David Bowie, l’icône incontestée des sous-cultures

Bowie a indéniablement été un précurseur et un modèle. Après des débuts dans les années 1960 où il oscillait entre variété et folk, le début des années 1970 marque un premier tournant radical dans la carrière de cet artiste inclassable. David Bowie se fait connaître en 1972 en incarnant le personnage flamboyant de Ziggy Stardust, costume extravagant et cheveux rouges. Il devient à ce moment-là l’une des figures de proue du courant glam rock, une sous-culture qui naît en 1971 et qui fait du dandysme androgyne excentrique son crédo.

Lorsque le mouvement punk apparaît à son tour, les différents personnages que crée Bowie continuent d’incarner un idéal contestataire provocateur. « En particulier, c’est à cette époque que David Bowie, dans ses diverses incarnations “camp” (Ziggy Stardust, Aladdin Sane, Mr Newton, le “frêle duc blanc” et même le sinistre “Führer blond”), atteignit le statut d’une figure de culte » (p. 64).

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06

Conclusion

Dans cet ouvrage, Dick Hebdige réalise en 1979 un exercice inédit dans le domaine des « cultural studies », les sciences de la culture anglo-saxonnes, au travers d’une étude de cas et d’une analyse sémiotique des sous-cultures. Punk, glam-rock, skinhead, teddy boy, mod, rasta… ces mouvements sont nés parmi la jeunesse britannique des années 1970 dans une société divisée, inégalitaire, fracturée, métissée. Hebdige cherche à comprendre leur fonctionnement, leur évolution, leur interdépendance au travers des signes qu’adopte chacune de ces sous-cultures.

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07

Zone critique

Paru en 1979 à l’époque de l’apogée du mouvement punk, traduit en français en 2008, Sous-culture. Le sens du style, constitue le premier travail sur les sous-cultures juvéniles abordées sous l’angle des « cultural studies ». Il est devenu depuis l’un des grands ouvrages de référence des sciences de la culture anglo-saxonnes.

Si cette enquête dépeint l’Angleterre d’il y a près d’un demi-siècle, elle offre une lecture inédite du développement des sous-cultures dans une société traditionnelle austère. Dick Hebdige applique, en effet, des concepts issus de la linguistique et plus particulièrement de la sémiotique, à savoir le rapport entre un signe, un objet et son interprétant.

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08

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Sous-culture. Le sens du style [1979], Paris, Zones, 2008.

Du même auteur – Paris sur l’avenir, Paris, Éditions du sous-sol, 2015.

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