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Couverture de 'Se sentir mal dans une france qui va bien'

Se sentir mal dans une France qui va bien

Hervé Le Bras

Une enquête sur le malaise social en France

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Description

La perception que les Français ont de leur existence et de leurs conditions de vie repose souvent sur des préjugés. En 160 pages, Hervé le Bras brosse un portrait très détaillé de cette France et de ses paradoxes. Ainsi, en 2018, 94% de ses habitants affirment être heureux dans leur pays. Un record européen !

Mais à la question « Avez-vous confiance en l’avenir ? » 58 % seulement répondent positivement. 6 mois après ce sondage, des centaines de milliers de Gilets jaunes entrent en révolte et 70% des Français les approuvaient. Pour quelles raisons alors se sentent-ils malheureux dans un pays où ils se disent, au même moment, si heureux ? Hervé Le Bras décortique statistiques et données pour l’expliquer.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Dans cet ouvrage, Hervé Le Bras décrit le malaise de la population française souvent déchirée entre le pays dont elle rêve et le pays tel qu’il est. Les Français ont le sentiment de vivre dans un environnement social et économique qu’ils trouvent extrêmement inconfortable. Pourtant, dès que les questions se font plus pressantes, ils admettent qu’ils vivent dans un pays qui présente bien des avantages. L’auteur traque ainsi les paradoxes dans tous les secteurs de la vie quotidienne. Il s’appuie, pour y parvenir, sur les résultats d’enquête de comportement, de réponses aux questionnaires du dernier recensement, sur des sondages ou des statistiques en tous genres. Il suffit ensuite, à grand renfort de tableaux, de courbes et de cartes du pays de croiser les chiffres et de comparer les tendances.

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02

Les Gilets jaunes ou la révolte du vide

À la fois point de départ de sa réflexion et illustration de ses observations, la crise des Gilets jaunes est riche d’enseignements pour Hervé le Bras. Cet ouvrage n’est pas entièrement consacré à leur mouvement, mais celui-ci apporte un puissant éclairage à la thèse qui veut que les Français se sentent mal dans un pays qui va bien. Le chapitre clé de l’ouvrage analyse ainsi la maladie des périphéries qui touche l’hexagone. Il faut comprendre que les périphéries désignent avant tout ici ce qui n’est pas le centre, les métropoles, les lieux d’urbanité, car c’est par la géographie que l’on peut comprendre ce qui s’est passé. La périphérie est le lieu dont on se détourne, le lieu qui n’est pas essentiel.

Si l’origine du mouvement des Gilets jaunes est justifiée, le discours qui devait suivre ne l’était pas. Pour en expliquer la genèse, Hervé Le Bras a eu l’idée de créer une carte de France qui représente les zones d’où sont issus la majorité des protestataires. Leur principale caractéristique est de souffrir d’injustice « spatiale », d’être issus du pays vide et de l’ombre, en opposition aux métropoles très peuplées, riches, lumineuses, qui seules mobilisent les ressources de l’État.

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03

Comparaison n’est pas raison

Pour comprendre et décrire la société française, Hervé Le Bras fait appel à des données vérifiables, issues d’organismes connus : l’OCDE, Eurostat et l’INSEE. Enfin, ponctuellement, de nombreuses enquêtes, comme celles d’Eurobaromètre, et quelques sondages, lui offrent matière à réflexion.

Tout ceci conduit à voir se dessiner une France qui peut à la fois être elle-même et son contraire. Par rapport aux 27 autres pays européens, les statistiques permettent de décrire un pays dont les habitants sont plutôt heureux, où la pauvreté et les inégalités reculent, au système éducatif bien développé, et à la culture créative. Ce pays possède un État qui pourvoit à tous les manques. On y enregistre le taux de fécondité le plus élevé d’Europe, et, pour les femmes, la plus forte espérance de vie. En revanche, les Français sont invariablement pessimistes sur les progrès de la société, leurs institutions, leur système de santé, leur protection sociale. Selon Hervé le Bras, c’est d’abord parce qu’ils ne prennent pas en compte la situation des autres pays ou qu’ils ne la connaissent pas et puis, c’est aussi parce que, au-delà de leur situation personnelle, ils se projettent dans l’avenir avec angoisse. Il semble surtout que la stagnation économique, ou la faible croissance, amènent les Français à juger que l’ascenseur social est en panne.

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04

Les inégalités et la pauvreté sont-elles vraiment en recul ?

