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Couverture de 'Sociologie des mouvements sociaux'

Sociologie des mouvements sociaux

Erik Neveu

Comprendre les mouvements sociaux contemporains

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Description

Comment la sociologie peut-elle traiter des mouvements sociaux ? Comment définir et expliquer les mouvements sociaux ? Comment comprendre les raisons et les conditions des mobilisations collectives ?

À travers une revue des travaux sur le sujet, Erik Neveu montre comment s’est constituée une sociologie des mouvements sociaux.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Réédité sept fois depuis sa première parution en 1996 afin d’être agrémenté de nouvelles recherches et, surtout, de nouveaux exemples, Sociologie des mouvements sociaux fait le bilan de la recherche sur les mouvements sociaux.

À travers une multitude de références, il en présente certaines questions centrales : pourquoi et comment émergent les mouvements sociaux ? Comment expliquer que certains groupes puissent se mobiliser plus facilement que d’autres ? Quelle est la signification de l’engagement dans un mouvement social ? Quelle est la nature des rapports qu’entretiennent État et mouvements sociaux ? Quel rôle tiennent les médias dans ces mouvements ? L’ouvrage présente la particularité d’étudier des phénomènes dont l’analyse à chaud empêche souvent une juste prise en considération. Il effectue d’abord un retour historique sur les différents courants de la sociologie des mouvements sociaux évoquant brièvement ses prémisses pour se concentrer sur son évolution à partir des années 1970 et présenter les aspects les plus contemporains des questions qui continuent de structurer ce champ.

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02

Que sont les « mouvements sociaux » ?

Comment définir les mouvements sociaux ? Le sens commun a une idée relativement précise de ce qu’ils sont, mais il s’en construit une image à partir d’exemples connus sans en donner une définition qui puisse s’appliquer dans une variété de contexte dans lesquels, justement, nous hésiterions à parler de mouvement social. Les premiers chapitres de l’ouvrage définissent progressivement et le plus largement possible la notion de mouvement social. Les mouvements sociaux peuvent d’abord être définis comme une action collective. Mais toutes les actions collectives ne sont pas des mouvements sociaux : un embouteillage ou un phénomène de diffusion culturelle (la mode) s’en distingue, car ils ne sont pas « le fait d’une intention explicite de coopération ou d’action concertée » (p. 6). De même, nous pourrions être tentés de distinguer les organisations des mobilisations collectives. En effet, travailler dans une entreprise ne nécessite pas le partage d’une croyance et se fonde plutôt sur un ensemble d’obligations.

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03

Com­por­te­ments collectifs et rationalité économique

L’ouvrage d’Erik Neveu permet de retracer l’histoire de la sociologie des mouvements sociaux. S’il existe des précédents sociologiques de ce champ — notamment les ouvrages de Gustave Lebon sur la Psychologie des foules, ou ceux d’Alexis de Tocqueville — Erik Neveu s’intéresse particulièrement aux travaux de la seconde moitié du XXe siècle, plus particulièrement des années 1970. Les deux premières écoles de pensée relatives aux mouvements sociaux sont bien distinctes et même, en certains points, contradictoires.

La première rassemble les « théories des comportements collectifs ». Les différents chercheurs qui participent de ces théories ont plusieurs points communs. D’abord, ils remettent en cause les idées de Le Bon et affirment que les mouvements sociaux ne sont pas des pathologies sociales, mais des mobilisations qui ont une rationalité. Deuxièmement, ils entreprennent d’étudier les mouvements sociaux, alors principalement analysés comme phénomène destructeur, dans leur capacité de création du changement social.

Enfin, et encore en contradiction à la sociologie de Le Bon, les mouvements sociaux ne sont plus considérés comme des phénomènes de contagion, mais de convergence. A contrario de l’accent mis sur les phénomènes d’imitation, l’idée de convergence met en lumière l’idée d’une synchronisation des croyances et de frustrations. Pour Ted Robert Gurr, l’un des meilleurs représentants de cette école, tout mouvement social est conditionné par le franchissement collectif du seuil de frustration perçu, de manière relative, comme le décalage entre une situation vécue et des attentes.

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04

Mo­bi­li­sa­tion des ressources et nouveaux mouvements sociaux

Les années 1970 sont traversées par de nombreux mouvements sociaux qui vont contribuer à penser la mobilisation collective dans des dimensions plus historiques. Surtout, la question se déplace progressivement du pourquoi au comment : comment certaines mobilisations parviennent-elles à émerger ou à réussir ?

