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Couverture de 'Solidarite animale'

Solidarité animale

Yves Bonnardel, Axelle Playoust-Braure

Défaire la société spéciste

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Description

Dans cet ouvrage engagé, les auteurs Yves Bonnardel et Axelle Playoust-Braure s'attaquent au "spécisme", c'est-à-dire la discrimination envers les animaux non-humains. Ils dénoncent la manière dont notre société place systématiquement les humains au-dessus des autres espèces, les exploitant et les maltraitant sans état d'âme. À travers un style alerte et pédagogique, Bonnardel et Playoust-Braure nous invitent à repenser fondamentalement notre rapport aux animaux.

Ils montrent comment le spécisme est profondément ancré dans nos institutions, nos pratiques et nos mentalités, au point de paraître "naturel" alors qu'il s'agit en réalité d'une construction sociale.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Sujet de société incontournable, la cause animale est portée par les mouvements animalistes, qui ont pris une telle ampleur ces dernières années que leurs revendications ne sont plus le fait d’une minorité.

Leur combat investit désormais la scène politique et les recherches scientifiques récentes, dévoilant les capacités sensibles des animaux, leur donnent encore plus de crédibilité. Pourtant, l’exploitation animale, même la plus cruelle, demeure une pratique bien ancrée et parfaitement légalisée dans notre société où le spécisme, postulant la supériorité de l’espèce humaine, reste la règle.

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02

La souffrance animale dans la société contem­po­raine

De nos jours, l’animal est considéré comme un matériau vivant, exploitable dans le cadre des activités humaines. En toute impunité, les pratiques les plus cruelles s’effectuent à son encontre dans le cadre de l’expérimentation animale, mais aussi de la consommation alimentaire : crustacés démembrés, volailles gavées, bovins égorgés, poissons éviscérés vivants, etc.

Cette conception trouve sa concrétisation à grande échelle dans l’élevage intensif, où les animaux sont dépossédés de toute individualité. Privés de liberté, ils deviennent des « biens-marchandises ».

Grâce aux progrès de la zootechnie, on optimise leurs capacités de rendement pour les faire correspondre à des exigences de profit, au détriment de leur santé. Par la sélection génétique ou l’administration d’antibiotiques, on développe leur potentiel en matière de masse musculaire, de rythme de croissance ou de mise-bas. Les animaux sont ainsi réduits à l’état de machines à produire des œufs, du lait ou de la viande.

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03

L’idéologie spéciste

La société spéciste est un système fonctionnant sur l’exploitation animale. Elle part du postulat que cet asservissement est dicté par les lois naturelles et qu’il résulte non pas de différences biologiques ou cognitives, mais d’une différence d’essence.

Alors que l’être humain serait libre et capable d’évoluer, l’animal serait prisonnier de ses instincts et dans l’impossibilité d’échapper à son propre déterminisme. Cette vision binaire fait de l’humanité une espèce supérieure, qui assoit sa domination en s’appropriant les animaux. On peut distinguer deux tendances : le spécisme direct, considérant que le simple fait d’appartenir à l’espèce humaine octroie tous les droits ; le spécisme indirect, qui s’appuie sur des capacités attribuées à l’humanité depuis l’Antiquité, telles la raison ou l’intelligence.

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04

La condition animale, reflet des dominations sociales

Le spécisme repose sur le même fonctionnement que le racisme ou le sexisme. L’analogie entre l’élevage et l’esclavage est mise en lumière par l’historien Karl Jacoby, qui constate que c’est en Mésopotamie que les premiers systèmes d’asservissement humain et animal ont fait leur apparition. Cette appropriation des individus touche aussi les femmes.

Pour Colette Guillaumin, l’esclavage et le servage trouvent leur prolongement dans le « sexage ». C’est ainsi qu’autrefois, les femmes appartenaient à leur père, puis à leur mari. On leur imposait des règles de chasteté et le devoir conjugal. Jusqu’en 1907, elles ne purent disposer de leur propre salaire et il fallut attendre 1975 pour que la légalisation de l’avortement leur permette d’acquérir la souveraineté sur leur corps.

L’exploitation animale a servi de modèle pour édifier un système social fondé sur la domination d’une catégorie d’humains sur une autre. L’androcentrisme résulte de cette transposition à l’échelle humaine : l’homme mâle, blanc de surcroît, s’est érigé en dominant, n’accordant aux femmes, aux Noirs ou aux animaux qu’un statut secondaire. Quant à l’anthropocentrisme, il a pour effet délétère de conduire à la hiérarchisation des rapports sociaux entre humains. Plus l’individu se révèle puissant, plus il a un droit de suprématie sur l’animal. La chasse des proies nobles, telles que le cerf, a longtemps été réservée à l’aristocratie. Ce n’est qu’à la Révolution française que le droit de chasser s’est démocratisé, instaurant une égalité d’accès à la domination de l’animal.

