
Sauve-toi, la vie t’appelle
Le pouvoir de la résilience face aux traumatismes
Description
"Sauve-toi, la vie t'appelle" de Boris Cyrulnik est un récit autobiographique poignant qui retrace l'incroyable parcours de résilience de l'auteur, neuropsychiatre et éthologue reconnu, qui a survécu à l'horreur de l'Holocauste durant son enfance. Dans cet ouvrage, Cyrulnik explore les mécanismes de la résilience, cette capacité à surmonter les traumatismes et à se reconstruire après des épreuves dévastatrices.
Le livre détaille les événements traumatisants de son enfance, notamment la perte de ses parents et son expérience en tant qu'enfant juif durant l'occupation nazie en France. Cyrulnik ne se contente pas de raconter son histoire; il la dissèque pour en extraire des leçons universelles sur la souffrance, la survie et la guérison.
Sommaire
01Introduction
En 2012, Boris Cyrulnik publie Sauve-toi, la vie t’appelle, un essai dans lequel il revient sur un épisode de son enfance : son arrestation par la Gestapo en janvier 1944 lorsqu’il avait 6 ans. Si le livre se nourrit d’une inspiration autobiographique, il se démarque des témoignages habituels sur la Shoah.
C’est en tant que neuropsychiatre que l’auteur aborde le sujet, faisant de lui-même et de son processus mémoriel un objet d’étude scientifique. Comment le trauma s’inscrit-il dans la mémoire ? De quelle façon transmettre l’expérience d’un passé difficile à exprimer ? Comment, après la guerre, retrouver une place parmi des gens qui n’ont pas connu le même drame et ne souhaitent pas en parler ?

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02Quelles bases pour se protéger du trauma ?
L’impact d’un événement traumatisant sur un enfant dépend de plusieurs facteurs. S’il a bénéficié d’un « attachement sécure », c’est-à-dire d’un environnement familial stable qui lui permet de vivre en confiance, il sera à même d’affronter l’événement traumatisant avec sérénité. Boris Cyrulnik évoque à ce sujet les réactions surprenantes de certains enfants pendant la guerre, qui s’extasient devant les bombardements et les voient comme un spectacle au lieu d’en avoir peur. Le danger est comme annihilé par l’effet rassurant de leurs parents, qui descendent dans les abris en souriant pour dédramatiser la situation.
Le contexte de l’événement joue donc un rôle essentiel dans la façon de l’appréhender. Si la structure parentale, sociale et culturelle est solide et sécurisante, elle évite le traumatisme, tandis que l’empreinte mnésique sera profondément ancrée et la résilience plus difficile à effectuer dans le cas contraire. L’événement ne s’inscrit de façon inquiétante dans l’univers psychique que si l’enfant ne bénéficie pas d’un environnement affectif nourrissant sa confiance.

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03L’isolement, facteur fragilisant
Le sentiment d’être différent, d’être un « monstre » comme il le déclare lui-même, domine l’enfance de Boris Cyrulnik pendant la guerre. Le mot « juif », dont il ne connaît alors pas le sens, le condamne et le désolidarise des autres Français.
Ce terme opère une désocialisation en l’obligeant à se cacher et à se soustraire à la sentence de mort qui plane sur lui. Cette exclusion se trouve renforcée par la perte de l’identité lorsqu’on le rebaptise Jean Bordes (ou Laborde) pour dissimuler ses origines. Elle se poursuit même après la Libération. Parce qu’il est juif, il continue d’à être marginalisé dans la sphère publique, lors des prières catholiques à l’école, et dans la sphère privée quand on interdit à ses amis de jouer avec lui. Une fois la paix revenue, on l’empêche encore d’être lui-même lorsque, au lieu de lui redonner son véritable nom, on préfère lui attribuer un prénom américain, Bob, en raison des connotations de victoire dont il est porteur. Ce n’est qu’à compter de ses études de médecine à Paris que l’auteur se fait à nouveau appeler Boris.

