
Sapiens
La domination de l’homme sur le monde
Description
"Sapiens: Une brève histoire de l'humanité" de Yuval Noah Harari, publié en 2011, est un ouvrage de vulgarisation historique qui retrace l'histoire de l'espèce humaine depuis l'apparition d'Homo sapiens en Afrique jusqu'à nos jours. Harari, historien et professeur à l'Université hébraïque de Jérusalem, explore les grandes révolutions qui ont façonné l'humanité : cognitive, agricole, scientifique et industrielle. Il examine comment ces transformations ont permis à Homo sapiens de devenir l'espèce dominante sur la planète, en influençant l'environnement, en créant des sociétés complexes et en cherchant du sens à travers la religion, l'idéologie et la science.
Sommaire
01Introduction
Sapiens, avec plus d’1 million d’exemplaires vendus dans le monde à ce jour (2018), a connu un succès rare pour un ouvrage de sciences humaines. Si l’on ajoute à cela l’écho dont l’ouvrage et son auteur ont bénéficié dans la presse et les médias, nous sommes en présence d’un vrai phénomène éditorial. Deux raisons pourraient l’expliquer.
Premièrement, Sapiens est un ouvrage qui donne du sens dans un monde qui en recherche. La démocratie, les droits de l’homme, le progrès, la science, la croissance, le salariat… en ce début du XXIe, les piliers de la modernité vacillent. Dans ce contexte, la grande fresque historique proposée par l’auteur nous offre le recul nécessaire à faire le bilan de l’aventure humaine : comment en sommes-nous arrivés au monde qui nous entoure ? Les bénéfices que nous en tirons valent-ils vraiment la peine ? Dans quels mondes vivaient nos ancêtres ? Quels mondes pourrions-nous créer demain ?

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02De la biologie à l’histoire
Dans sa façon de concevoir le rapport entre les sciences humaines et les sciences naturelles, Harari se situe à contre-courant d’une tendance actuelle au réductionnisme. Le réductionnisme est le projet de comprendre et de prédire le comportement humain en identifiant les lois qui le déterminent. Ce projet n’est pas nouveau : Descartes, au XVIIe siècle, proposait déjà d’étudier le comportement animal comme on étudie une machine. Le réductionnisme connait aujourd’hui un nouveau dynamisme avec la combinaison de l’intelligence artificielle et du Big data. Les traces numériques que nous produisons constamment par nos actions en ligne offrent en effet des ressources sans précédent pour analyser et prédire les comportements humains . Le parti pris d’Harari est, au contraire du projet réductionniste, de situer précisément le propre de l’homme dans sa capacité à s’affranchir du déterminisme.
Les animaux de la même espèce ont tendance à se conduire de façon similaire. Ainsi, les chimpanzés vivent dans les groupes dominés par le mâle alpha quand les bonobos vivent dans des sociétés plus égalitaires, dirigées par des coalitions de femelles. De même, et jusqu’à un moment critique sur lequel nous reviendrons, les comportements des animaux du genre humain étaient relativement figés. Homo erectus, qui est apparu il y a 1 million d’années et s’est éteint il y a 140 000, a conservé à peu près les mêmes outils de pierre durant le temps de son passage sur terre. Il y a là quelque chose de vertigineux, si on compare à la vitesse à laquelle l’homme contemporain renouvelle non seulement les objets qui l’entourent mais, de plus, l’ordre social dans lequel il vit.

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03L’exception humaine n’est pas celle qu’on croit
Notre espèce est apparue il y a environ 200 000 ans, en Afrique orientale. Il y a environ 70 000 ans, et pour des raisons que les scientifiques ignorent, notre espèce a évolué et a commencé à se répandre hors d’Afrique. Il y a 45 000 ans, Homo sapiens s’établissait en Australie, il y a 16 000 ans, en Amérique. Au passage, les grands animaux disparaissaient. Par exemple, quelques milliers d’années après l’arrivée d’Homo sapiens en Australie, 23 des 24 espèces animales australiennes de plus de cinquante kilos avaient disparu. Les autres espèces d’hommes connurent un sort comparable : il y a 13 000 ans, et avec l’extinction de l’Homo floresiensis , Homo sapiens restait la seule espèce humaine survivante.
Au plan biologique, il s’agit d’un succès sans précédent. Les individus de notre espèce sont en effet parvenus à répandre des copies d’eux-mêmes aux quatre coins du globe. Comment expliquer ce fabuleux destin ?
Une croyance répandue, notamment sous l’influence des religions monothéistes, présente l’ascension d’Homo sapiens comme la conséquence d’une intelligence supérieure. Pourtant, rien ne prouve, encore une fois, qu’Homo sapiens ait été doté d’une intelligence supérieure aux autres espèces d’hommes. Comprendre le succès de l’homme, selon l’auteur, suppose donc de nous focaliser non pas sur nos capacités individuelles mais sur les caractéristiques des groupes que nous formons. Sur ce point, la spécificité de notre espèce devient frappante. Nos plus proches cousins, les chimpanzés, vivent dans des groupes de quelques dizaines d’individus, et jamais plus de 50. Et pour cause : la solidité du groupe repose sur des contacts intimes et quotidiens (étreintes, caresses, toilette…). Il y a alors une masse critique au-delà de laquelle un groupe fondé sur de tels liens se disloquerait. En comparaison, les Homo sapiens furent rapidement capables de former des groupes pouvant aller jusqu’à 150 individus.

