Télécharger l'app

Scanne. C'est dans ta poche.

QR Code — Dygest

Ouvre l'app Appareil photo, pointe sur le code. C'est gratuit à l'essai.

Couverture de 'Reclaim'

Reclaim

Émilie Hache

Textes fondateurs de l’écoféminisme

Écouter l'extrait du podcast :
0:00 --:--

Description

Dans cet ouvrage qui compile plusieurs textes fondateurs de l’écoféminisme, la philosophe Émilie Hache démontre que l’exploitation de la nature est intrinsèquement liée à la domination masculine.

Pour en finir avec la culture dominante, l’écoféminisme propose de se réapproprier nos représentations de la féminité. Cette nouvelle image de la femme pourrait transformer notre rapport à la planète et au politique.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

L’écoféminisme nait dans les États-Unis de Ronald Reagan. Élu en 1980 sur le slogan va-t-en-guerre « America is back ! », le président conservateur annonce sa volonté de relancer la course à l’armement face à l’Union soviétique.

Parallèlement, la prise de conscience de l’urgence écologique a débuté dès 1972, avec le rapport Meadows – intitulé Les limites à la croissance (dans un monde fini) – qui annonce l’implosion prochaine de l’écosystème terrestre... Et si ce n’était pas assez, le 28 mars 1979, l’accident de la centrale nucléaire de Three Mile Island en Pennsylvanie rappelle à la population américaine qu’elle est en sursis ! C’est dans ce contexte de crise que surgit le Women’s Pentagon Action (WPA).

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

02

La « double dé­va­lo­ri­sa­tion » du dualisme occidental

« La domination de la terre par la technologie et l’avènement [d’un monde sans Dieu] furent les grandes caractéristiques de la révolution scientifique des XVIe et XVIIe siècles » (p. 129).

En effet, le rationalisme occidental se structure sur un dualisme qui irrigue nos représentations du monde : il y aurait d’un côté la volonté humaine, pleinement libre, et de l’autre le monde physique et biologique, entièrement déterminé. D’un côté, il y aurait la « pureté » de l’esprit et de l’autre, l’« impureté » de la matière – pour le dire autrement, il y aurait une séparation claire entre « culture » et « nature ». Comme le montre le philosophe Hans Jonas dans son ouvrage Une éthique pour la nature (1993), ce partage légitime la toute-puissance humaine. La nature devient un objet neutre que nous pouvons disséquer à travers la connaissance scientifique.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

03

Une ré­ar­ti­cu­la­tion entre féminisme et féminité

L’idéologie occidentale promeut l’infériorisation réciproque de la femme et de la nature. Dans un tel contexte, le féminisme a historiquement cherché à s’extraire de l’association entre femme et féminité. La féminité est perçue comme une représentation masculine qui assigne à la femme des « manières d’être » et une fonction sociale presque biologique.

Ainsi, pour de nombreuses féministes, il est impératif de se démarquer de cette image traditionnelle qui cantonne la femme à son identité de mère aimante et discrète. L’écoféminisme prend le contre-pied de ce positionnement classique. En effet, le problème n’est pas tant la reconnaissance d’une nature féminine que l’infériorité qu’on lui assigne.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

04

Une grande variété de luttes et de pratiques

L’« activisme environnemental » des femmes est présent sur tous les continents. En Afrique ou en Amérique latine, elles s’opposent à l’installation de décharges industrielles ou d’usines de traitement des déchets toxiques. Aux États-Unis, des mères au foyer se battent contre les contaminations occasionnées par les centrales nucléaires voisines. En Inde, le mouvement Shipko voit des générations de femmes se succéder pour lutter contre l’exploitation commerciale des forêts.

Contrairement au féminisme radical dont les militantes sont généralement issues des catégories aisées, l’écoféminisme revendique sa nature populaire (grassroots). Il réhabilite les luttes de ces femmes, souvent mères issues de cultures « traditionnelles », dans une perspective internationaliste. Cette dimension « non élitiste » connecte l’écoféminisme aux catégories les plus marginalisées de la population. Cela lui permet d’articuler différentes luttes, en intégrant les questions de sexe, de classe et de race.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

05

« S’approprier » de nouveaux mythes

L’écoféminisme est un mouvement pragmatique – c’est-à-dire qu’il cherche à transformer le monde en promouvant de nouvelles pratiques. Il s’agit donc de contribuer, quotidiennement, à l’émergence d’une culture non patriarcale.

Pour cela, il faut se créer de nouveaux mythes et de nouveaux récits. La stratégie du mouvement s’entend dans le mot « reclaim », qui recouvre en français plusieurs significations : autant « réparer » que « réhabiliter », ou « se réapproprier » quelque chose dont on a été dépossédé. Ainsi, « la force de l’écoféminisme est d’avoir réussi à retourner cette association négative des femmes avec la nature propre à notre culture patriarcale [...] en objet de revendication et de lutte politique » (p. 24). Dans ce contexte, la redécouverte du culte de la Grande Déesse fournit une représentation positive, qui s’oppose au Dieu masculin des religions monothéistes. En effet, comme l’affirme Simone de Beauvoir dans Le Deuxième sexe (1949), « l’Homme a tout intérêt à faire endosser par un Dieu les codes qu’il fabrique ». Le symbole de la Déesse permet de reconnaître « la légitimité du pouvoir des femmes comme pouvoir bienfaisant et indépendant » (p. 89).

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

06

Vivre autrement la politique

L’écoféminisme insuffle un nouveau rapport à la chose publique. Contrairement aux pratiques masculines de la politique, fondée sur la coercition, la féminité propose une vision créative et joyeuse de l’engagement. Pour paraphraser l’anarchiste américaine Emma Goldman (1869-1940), « Si je ne peux pas danser, je ne veux pas prendre part à votre révolution ». Le mouvement du Women’s Pentagon Action témoigne d’une inventivité et d’une audace qui dénotent avec les rapports de force masculins – qu’ils soient physiques ou rhétoriques.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

07

Conclusion

Dans cet ouvrage profondément interdisciplinaire, on découvre que le dualisme occidental se fonde sur une « double dévalorisation » : les femmes sont jugées inférieures, car plus proches de la nature, quand la nature est jugée impure, car trop proche de la féminité. Dans ce contexte, l’écoféminisme s’attache à réaffirmer le lien entre féminité et préservation de la vie sur Terre. En s’éloignant des codes hiérarchiques de la masculinité, l’écoféminisme permet de repenser notre relation à l’environnement et à la démocratie.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

08

Zone critique

L’écoféminisme n’a pas manqué de susciter l’intérêt du monde universitaire. Rapidement, des travaux philosophiques ont essayé de séparer un « bon » et un « mauvais » écoféminisme : d’un côté une tendance sérieuse, se prêtant à la rigueur académique et, de l’autre, un versant « ésotérisant » dont la configuration religieuse conviendrait mieux à une secte qu’à un mouvement politique. Néanmoins, en prescrivant ce que devait être l’écoféminisme, la posture critique des universitaires risque de mettre en péril sa diversité d’approches – ce qui, précisément, faisait sa force...

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Reclaim. Recueil de textes écoféministes, Paris, Éditions Cambourakis, coll. « Sorcières », 2016.

De la même auteure – Ce à quoi nous tenons. Propositions pour une écologie pragmatique, Paris, La Découverte, coll. « Les Empêcheurs de penser en rond », 2011. – De l’univers clos au monde infini, Paris, Dehors, 2014.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !