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Couverture de 'Securite territoire population'

Sécurité, Territoire, Population

Michel Foucault

Analyse des relations entre sécurité, territoire et population

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Description

Dans cet ouvrage qui est la retranscription de ses cours donnés au Collège de France entre 1977 et 1978, Foucault analyse l’évolution des manières de gouverner au sein des sociétés occidentales. Il s'intéresse à l'émergence d'une nouvelle technologie politique centrée sur la population et sa gestion.

Avec sa rigueur habituelle, Foucault étudie comment le concept de population se substitue progressivement à celui de territoire dans l'art de gouverner. Il montre le passage d'un pouvoir souverain à un bio-pouvoir, dont l'objet est l'administration des corps et de la vie.

Donné en 1978, ce cours offre une réflexion stimulante sur la naissance de l'État moderne et de la biopolitique. Foucault y développe ses concepts désormais classiques de dispositif, gouvernementalité et sécurité.

Une analyse nuancée qui éclaire sous un jour nouveau les transformations du pouvoir et les enjeux du libéralisme naissant. Un incontournable de la pensée foucaldienne.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion : Des « régimes de savoir » aux « régimes de pouvoir »

Foucault connaît une première période, dite « archéologique », où il cherche à construire une histoire des formes de vérité à travers la déconstruction des « régimes de savoir » (Les mots et les choses, 1966). Après sa nomination au Collège de France en 1970, il adopte une perspective davantage « généalogique », où il tente de relier la problématique du savoir aux pratiques du pouvoir (Surveiller et Punir, 1975). Dès ses travaux de doctorat, qui donneront l’Histoire de la folie à l’âge classique (1972), l’analyse des liens entre savoir et pouvoir conduit Michel Foucault vers le concept de « dispositif ». Compris comme un « régime de vérités », le dispositif foucaldien est un « réseau » établi entre un ensemble d’éléments hétérogènes : discours, institutions, aménagements, décisions réglementaires, lois, énoncés scientifiques, propositions philosophiques ou morales (Dits et écrits II, p. 298-328) .

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02

Au-delà de la « sou­ve­rai­ne­té » et de la « discipline »...

Au cours de l’ouvrage, le philosophe essaye de schématiser l’évolution des modes de gouvernement occidentaux depuis l’époque moderne. Ses précédents travaux lui permettent de distinguer deux dispositifs étroitement imbriqués : la « souveraineté » puis la « discipline ». La « souveraineté » repose sur un mécanisme légal ou juridique. Elle se construit sur un rapport d’obéissance totale, et en quelque sorte passif, des individus à leur souverain. Dans ce contexte, la loi, qui prescrit ou qui interdit, constitue l’instrument privilégié de cette forme de gouvernement. Cette dernière repose sur la volonté stratégique de figer toute contestation. « Le problème traditionnel de la souveraineté [...] a jusque-là toujours été, ou bien de conquérir des territoires nouveaux, ou bien de garder le territoire conquis. On peut dire, dans cette mesure-là, que le problème de la souveraineté était en quelque sorte : comment faire pour que ça ne bouge pas ? Ou comment est-ce que je peux avancer sans que ça bouge ? » (p. 66).

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03

.... l’émergence d’un dispositif de « sécurité »

« [Souveraineté] puis discipline, puis sécurité, mais la sécurité est une certaine manière d’ajouter, de faire fonctionner, en plus des mécanismes proprement de sécurité, les vieilles armatures de la loi et de la discipline » (p. 12). En effet, la « sécurité » vient poursuivre une évolution des arts de gouverner, accompagnée par l’émergence du libéralisme à la fin du XVIIIe siècle. Dans ce contexte, la « sécurité » poursuit un mouvement ancien de « régulation interne de la rationalité gouvernementale » : de plus en plus, l’État structure son agenda – ce qu’il fait et ce qu’il ne fait pas – selon une logique frugale qui cherche à ne pas trop gouverner. La rationalité gouvernementale tend ainsi à se structurer autour d’une problématique : comment gouverner « à la limite de ce trop et de ce trop peu, entre ce minimum et ce maximum que me fixe la nature des choses » (La naissance de la biopolitique, p. 21) ? On voit ainsi que le pouvoir de la loi, instrument de la toute-puissance monarchique, diminue et s’intègre à un pouvoir plus général : celui de la norme.

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04

Populations, milieux, cir­cu­la­tions : les éléments d’un biopouvoir

Foucault situe l’apparition de la « sécurité » avec l’émergence du courant physiocratique en France et en Grande-Bretagne, à la fin du XVIIIe siècle. Pour les physiocrates, la politique et l'économie constituent des forces physiques, composées de variables avec lesquelles il faut composer. Leurs travaux voient l’apparition d’un projet de gouvernement qui s’adresserait aux « milieux » et aux « populations ». Dès cette époque, on voit se dessiner les contours d’un « biopouvoir » : « un ensemble de mécanismes par lesquels ce qui, dans l’espèce humaine, constitue ses traits biologiques fondamentaux va pouvoir entrer à l’intérieur d’une [...] stratégie générale de pouvoir » (p. 3). Selon l’auteur, cette évolution survient dans un contexte de grandes transitions scientifiques, marquées par l’avènement de la biologie qui, succédant à l’histoire naturelle, s’intéresse davantage au fonctionnement des organismes et à leur relation avec l’environnement.

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05

Vers une histoire générale de la « gou­ver­ne­men­ta­li­té »

Cet ouvrage offre une ébauche intermédiaire du concept de « gouvernementalité », qui deviendra par la suite indissociable de l’œuvre de Michel Foucault. Cette notion traduit une conception particulière du pouvoir : le pouvoir ne se possède pas, il s’échange et se diffuse. Si l’auteur démontre l’existence de stratégies de domination, il montre également que nous nous ajustons à ces stratégies, en tant que sujets. Tout autant que nous les subissons, donc, nous prenons appui sur elles. C’est à l’interface des gouvernants et des gouvernés, que naît la notion de « gouvernementalité » - dont l’auteur n’offre dans cet ouvrage que des définitions incomplètes. Dans un sens général, Foucault appelle « gouvernementalité » : « la rencontre entre les techniques de domination exercées sur les autres et les techniques de soi » (Dits et écrits, II, p. 1604).

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06

Conclusion

À l’interface des régimes de savoirs, des stratégies de pouvoir et des techniques de soi, Sécurité, Territoire, Population fait le lien entre les différents versants de l’œuvre de Michel Foucault. Il s’agit bien d’une recherche exploratoire au cours de laquelle le philosophe introduit ou perfectionne des concepts complexes qui feront sa renommée. Mais attention : s’il constitue une marche indispensable dans la compréhension de son système de pensée, sa densité invite à parcourir d’autres de ses travaux !

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07

Zone critique

Les réutilisations de Michel Foucault sont très hétérogènes. Le concept de « gouvernementalité » a fait couler beaucoup d’encre : certains y voient un simple avatar de l’ « art libéral de gouverner », quand d’autres s’en servent pour construire de nouvelles utopies .

Les écarts d’interprétations sont particulièrement forts entre mondes francophones et anglo-saxons. À la fin de sa vie, Foucault connaît une influence grandissante aux États-Unis, grâce à ses cours à l’Université de Berkeley. Néanmoins, la publication de ses enseignements au Collège de France (1970-1984) n’intervient qu’au début des années 2000. Du fait de cette redécouverte tardive, certaines approximations n’ont pas manqué de se développer outre-Atlantique.

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08

Pour aller plus loin

Ouvrages de Michel Foucault :

- Surveiller et punir : naissance de la prison, Paris, Gallimard, Coll. « Tel », 2008 [1975]. - La naissance de la biopolitique. Cours au Collège de France (1978-1979), Paris, Gallimard, Seuil, Coll. « Hautes études », 2004. - Dits et Écrits, en 2 volumes, Gallimard, coll. « Quarto », 2001.

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