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04Aux frontières du réel
L’Homo sapiens est donc la seule espèce connue à être dotée de cette capacité à conceptualiser. Notre monde n’est pas seulement peuplé de montagnes, de lacs ou de fourmis. Il comprend également des religions, des mariages et des comptes en banque. Il faut préciser que le monde auquel ces entités appartiennent n’est pas à proprement parler imaginaire : il est intersubjectif. Par exemple, l’argent n’a pas de valeur objective, mais intersubjective. Il n’y a en effet rien, dans les propriétés physiques d’un billet de banque, qui justifie sa valeur. Cette valeur tient au fait qu’un grand nombre de personnes sont disposées à la reconnaître. Nous y croyons si bien qu’il nous semble pratiquement impossible d’imaginer un monde sans argent . De même, si on avait dit à un égyptien qu’un jour, il n’y aurait plus de pharaons, il aurait probablement répondu : « Mais comment peut-on vivre sans pharaons ? ». On touche là à l’intérêt de la démarche historique telle que la pratique l’auteur. Étudier l’histoire, dans sa perspective, c’est réaliser que d’autres hommes, en d’autres temps, tenaient pour tout à fait évidentes des choses qui nous semblent absurdes aujourd’hui.
Il est encore courant, dans l’Inde moderne, que les choix maritaux soient influencés par le système des castes et, en particulier, par l’idée que le mélange des castes est nuisible. Ce mythe, qui n’a aucune réalité biologique, a été diffusé il y a près de 3 000 ans, par des envahisseurs du sous-continent Indien (les Indo-Aryens). Pour mieux assujettir la population, ils établirent une société stratifiée en se réservant les positions dirigeantes (prêtres et guerriers). De même, des mythes religieux et pseudo-scientifiques ont longtemps permis de justifier la mise en esclavage de toute une partie de l’humanité. Aujourd’hui encore, comme le note l’auteur, l’idéologie libérale permet de justifier que les membres d’une société se répartissent entre des riches et des pauvres.

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05Conclusion : Où allons-nous ?
L’ère dans laquelle nous vivons a pu être décrite comme le temps de l’anthropocène. Ce terme vise à souligner le fait que l’activité humaine serait devenue la principale force géologique. En d’autres termes, l’impact de notre espèce serait si grand, qu’il altèrerait le fonctionnement même de la Terre, à commencer par son climat. Si le concept est encore en discussion , l’anthropocène offre une conclusion assez logique à l’aventure humaine.
Notre histoire est en effet celle de la réussite impressionnante d’une espèce. D’animal insignifiant, nous sommes devenus, pour reprendre les termes de l’auteur, « la terreur de l’écosystème ». Cette ascension se comprend au regard de la formidable capacité qu’ont eu les humains de coopérer, de nourrir leurs ambitions et de justifier leurs actions à l’aide mythes partagés. Aujourd’hui, l’histoire que le Sapiens se raconte sur lui-même est, d’après l’auteur, à la croisée de deux influences. D’une part, les monothéismes nous ont convaincus de notre supériorité et de notre droit à dominer la nature et les animaux : « Soyez féconds et prolifiques remplissez la terre et dominez-la ; soumettez les poissons dans la mer, les oiseaux dans le ciel et tous les animaux qui se meuvent sur la terre » (Genèse, 1,28).

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06Zone critique
La lecture de Sapiens est stimulante et nourrissante. Il faut cependant parcourir cet ouvrage en gardant à l’esprit que s’il a été plébiscité par le public, sa réception a été beaucoup plus mitigée dans le milieu académique. Outre une tendance au sensationnalisme, il été reproché à l’auteur de faire preuve d’une trop grande légèreté dans sa présentation des faits scientifiques.
Pour cause, un ouvrage qui entend raconter l’histoire de l’humanité en moins de 500 pages, va nécessairement lisser la complexité de certaines questions. Pour ne prendre qu’un exemple, on peut lire dans la chronologie que l’auteur propose en fin d’ouvrage : « 13 000 : extinction de l’Homo floresiensis. L’Homo Sapiens reste la seule espèce humaine vivante » . Or, il y a non seulement un débat scientifique sur la date de l’extinction de l’Homo floresiensis, mais, de plus, sur le fait même qu’il s’agisse d’une espèce propre au sein du genre humain.

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07Pour aller plus loin
Du même auteur – Harari, Yuval, Noah, Homo Deus. Une brève histoire de l’avenir. Paris, Albin Michel, 2017.

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