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05

L’incohérence des mesures instaurées

Bien que depuis 2015, la loi octroie aux animaux le statut d’êtres sensibles, le Code civil les place dans la catégorie des biens meubles. À tel point que lorsque des élevages sont décimés par un incendie, on parle en termes de pertes matérielles pour le propriétaire.

La législation apporte en outre des améliorations qui ne remettent pas en cause les fondements de la maltraitance animale. Elle propose des mesures pour assurer le bien-être des animaux… dans les abattoirs ! Elle entérine le droit d’abattre les non-humains à vaste échelle. Les recours en justice contre les abattoirs et les élevages n’aboutissent, au mieux, qu’à de piètres sanctions. L’« immunité alimentaire » demeure la règle lorsque les animaux sont exploités pour être mangés. Les réglementations condamnent finalement les non-humains à une « inexistence sociale et juridique ».

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06

Le mouvement an­ti­spé­ciste

L’antispécisme est un mouvement de défense animale qui revendique l’abolition de la viande et de la souffrance animale légalisée. Il lui est d’autant plus difficile de s’imposer qu’il s’élève contre des habitudes largement répandues, telles que le carnisme. Pierre Sigler considère qu’il faut actionner deux leviers pour obtenir une mutation concrète de la société.

En premier lieu, l’appel à la vertu permet d’inscrire la lutte en faveur des animaux à l’échelle individuelle. Même si son impact est très relatif, voire mineur, il incite les individus à marquer leur engagement et à se désolidariser d’un système dont ils ne partagent pas les valeurs. Le végétarisme est l’action la plus représentative de cette solidarité animale. Il consiste à refuser de participer à la tuerie de masse.

Il reste néanmoins compliqué d’assumer cette position dans une société qui martèle la nécessité de manger de la viande. Les végétariens sont rarement pris au sérieux, voire marginalisés, par une offre alimentaire majoritairement carnée dans les restaurants ou les commerces. Véhiculée par l’idéologie carniste, la théorie des 4 N justifie la consommation de viande comme étant une pratique naturelle, normale, nécessaire et nice, c’est-à-dire source de plaisir. Le publispécisme, désignant les publicités vantant les produits animaux, déculpabilise le consommateur en dissimulant la réalité cruelle de l’élevage par des images suicide food, où l’animal, tout sourire, se sacrifie avec joie pour satisfaire les êtres humains. Autant de stratégies qui alimentent la « végétophobie », le rejet du végétarisme.

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07

Créer un nouveau modèle social

Il convient d’élaborer les bases d’une nouvelle société, où les humains et les non-humains pourront cohabiter harmonieusement, libérés de tout rapport de possession.

Dans le livre Zoopolis, Sue Donaldson et Will Kymlicka proposent d’instaurer un système qui donnerait une existence sociale et individuelle à chacun. Les animaux domestiques auraient le statut de citoyens et bénéficieraient des droits inviolables de résidence, de protection, de santé et de bien-être. Les animaux liminaux, qui partagent notre environnement sans être domestiqués, seraient considérés comme des résidents, tandis que la faune sauvage disposerait d’une souveraineté propre. En tant qu’agents moraux, capables d’évaluer les conséquences de nos actes, nous avons un rôle majeur à jouer auprès des non-humains, en leur accordant la considération qu’ils méritent et en assurant la protection de leurs intérêts.

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08

Conclusion

C’est à travers la remise en cause du spécisme que l’on réussira à abolir une idéologie qui occasionne des préjudices graves aux animaux comme aux humains.

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09

Zone critique

On peut distinguer différentes tendances dans le mouvement antispéciste. Les réformistes ou welfaristes, comme le groupe Welfarm, se mobilisent pour rendre les conditions d’exploitation des animaux plus supportables pour ces derniers. En revanche, ils ne cherchent pas à mettre un terme à l’utilisation des non-humains, à l’inverse des gradualistes ou abolitionnistes réformistes. Ces derniers, à l’instar de Martin Balluch, Henry Spira ou Peter Singer, adoptent un point de vue utilitariste : leur but est bien d’abolir l’exploitation animale, mais d’agir dans l’immédiat pour amoindrir les souffrances des non-humains, dans les élevages par exemple.

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10

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Yves Bonnardel et Axelle Playoust-Braure, Solidarité animale – Défaire la société spéciste, Paris, La Découverte, 2020.

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