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04La mémoire traumatique, un phénomène complexe
La mémoire traumatique se caractérise par une image nette et figée auréolée d’informations brouillées et floues. Pour Boris Cyrulnik, les souvenirs acquis durant la guerre sont lapidaires. Ils se constituent d’une alternance d’amnésies et de détails précis difficiles à situer chronologiquement. Son placement à l’Assistance publique pendant un an et le départ de son père qui laissa un vide dans la maison familiale sont autant d’épisodes de non-vie qui ont engourdi son psychisme d’enfant. Pour qu’il y ait souvenir, il faut en effet que l’esprit soit stimulé par des événements et soit alimenté par la vie qui nous entoure. Lorsque la famille Farges vient chercher Boris Cyrulnik à l’Assistance publique et le recueille, il sort de son engourdissement et le processus de mémoire se remet en marche. Paradoxalement, son arrestation par la Gestapo en janvier 1944 opère le même effet, si bien que cet événement est vécu comme une fête qui met un terme à son isolement dans la maison des Farges où il était confiné depuis des mois.

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05La reconquête de soi
Soumis à une mémoire traumatique non transmissible, le sujet blessé ne peut trouver de secours qu’en lui-même pour se reconstruire. Il manifeste souvent une maturité précoce et « des capacités intellectuelles inhabituelles chez un enfant » (p. 217).
C’est ainsi qu’à l’âge de 11 ans, Boris Cyrulnik converse sur des sujets sérieux et graves, comme le marxisme et le capitalisme. Ce dérèglement du développement normal de l’enfant constitue une conséquence directe du trauma subi, comme si la joie de vivre et l’innocence enfantines s’étaient évaporées ou ankylosées. Cette intellectualisation passe aussi par l’imagination et le recours au rêve. L’auteur illustre notamment ce point en évoquant son goût prononcé pour la théâtralisation mentale de son vécu. Par ce moyen, il transforme son passé en histoire édifiante, ce qui lui permet de chasser ou, pour le moins, de contrôler les souvenirs pénibles.

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06La résilience par les mots
L’écrit a été un outil cathartique pour de nombreux survivants de la Shoah, notamment sous la forme de notes consignant les faits de façon impersonnelle pour ne pas se laisser envahir par l’émotion. La littérature concentrationnaire est aussi apparue. Mais, selon l’auteur, en évoquant la réalité des camps de concentration sans fard, elle a heurté de façon frontale une société qui n’était pas encore prête à parler de ce drame, et a renforcé le déni existant à l’époque.
Pour Boris Cyrulnik, ce sont au contraire des formes d’art moins crues qui ont joué un rôle fondamental dans la reconstruction des survivants, en offrant une légitimité à une douleur dont personne ne voulait entendre. Le cinéma et une littérature plus apaisée, comme le Journal d’Anne Frank, ont permis aux gens de s’identifier.

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07Conclusion
La mémoire traumatique relève par conséquent d’un mécanisme complexe qui varie d’un enfant à un autre, en fonction du tissu social et familial qui est le sien, mais également de son stade d’évolution psychologique et mentale. La capacité à surmonter un événement éprouvant tel que la guerre dépend aussi de la place que celui-ci prend ensuite dans la société. La culture collective est en effet un élément déterminant qui conditionne l’acte de résilience.

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08Zone critique
Avec son essai intitulé Sauve-toi, la vie t’appelle, Boris Cyrulnik fait le choix original d’aborder la notion de résilience en s’appuyant sur son propre vécu.
Désireux d’apporter une réflexion sur le fonctionnement de la mémoire traumatique, il propose une approche qui n’est pas simplement factuelle, mais se nourrit des dernières recherches effectuées dans les domaines neurologique, sociologique, psychologique et psychanalytique.

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09Pour aller plus loin
– Boris Cyrulnik, Résilience. Connaissances de base, Paris, Éditions Odile Jacob, 2012. – Henri Parens, Retour à la vie.
Guérir de la Shoah, entre témoignage et résilience, Paris, Tallandier, 2010. – Daniel L. Shacter, À la recherche de la mémoire.

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