Cette posture est à l’origine du paradigme de la « mobilisation des ressources ». Ici, les mouvements sociaux sont « pensés comme un processus de construction d’un rapport de force et de sens » (p. 47). Au départ de ce courant, les travaux des sociologues américains affichent une certaine continuité vis-à-vis d’Olson, ce dont témoigne la notion de « ressources » qui conservent une attache économique. De même, l’organisation des mouvements sociaux est conçue comme une manière rationnelle d’investir les ressources disponibles.

Mais, sa particularité tient surtout à l’insertion de cette analyse dans des dimensions sociologiques et historiques. D’un côté, Anthony Obershall propose d’appuyer l’analyse des mouvements sociaux sur la structure sociale des groupes et les réseaux de solidarité qui préexistent au mouvement. La force du mouvement dépend à la fois de ses liens externes (l’existence, ou non, de connexions stables avec les autorités supérieures) et internes (de vie en communautés au simple partage d’un principe fédérant des individus isolés). C’est l’ensemble de ces liens sociaux qui déterminent les ressources dont disposent les groupes pour la mobilisation collective.

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05

Nouveaux champs de la sociologie des mouvements sociaux, la question du mi­li­tan­tisme

La « mobilisation des ressources » a été le cadre théorique le plus important pour le développement de la recherche sur les mouvements sociaux. Néanmoins, le modèle ne permet pas d’expliquer l’intégralité de ce qui compose les mobilisations collectives et se concentre davantage à démontrer les probabilités de l’action (les ressources disponibles) qu’à décrire et comprendre les actions elles-mêmes.

La théorie de la « mobilisation des ressources », tout en incluant une perspective historique et sociologique, prolonge un mode « objectif » de la recherche et s’intéresse peu aux subjectivités exprimées dans les mouvements sociaux. C’est à cela, en partie, qu’œuvre la sociologie du militantisme.

À partir de travaux empiriques, la sociologie du militantisme a mis en évidence « la dimension du sens » dans les engagements militants et montré le lien entre militantisme et constitution d’une identité qui soit à la fois individuelle et collective. L’attention portée aux vécus militants invalide définitivement l’approche économique en termes de ressources et de gains.

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06

Nouveaux champs de la sociologie des mouvements sociaux

À partir des années 1980, la recherche sur les mouvements sociaux a davantage pris en considération les contextes politiques et symboliques.

La prise en compte de l’importance du politique dans les mouvements sociaux fait face à un double défi. Le premier consiste à accorder une attention plus grande à l’État et aux ressources dont il dispose pour répondre aux mobilisations, conditionnant ainsi leurs chances de succès. Un modèle de Sidney Tarrow distingue quatre facteurs : la tolérance variable de l’État envers les mobilisations (certains systèmes étant plus répressifs que d’autres), le degré de stabilité des alliances politiques (puisque le succès des mouvements sociaux dépend de la manière dont ils tirent profit des divisions du monde politique) ; la présence de relais potentiels des mouvements au sein de l’État ; la capacité variable des institutions à développer des politiques publiques (certaines institutions de l’État disposent de moyens d’action limités).

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07

Conclusion

Selon Erik Neveu, l’analyse des mobilisations collectives est essentielle pour la compréhension du jeu politique contemporain. Ainsi, selon lui, « l’analyse des mouvements sociaux reste un terrain de choix pour appréhender tant les attentes nouvelles que les désillusions que suscite le modèle démocratique tel qu’il s’incarne » (p. 116). Ce que recouvre la notion de mouvements sociaux est complexe et a mobilisé une succession de recherches parfois contradictoires. Dans cet ouvrage, Erik Neveu appelle à plusieurs opérations de désenclavement.

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08

Zone critique

L’ouvrage d’Erik Neveu a une pertinence multiple pour tous ceux qui s’intéressent aux mouvements sociaux et, plus largement, à la vie démocratique. En premier lieu, son intérêt réside dans la synthèse de travaux depuis le début des années 1970 dont la plupart n’ont jamais été traduits. Il permet donc de rendre accessible en français une somme considérable de théories à l’usage des chercheurs, mais aussi de ceux qui participent aux mouvements sociaux et dont Erik Neveu sait bien qu’ils comptent parmi les principaux lecteurs.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Erik Neveu, Sociologie des mouvements sociaux, Paris, La Découverte, 1996.

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