Le revenu disponible de chaque ménage augmente-t-il ou bien diminue-t-il ? À question simple, réponse complexe. En fait, il a progressé pendant les Trente Glorieuse, donc après la guerre, jusqu’au milieu des années 1970. Après 1976, crise pétrolière oblige, il va ralentir avant d’augmenter de nouveau jusqu’en 2008, dernière crise financière significative. Or on s’aperçoit que le revenu individuel stagne à partir de cette date, tout simplement parce le revenu de certains augmente tandis que pour d’autres, il diminue. Ceux qui profitent de la croissance, même modeste, ont changé. « Les gagnants et les perdants ne sont plus les mêmes à partir de 2008, explique l’auteur ».

Effectivement, les plus défavorisés par la croissance ne sont plus les retraités et les seniors. Leur revenu médian a continué à évoluer et il est supérieur de 10% à la moyenne. En revanche, les courbes d’évolution du revenu disponible montrent bien que les moins de 18 ans sont désormais le groupe d’âge le plus pauvre. Généralement le revenu des moins de 65 ans a diminué de 2,5% depuis 2008, alors que celui des personnes plus âgées augmentait de 9%.

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05

Espérance de vie, alcool, tabac et services d’urgence

Hervé le Bras se devait d’examiner aussi l’un des sujets de préoccupation les plus aigus qui soit pour les Français : la santé. Mais voilà, si les chiffres encore une fois permettent d’évaluer, par exemple, la consommation de médicaments, la durée des séjours à l’hôpital ou la fréquence du recours à un spécialiste, ils ne rendent pas compte du niveau de subjectivité avec lequel on se juge soit même malade ou en bonne santé. Habituellement, les spécialistes considèrent que l’espérance de vie est l’indicateur idéal de l’état de santé.

Et cela est encore plus difficile lorsqu’il s’agit d’évaluer l’espérance de vie en bonne santé. Si on vivait aussi mal en France qu’on le dit, il est probable que l’espérance de vie n’y serait pas une des plus élevée du monde, en particulier chez la femme, pour qui elle atteint 85,3 ans immédiatement derrière le Japon (86,8 ans) et loin devant la Russie (75,5 ans) et les États-Unis (81,6 ans) où l’on dépense deux fois plus d’argent qu’en France pour se soigner. En France même, les statistiques montrent une inégalité toujours réelle entre riches et pauvres. Ces dernières années, un ouvrier de 30 ans pouvait espérer vivre encore en moyenne 47,5 ans, un cadre ou un intellectuel, 54 ans… 6 ans et demi de plus. Comme attendu, l’amélioration de la situation professionnelle, l’augmentation des revenus et l’évolution sociale, pourraient augmenter la durée de la vie.

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06

Le bien être français

Les Français selon l’auteur n’apprécient pas toujours à leur juste valeur l’avantage de vivre dans un pays qui accorde le plus fort pourcentage de son PIB aux prestations sociales, 34% ! En premier lieu, cette valeur élevée, immédiatement devant le Danemark ou la Finlande (32%), n’est pas lié aux coûts administratifs.

D’autre part, explique Hervé le Bras on ne mesure pas à quel point les prestations sociales assurent une importante redistribution des revenus. Elles représentent jusqu’à 45% du revenu disponible pour les plus pauvres. D’ailleurs, quelles que soient les statistiques sur lesquelles se penche l’auteur : familles, divorces, suicides, logement, retraites, les Français font le plus souvent partie des meilleurs élèves. Les questions de sécurité sont plus difficiles à cerner. Certes en matière d’homicides ou d’emprisonnements, la France occupe une place moyenne. Pas la meilleure, loin de là. Mais cela n’a rien à voir avec le pourcentage d’homicides américain cinq fois plus élevé, ou le nombre des prisonniers pour 100 000 habitants, 6 fois moindre que celui des États-unis et 4 fois moindre que celui de la Russie.

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07

Conclusion

Hervé Le Bras, dans un des derniers chapitres rappelle que la plus importante transformation que la France ait vécu dans la seconde moitié du XXe siècle a été l’affirmation de l’égalité entre hommes et femmes. Or les femmes, aujourd’hui, n’ont pas rejoint seulement les hommes au travail, mais elles les ont rejoints et même dépassés, à l’école et à l’université.

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08

Zone critique

C’est en tentant d’expliquer le mouvement des Gilets jaunes qu’Hervé Le Bras a eu l’idée de ce livre. Son constat documenté et chiffré interpelle sur les raisons d’une telle cécité de la part de l’opinion publique.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé — Se sentir mal dans une France qui va bien, la société paradoxale, Paris, L’aube 2019.

Du même auteur — L’Âge des migrations, Paris, Autrement, 2017. — Le Puzzle français (avec Jérôme Fourquet), Paris, Fondation Jean Jaurès, 2017. — Le Mystère français (avec Emmanuel Todd), Paris Seuil, 2013.

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