
School business
Le business de l'éducation
Description
Enseignant dans un « lycée prestigieux dans un quartier chic de la capitale », l’auteur observe l’emprise absolue de l’argent là où le service public de l’instruction devrait garantir l’égalité des chances.
Alternant témoignages et données statistiques, il décrit la concurrence entre établissements. Il repère selon le milieu social, pour les uns, l’accès à la culture, l’ouverture au monde, les langues étrangères, l’assurance d’un soutien ou d’un « coaching », et pour les autres, l’absence de perspectives. On découvre ici l’évolution du marché international du savoir, un secteur, en plein développement.
Sommaire
01Introduction
Son passage en ZEP (Zone d’Education Prioritaire) avait conforté Arnaud Parienty dans l’idée que l’école méritocratique de la République devait être la même pour tous. Sa nomination dans un des lycées prestigieux des beaux quartiers de Paris, lui a fait découvrir le profond mouvement de transformation du système d’éducation, de la maternelle à la fin des études.
Pourtant, agrégé de sciences économiques et sociales, diplômé de Sciences-Po Paris, il n’ignorait rien de l’injustice sociale qui se mue parfois en injustice éducative. C’est une conversation avec un élève de Terminale ES, normalement destiné après le bac, à une formation économique, juridique ou sociale, qui lui fait découvrir qu’on peut, à condition d’être bien informé et d’en avoir les moyens, devenir dentiste en obtenant un diplôme espagnol tout à fait valable et plus rémunérateur. Rien de plus facile que de contourner les contraintes imposées en France pour devenir vétérinaire ou chirurgien dans l’Union européenne.

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02L’argent et la mondialisation
Tout au long des neuf chapitres de l’ouvrage, l’auteur insiste sur deux aspects incontournables du système d’enseignement : son internationalisation et le poids croissant de son financement, qu’il s’agisse de permettre à un élève d’accéder à un cursus professionnel, ou d’alimenter un marché désormais concurrentiel, celui de la transmission du savoir.
Est-ce un aspect de la mondialisation malheureuse pour les uns et heureuse pour les autres ? Toujours est-il que Arnaud Parienty consacre au milieu de son livre, un chapitre entier à ce qu’il appelle la « découverte du monde ». La connaissance d’une ou de plusieurs langues comme l’anglais change tout. Certaines épreuves des concours des grandes écoles se déroulent en anglais. Dans les épreuves d’accès à Polytechnique, la connaissance de l’anglais compte pour 11% de la note globale, et même pour 13% dans d’autres grandes écoles. Il ne suffit donc pas de l’enseigner dans tous les collèges de France, il faut aussi être performant.

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03La naissance des inégalités dès la maternelle ?
Comme pour l’inégalité née du milieu familial, la carte scolaire en France a imposé une discrimination entre les établissements d’enseignements. Selon la ville, le quartier, ses équipements, sa sociologie, on est conduit à inscrire son enfant dans un « bon » ou un « mauvais » établissement. Appréciation très subjective ou jugement éclairé ? Les variables sont nombreuses. Les classements publiés dans les médias sont formels. En France, il y a les établissements défavorisés dans les quartiers pauvres où la proportion d’élèves d’un bon niveau en lecture peut varier de 60% par rapport à un établissement favorisé.

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04La carte scolaire, une injustice ?
Comme aux États-Unis et dans beaucoup de pays, la sectorisation interdit aux parents le choix d’un établissement scolaire, public et gratuit. Mais en France, nombre de familles, lorsque la réputation d’un collège leur déplait, font l’impossible pour contourner la règle. Et ils y parviennent souvent, même si les contraintes de la carte scolaire ont été assouplies après que le gouvernement a renoncé à sa suppression. Le plus connu des stratagèmes reste l’adresse… Une « loi d’airain » souligne l’auteur. Il peut d’ailleurs s’agir d’une simple boîte aux lettres professionnelle, facile à acheter. L’autre alternative reste l’inscription à un établissement privé. Il y a aussi pour les plus fortunés l’achat d’un bien immobilier dans le quartier convoité.

