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Return on customer

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Don Peppers, Martha Rogers

Piloter par la valeur à vie du client

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Description

Une entreprise annonce un trimestre record. Ventes en hausse, marge tenue, direction ravie, actionnaires rassurés. Sur le papier, tout va bien. Sauf que pour arracher ces chiffres, elle a poussé des promotions agressives, saturé sa base de clients de sollicitations, sabré le service pour comprimer les coûts. Le trimestre suivant, les meilleurs clients commencent à partir. Personne ne l'avait vu venir, parce que rien dans les tableaux de bord ne mesurait ce qui était en train de fondre : le capital humain sur lequel repose tout le reste.

C'est le point de départ de Don Peppers et Martha Rogers dans Return on Customer, paru en 2005. Ces deux consultants américains, connus pour avoir popularisé le marketing relationnel dans les années 1990, partent d'un constat gênant : les entreprises savent mesurer le retour sur capital, le retour sur investissement, le retour sur à peu près tout — sauf sur la chose qui les fait vivre, le client. Elles traitent leurs clients comme une ressource gratuite et inépuisable, alors que c'est leur actif le plus rare.

Leur proposition tient dans un indicateur qu'ils forgent pour l'occasion, et dans un renversement de perspective : et si un client n'était pas une source de revenus à traire trimestre après trimestre, mais un capital dont la valeur monte ou descend selon la façon dont on le traite ? Un capital qu'on peut, sans s'en rendre compte, dilapider en croyant le faire fructifier.

La question que l’on se pose : Comment une entreprise peut-elle croître sur le papier tout en détruisant, sans le voir, la source même de sa valeur future ?Ce que l’on va voir : Pourquoi le client mérite d'être piloté comme un capital, et ce que ça change de mesurer non plus la vente d'aujourd'hui mais la valeur de toute une relation.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Une entreprise qui bat ses chiffres et se ruine quand même

Peppers et Rogers ouvrent sur un paradoxe qui devrait empêcher les directions de dormir. Une entreprise peut afficher tous les signaux de la bonne santé — chiffre d'affaires en hausse, part de marché stable, marge défendue — et être en train de se détruire. Le mécanisme est simple : pour gonfler les résultats immédiats, on tire sur les clients existants. On multiplie les relances, on rogne sur la qualité, on remplace un service humain par un serveur vocal, on transforme chaque interaction en occasion de vendre autre chose.

Chacune de ces décisions améliore une ligne du tableau ce trimestre-ci. Et chacune abîme, un peu, la relation. Le client agacé ne claque pas la porte le lendemain. Il reste, parce que changer coûte de l'énergie. Mais sa disposition à rester baisse, sa disposition à racheter baisse, sa disposition à recommander baisse. Rien de tout ça n'apparaît dans les comptes du trimestre, parce que la comptabilité classique n'a pas de ligne pour la valeur future d'une relation.

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02

Chapitre 2 — Deux moitiés d'une même équation

L'idée centrale du livre s'appuie sur une distinction que Peppers et Rogers rendent presque évidente une fois posée. Un client a deux valeurs à la fois. La première, c'est ce qu'il rapporte maintenant : les marges dégagées sur ses achats de la période. La seconde, plus discrète, c'est ce qu'il vaut pour l'avenir — la somme actualisée de tout ce qu'il rapportera tant qu'il restera client. Les auteurs empruntent à la finance le terme de valeur à vie du client, la customer lifetime value, pour nommer cette seconde moitié.

Le point clé, c'est que ces deux valeurs peuvent bouger en sens inverse. On peut extraire beaucoup d'un client aujourd'hui — le pressuriser — tout en faisant chuter ce qu'il vaudra demain. Inversement, on peut renoncer à une vente immédiate, régler un litige à perte, pour faire grimper sa valeur future. Le vrai résultat d'une entreprise sur une période n'est donc pas seulement l'argent encaissé. C'est l'argent encaissé plus, ou moins, la variation de la valeur à vie de toute sa base clients.

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03

Chapitre 3 — Le trimestre contre la vie entière

Une fois l'indicateur posé, Peppers et Rogers s'attaquent au cœur du problème : la tyrannie du court terme. Les marchés financiers réclament des résultats trimestriels, les dirigeants sont rémunérés sur ces résultats, et l'entreprise entière se cale sur ce tempo. Or la valeur à vie d'un client se joue sur des années. Il y a donc un désaccord de fond entre l'horizon que les instruments récompensent et l'horizon où se construit réellement la richesse. Le retour sur client est conçu pour réconcilier les deux.

Les auteurs illustrent avec la mécanique de l'acquisition à tout prix. Une entreprise qui veut du chiffre vite recrute massivement, souvent à coups de rabais qui attirent les clients les moins fidèles, les plus opportunistes. Les compteurs de vente s'affolent, les cohortes gonflent. Mais si ces clients partent au premier concurrent moins cher, l'entreprise a dépensé pour acheter du churn. En valeur à vie, l'opération est déficitaire — même quand le tableau de bord du trimestre pavoise.

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04

Chapitre 4 — Ce que ça change de compter les clients comme du capital

En prenant du recul, ce que propose Return on Customer dépasse une technique de mesure. C'est une manière de redéfinir où se trouve la richesse d'une entreprise. Pendant des décennies, la comptabilité a rangé la valeur du côté des actifs tangibles : usines, stocks, brevets, trésorerie. Les clients, eux, n'existaient au bilan qu'à travers les créances — de l'argent qu'ils doivent, jamais la valeur qu'ils représentent. Peppers et Rogers déplacent le centre de gravité. L'actif décisif, dans une économie de services et de relations, n'est plus dans les murs. Il est dans le portefeuille de gens qui reviennent.

Ce déplacement a une conséquence philosophique que les auteurs assument. Si le client est un capital, alors on ne le possède pas comme on possède une machine — on le loue, en quelque sorte, contre la promesse tenue de le servir. Sa valeur ne dépend pas d'une décision interne mais d'un jugement extérieur, révisable à tout instant. Une entreprise ne fixe pas la valeur à vie de ses clients ; elle la mérite ou la perd. C'est un actif qui a une volonté propre, et c'est ce qui le rend à la fois précieux et fragile.

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05

Conclusion

Return on Customer part d'une intuition que tout dirigeant reconnaît sans vouloir la regarder en face : on peut gagner de l'argent ce trimestre en appauvrissant l'entreprise. Peppers et Rogers refusent de laisser cette intuition à l'état de malaise. Ils la transforment en équation — la valeur créée sur une période, c'est le cash de la période plus la variation de la valeur à vie des clients — et en indicateur qu'on peut poser sur la table des comités de direction, à parité avec les ratios financiers classiques.

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