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Repositioning

Re­po­si­tio­ning

Jack Trout, Steve Rivkin

Repositionner en déplaçant le concurrent

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Description

Un rayon de supermarché, une recherche Google, une pile de mails non lus : à chaque instant, on est bombardé de messages qui veulent tous la même chose — une place dans la tête. Jack Trout a passé sa carrière à observer ce champ de bataille, d'abord aux côtés d'Al Ries dans les années 1970, puis seul et avec Steve Rivkin. En 2009, les deux publient « Repositioning », une mise à jour de l'idée qui l'avait rendu célèbre trois décennies plus tôt : le positionnement. Sauf que le monde avait changé, et pas qu'un peu.

L'idée d'origine était simple. Une marque n'existe pas dans l'absolu, elle existe à un endroit précis de l'esprit du client — Volvo à « sécurité », BMW à « plaisir de conduire ». Le hic, c'est qu'au fil des ans les places libres se sont raréfiées. Trois forces se sont ajoutées : trop de concurrents, trop de changement, trop de messages. Dans ce contexte, trouver un trou vierge où planter son drapeau relève presque du fantasme. La plupart des marques arrivent quand la carte est déjà pleine.

D'où le mot du titre. Repositionner ne consiste plus à occuper un vide, mais à réarranger ce qui existe déjà — chez soi, chez le concurrent, dans la perception des gens. C'est un travail plus rude, plus frontal, qui suppose de nommer l'adversaire au lieu de l'ignorer poliment. Trout et Rivkin en font une discipline, avec ses règles, ses pièges et ses exemples cinglants.

La question que l’on se pose : Quand toutes les places dans l'esprit du client sont prises, comment une marque installée peut-elle encore s'en tailler une ?Ce que l’on va voir : Comment une carte mentale saturée oblige à se battre non plus contre le vide, mais contre celui qui occupe déjà la place qu'on veut.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Un monde saturé où l'esprit filtre presque tout

Le point de départ de Trout et Rivkin tient en une observation qu'on peut vérifier soi-même : l'esprit humain déteste la confusion et adore le simple. Face à un déluge d'informations, il ne stocke pas tout, il trie brutalement. Il classe chaque marque dans une petite case étiquetée d'un mot, parfois deux, et jette le reste. Ce qui ne rentre nulle part est simplement ignoré. Le cerveau, disent-ils, fonctionne comme un vase déjà plein : pour y verser quelque chose, il faut d'abord en retirer.

Trois évolutions ont aggravé les choses depuis les années 1980. D'abord la multiplication de l'offre — un supermarché américain moyen est passé de quelques milliers de références à plusieurs dizaines de milliers, et le nombre de modèles dans à peu près chaque catégorie a explosé. Ensuite le changement permanent : les technologies, les modes et les entreprises se réinventent si vite qu'une position acquise se périme. Enfin la surcharge de communication, chaque marque criant plus fort que la voisine pour percer un bruit qu'elle contribue elle-même à faire monter.

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02

Chapitre 2 — Re­po­si­tion­ner, c'est d'abord bouger le concurrent

Le cœur du bouquin est là. Pour Trout et Rivkin, on ne repositionne pas vraiment sa propre marque en soi — on repositionne d'abord le concurrent dans l'esprit du client, et sa propre place se dégage par contraste. La formule tient du judo : plutôt que d'entrer de front sur le terrain de l'adversaire, on redéfinit ce terrain de sorte qu'il devienne un handicap pour lui et un avantage pour soi.

L'exemple canonique reste celui d'un antalgique des années 1980, Tylenol, contre l'aspirine. Plutôt que de vanter ses propres mérites, la marque a rappelé que l'aspirine pouvait irriter l'estomac, provoquer des saignements, gêner certaines personnes. Rien de faux, rien d'agressif dans le ton — juste un déplacement. Soudain, l'aspirine n'était plus « le » remède évident mais un produit avec des inconvénients, et Tylenol occupait naturellement la case « plus doux ». On n'a pas fait l'éloge de soi, on a recadré l'autre.

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03

Chapitre 3 — Le prix, la mode et les mots qui trahissent

Une fois le principe posé, Trout et Rivkin déroulent les forces qui rendent le repositionnement nécessaire, et les pièges qui le sabotent. Le prix, d'abord. Ils rappellent qu'il n'existe pas de bon prix dans l'absolu : un prix ne veut dire quelque chose que par rapport à celui du concurrent et à la valeur perçue. Casser les prix sans raison lisible détruit la marge sans construire de position ; à l'inverse, un prix élevé peut devenir un argument s'il signale une différence réelle. Le prix est un message, pas seulement un chiffre.

Le changement, ensuite. Les entreprises installées ont une tentation permanente : courir après chaque nouvelle mode, chaque virage technologique, de peur d'être dépassées. Les auteurs mettent en garde. Changer de position pour suivre l'air du temps, c'est souvent abandonner la case qu'on tenait dans l'esprit du client sans en gagner une autre. La vraie question n'est pas « comment suivre la tendance », mais « comment rester fidèle à sa position tout en s'y adaptant ». Le repositionnement ne veut pas dire se renier ; il veut dire réaffirmer, en tenant compte du nouveau paysage.

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04

Chapitre 4 — Ce que ça dit du terrain sur lequel on se bat

Si l'on prend un peu de hauteur, le repositionnement raconte quelque chose sur la nature même de la concurrence. Trout et Rivkin, comme Ries avant eux, déplacent le champ de bataille. La bataille n'a pas lieu dans l'usine, où l'on fabrique un meilleur produit, ni sur le marché, où l'on additionne des parts. Elle a lieu dans un espace beaucoup plus étroit et plus têtu : l'esprit du client, avec ses quelques cases déjà occupées et son mépris souverain pour tout ce qui n'y rentre pas.

Ce déplacement a des conséquences dérangeantes. Il signifie qu'une entreprise peut avoir objectivement le meilleur produit et perdre quand même, faute d'avoir su bouger celui qui tient la place. Il signifie aussi que la vérité technique compte moins que la perception, ce qui heurte l'intuition des gens qui construisent des choses. Le mérite ne se transmet pas tout seul ; il faut lui faire de la place, et faire de la place suppose presque toujours d'en retirer à un autre. On ne gagne pas un vide, on gagne un terrain déjà pris.

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05

Conclusion

Au fond, « Repositioning » prolonge une intuition vieille de trente ans en l'adaptant à un monde devenu impraticable pour les naïfs du positionnement. Les places libres ont disparu ; il faut désormais se battre pour un espace occupé. Et la manière de gagner cet espace tient dans un renversement : on ne travaille pas d'abord son propre message, on travaille la perception du concurrent, jusqu'à ce que la place qu'on convoite se libère par contraste. Bouger l'autre pour se faire une place — c'est toute la mécanique.

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