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05L’université mal aimée
Comme en France au XXe siècle en France, il est aujourd’hui des pays où entrer à l’université reste un motif de fierté, ou le symbole du succès. C’est le cas de l’Allemagne, de la Suède ou des Etats Unis. On y forme les élites de la nation. En France, comme pour la carte scolaire, l’université, pour les moins fortunés, s’impose comme un choix par défaut. La tendance actuelle se résume en un acronyme : TSF… « Tout sauf la Fac » annonce le cinquième chapitre de School business. Après le bac, hors l’université accessible aux boursiers et de toute façon, abordable pour les étudiants les plus modestes, il y a les grandes écoles et les formations privées. Pour y accéder, il convient d’abord de les connaître, d’être informé, de s’y préparer dans des filières spécifiques, mais tout cela coûte cher et tout le monde ne peut donc pas y accéder. Alors, on déploie de multiples stratégies pour éviter la fac qui, droit et médecine, mis à part, a trop mauvaise réputation.

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06Les secrets du privé
Les familles fortunées peuvent alors envisager sereinement l’inscription de leurs étudiants dans la formation supérieure privée, qui leur semble constituer le meilleur atout avant la vie professionnelle. Parmi les 156 lycées qui ont eu 100% de succès au bac en 2013, 143 étaient privés. Tous ou presque bénéficient d’un contrat avec l’État, ce qui rend leur scolarité abordable. Il faut voir ici encore une évolution de l’organisation de ces établissements en réaction à la loi économique qui veut que la demande crée l’offre.
Qu’ils connaissent ou non l’enseignement privé, les parents avouent leurs motivations : le suivi des élèves et la qualité de l’enseignement, l’absentéisme plus faible des professeurs, le nombre réduit d’élèves par classe. Viennent seulement à la fin, la réussite aux examens et le niveau des élèves. Pour atteindre ces objectifs, les familles aisées paient un peu plus cher et savent que l’encadrement, notamment du personnel non enseignant, sera à la hauteur de leurs attentes.

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07Le prix mondial du savoir
Le marché global de l’éducation était évalué à 5400 milliards de dollars en 2015. Depuis, il a encore progressé. On est donc loin de la défense des valeurs du service public de l’enseignement, gratuit et égalitaire. Dans la plupart des pays, notamment en Asie, payer pour son éducation est considéré comme normal. Dans le monde, 4,5 millions de personnes étudient en dehors de leur pays d’origine. Les champions sont chinois : plus de 700 000 hors de Chine. Et le marché de l’enseignement supérieur peut être très lucratif. Selon le ministère britannique de l’Éducation, les étudiants étrangers au Royaume Uni ont rapporté à la Couronne, 17 milliards d’euros. Aux États-Unis, on parle de 24 milliards d’euros.
L’économie de l’éducation ne se limite pas aux étudiants. Le travail des enseignants est aussi désormais une source de profit importante. Des groupes privés fournissent ainsi des cours, clef en main, simultanément dans plusieurs amphis ou en téléchargement, assurés par des professeurs prestigieux payés à prix d’or, les MOOCS (Massive Open Online Course). L’américain Coursera emploie ainsi plusieurs centaines de spécialistes chargés d’organiser cette école pluridisciplinaire à la demande. Coursera a établi des partenariats avec les plus grandes universités ou écoles comme Princeton, Harvard, et, en France, HEC ou Polytechnique.

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08Conclusion
Arnaud Parienty s’interroge sur les causes de cette tendance au dérapage financier dans le fonctionnement de l’école. Pour lui, l’école ne peut pas échapper à son environnement. Le chômage impose le diplôme comme un passage nécessaire vers l’emploi. Mais en France, le cœur du système éducatif demeure public et gratuit. L’offre du privé est d’abord la conséquence de la dégradation du service public. *

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09Zone critique
Arnaud Parienty ne néglige aucun détail, quitte à revenir sur des comportements de ségrégation scolaire déjà abondamment décrits. Le large panorama qu’il présente des pratiques pédagogiques, de l’argent qui y fait le bonheur des uns en faisant le malheur des autres, de l’angoisse des élèves pressés par leurs familles et de la mondialisation de l’éducation mériteraient à chaque fois, un ouvrage spécifique.

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10Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – School business. Comment l’argent dynamite le système éducatif, Paris, La Découverte, 2015.
Du même auteur – Le mythe de la « théorie du ruissellement », Paris, La Découverte, 2018.

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